LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
« Quelques secondes avant que le Soleil fût totalement caché, on aperçut autour de la Lune un anneau lumineux d'une largeur égale au douzième, ou peut-être même au dixième du diamètre de ce dernier astre. Sa teinte était le blanc pâle, ou, si on l'aime mieux, le blanc de perle. Il me sembla légèrement teint des couleurs de l'iris. Son centre me parut coïncider avec celui de la Lune, d'où je tirai la conséquence que l'anneau était l'atmosphère lunaire. Cependant, comme la hauteur de cette atmosphère serait de beaucoup supérieure à celle de l'atmosphère terrestre; comme, d'autre part, des observateurs trouvèrent que la largeur de l'anneau augmentait à l'ouest de la Lune à mesure que l'émersion approchait, je parle de mon résultat avec moins de confiance; je dois même confesser que je ne donnai pas à la question toute l'attention nécessaire. »
Pendant cette même éclipse totale de 1715, Louville, de l'Académie des sciences, qui s'était rendu à Londres, vit aussi la couronne lumineuse. Elle lui parut couleur d'argent. La lumière était plus vive vers le bord de la Lune et diminuait graduellement d'intensité jusqu'à sa circonférence extérieure. Cette circonférence, quoique très-faible, était assez bien dessinée. Dans le sens des rayons, la couronne ne paraissait pas également lumineuse partout ; on y remarquait diverses interruptions l, ce qui lui donnait quelque ressemblance avec les gloires dont les peintres entourent la tête des saints.
1. Louville entend-il parler de rayons obscurs ou seulement d'un affaiblissement de lumière? C'est ce qu'il est impossible de décider d'après sa description incomplète.
Louville crut reconnaître que la couronne lumineuse avait exactement le même centre que la Lune. Si elle se fût trouvée concentrique au Soleil , dit le savant académicien, le bord de la Lune en eût couvert la moitié occidentale au commencement de l'obscurité, et la moitié orientale à la fin. Louville croyait que de pareilles variations ne lui auraient pas échappé.
Gardons-nous d'oublier que vers la fin de l'éclipsé totale de 1715, Louville vit autour du limbe de la Lune, pendant qu'il se projetait encore sur le Soleil, un cercle d'un rouge très -vif. Le savant académicien de Paris s'assura, dit-il, que cette couleur persistait quand le cercle se peignait au centre même de la lunette, et qu'elle ne pouvait dès lors être attribuée à l'absence d'achromatisme.
En 1724, Maraldi trouva que la couronne lumineuse n'était pas concentrique à la Lune. Au commencement de l'éclipsé, elle paraissait plus large à l'orient qu'à l'occident. A la fin, au contraire, elle sembla plus grande vers l'occident qu'elle ne l'était à l'orient. Maraldi remarqua encore que la largeur, au bord septentrional, surpassait la largeur sur le bord opposé.
Pour rencontrer, après l'observation de 1724, quelque chose d'utile sur la couronne lunaire, il nous faudra franchir un intervalle de cinquante-quatre ans. A la date de 1778, don Antonio de Ulloa nous apprendra que dans l'éclipsé du 24 juin la couronne avait une largeur égale au sixième du diamètre de l'astre; que sa circonférence intérieure était rougeâtre, qu'un peu au delà se voyait un jaune pâle, et que ce jaune allait graduellement en