‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 64 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

environnantes. Le plus grand de ces six monticules est un véritable volcan , le volcan de Jorullo , vomissant des laves basaltiques.

On voit que les phénomènes volcaniques les plus évidents, les mieux caractérisés, accompagnèrent la catastrophe de Jorullo; qu'ils en ont été peut-être la cause; mais tout cela n'empêche pas qu'une plaine étendue, ancienne, parfaitement consolidée, dans laquelle on cultivait la canne à sucre et l'indigo, n'ait été de nos jours, comme il fallait l'établir, subitement transportée fort au-dessus de son niveau primitif. La sortie des matières enflammées, la formation des hornitos et du volcan de Jorullo, loin d'avoir contribué à produire cet effet, ont dû au contraire l'amoindrir : car toutes ces ouvertures agissant comme des soupapes de sûreté , auront permis à la cause soulevante de se dissiper, soit qu'elle fût un gaz ou une vapeur. Si le terrain avait mieux résisté ; s'il n'eût cédé en tant de points , la plaine de Jorullo, au lieu de devenir une simple colline de 160 mètres de hauteur, aurait peut-être acquis le relief de telle sommité voisine des Cordillères.

Les circonstances qui accompagnèrent la formation d'une île nouvelle, près de Santorin, dans l'archipel grec, en 1707, me semblent propres à prouver aussi que les feux souterrains ne contribuent pas seulement à élever les montagnes à l'aide des déjections fournies par les cratères des volcans, mais qu'ils soulèvent aussi quelquefois l'écorce déjà consolidée du globe. L'extrait que je vais donner ici des relations publiées dans le temps par Bourguignon et par le père Gorée, témoins l'un et l'autre de l'événe-

ment, ne me semblent susceptibles d'aucune objection.

Le 18 et le 22 mai 1707, on ressent de légères secousses de tremblement de terre à Santorin.

Le 23, au lever du Soleil, on aperçoit entre les deux îlots nommés le grand et le petit Kameni, un objet qu'on prend pour la carcasse d'un vaisseau naufragé. Des matelots se rendent sur les lieux, et au retour rapportent, au grand étonnement de toute la population, qu'un rocher est sorti des flots. Dans cette région , la mer avait auparavant de 130 à 160 mètres de profondeur.

Le 24, beaucoup de personnes visitent l'île nouvelle, y débarquent et ramassent sur sa surface de grandes huîtres qui n'avaient pas cessé d'adhérer au rocher. L'île montait à vue d'œil.

Depuis le 23 mai jusqu'au 13 ou 14 juin, l'île augmenta graduellement d'étendue et d'élévation, sans secousses et sans bruit. Le 13 juin, elle pouvait avoir 1 kilomètre de tour, et 7 à 8 mètres de hauteur. Jamais il n'en sortit ni flamme ni fumée.

Depuis le moment de la sortie de l'île, l'eau avait été trouble près de ses rives; le 15 juin elle devint presque bouillante.

Le 16 , dix-sept ou dix-huit roches noires sortent de la mer entre l'île nouvelle et le petit Kameni.

Le 17, ces roches ont considérablement augmenté de hauteur.

Le 18, il s'en élève de la fumée, et l'on entend pour la première fois de grands mugissements souterrains.

Le 19, toutes les roches noires sont unies et forment une île continue, mais totalement distincte de la première.

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