LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
semble de ces traits était presque parallèle au limbe de la Lune.
En France, les aigrettes furent vues presque partout avec des formes dissemblables; mais, chose singulière, M. Airy, placé à la Superga, près de Turin, et M. Baily à Pavie, n'en aperçurent point de traces, ou du moins n'en parlent pas. Ajoutons que non loin de là, à Milan, l'existence des aigrettes fut constatée.
Les rayons divergents qui firent assimiler la couronne avec tous ses accessoires aux gloires dent les peintres entourent la tête des saints, furent aperçus à Perpignan (fig. 303, p. 608); ces rayons partaient du contour extérieur de la première zone circulaire de la couronne, et ne se prolongeaient pas jusqu'au bord obscur de la Lune. Ce fait est capital au point de vue de la théorie.
J'avais conçu l'espoir que les astronomes parviendraient à décider, en 1842, si la couronne lumineuse était centrée sur le Soleil ou sur la Lune. On a vu qu'à ce sujet les observations de ïïalley, de Louville, de Maraldi, de Ferrer, étaient contradictoires; malheureusement, dans les circonstances de l'éclipsé de 1842, les observations propres à décider la question ne purent pas être faites avec la rigueur nécessaire, en sorte que la question, jusqu'à un certain point, reste encore indécise.
Le mouvement giratoire signalé d'abord par Ulloa et qui fit assimiler la couronne avec tous ses rayons à un soleil d'artifice et rotatif ne fut pas aperçu à Perpignan. On vit, à ce qu'il paraît, quelque chose d'analogue dans diverses stations. M. Lenthéric dit qu'à Montpellier, la couronne parut à quelques personnes avoir un mouve-
ment circulaire analogue à celui d'un artifice embrasé mis en jeu sur un cercle. Mais on doit remarquer que des personnes peu exercées aux observations astronomiques croient apercevoir un pareil mouvement de rotation dans le Soleil levant ou dans le Soleil couchant, quoique rien de semblable n'existe réellement. Suivant M. Baily les rayons lumineux que formait la couronne semblaient voltiger vivement comme ceux d'une flamme de gaz. A Lipesk en Russie , disent MM. Otto Struve et Schidlofsky, l'aspect de la couronne variait sans cesse, elle paraissait dans un état d'agitation violent.
Dans l'éclipsé totale de 1850, observée à Honolulu aux îles Sandwich, par M. Kutczycki, la couronne se montra complètement irrégulière ; elle avait l'aspect d'un astre à plusieurs branches inégalement espacées et de différentes longueurs. Elle était plus lumineuse vers les bords de la Lune, mais elle n'offrait, ni dans son ensemble, ni dans aucune de ses parties, la trace d'un limbe, rond ou arrondi formant anneau autour des deux astres. Sa lumière décroissait très -uniformément sans présenter, à l'inverse de ce qui avait été si nettement observé à Perpignan en 1842, aucune variation brusque appréciable.
Il n'était donc pas possible de déterminer sur lequel des deux astres elle était centrée. La couronne était striée dans la direction normale au bord de la Lune, par plusieurs lignes ou traits plus noirs que le reste, qui existaient partout, mais en plus grand nombre sur la partie occidentale du bord lunaire. Le tout était parfaitement immobile et ne ressemblait en rien à une pièce