‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 56 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

pentes comparatives des deux versants, clans les nombreuses chaînes de montagnes qu'ils ont étudiées, se rattachent à une règle très- simple, dont j'ai déjà donné l'énoncé (chap. vu, p. 66), et qui ne laisse aucune place à l'intervention d'un courant général : dans les chaînes de montagnes, les pentes les plus rapides sont tournées vers la mer la plus voisine.

Il est un autre grand phénomène géologique dont l'explication a paru se lier à l'action de courants aqueux; c'est celui des blocs erratiques.

On appelle ainsi des masses de granité ou d'autres roches alpines, dont quelques-unes ont un volume énorme 4, qu'on trouve çà et là sur le Jura, qui, comme nous l'avons dit, est une chaîne toute calcaire, dirigée du sudouest au nord- est. Elles n'existent que sur le versant sud-est, sur celui qui fait face aux Alpes. Au revers opposé de la montagne, c'est-à-dire du côté de la France, on n'en découvre pas une seule.

Ces masses ne se trouvent pas répandues indistinctetement dans toute l'étendue de la chaîne. Elles abondent surtout dans la direction des vallées des Alpes. C'est aussi vers le prolongement de l'axe de ces vallées que les blocs sont parvenus aux plus grandes hauteurs sur les flancs du Jura.

Les granités des différents rameaux des Alpes se distinguent très- bien les uns des autres. On a pu reconnaître que les blocs des parties du Jura qui font face à la vallée

1. Sur la montagne de Pierre-à-Bot, près de Neuchâtel , il existe une de ces masses qui a lZi mètres de haut, 17 mètres de long et 8 mètres de large.

du Rhône, proviennent de la pointe d'Ornex, qui forme comme le promontoire septentrional de la chaîne du Mont-Blanc. Un énorme courant venant de cette pointe, et se précipitant avec impétuosité par la vallée du Rhône, c'est-à-dire par le bas Valais, a pu rouler avec ses eaux d'énormes rochers, les faire même remonter jusqu'à d'assez grandes hauteurs, sur les flancs du Jura qui se présentaient à son cours comme une sorte de digue.

En atteignant l'embouchure de l'étroite vallée du Rhône, le courant dut se dilater. Ses eaux boueuses perdirent alors une partie d'autant plus notable de leur force d'impulsion, qu'elles s'écartèrent davantage de leur direction primitive. De là, le moindre nombre et la moindre hauteur des blocs, à mesure qu'on s'éloigne de la région à laquelle la vallée correspond directement.

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les difficultés de plus d'un genre qu'on pourrait opposer à l'explication que je viens d'indiquer. Je dois me contenter de faire remarquer que les vallées de l'Aar, de la Limmat, ont servi également à charrier au loin des roches alpines provenant des montagnes du Grindelwald et du canton de Claris ; que les plaines du nord de l'Europe, près d'Anvers, de Breda , de Groningue, de Munster, de Leipzig ; que les plaines de la Pologne prussienne et de la Russie présentent aussi une grande quantité de roches éparses, composées d'une sorte de granité feuilleté et rubané, ou d'un gneiss à mica écailleux ; que des roches de cette nature n'existent pas dans les montagnes voisines de la Saxe et de la Silésie ; qu'on les trouve seulement dans la presqu'île Scandinave, en sorte que, malgré tout ce qu'une

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