‹ Astronomie populaire (volume 2)Chapitre 67 sur 362 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

dès les premiers jours de l'apparition, le 10 et le 11 juillet, par exemple, la colonne qui s'élevait du centre de l'île, brillait la nuit d'une lumière continue et trèsvive; le prince comparait ce phénomène au bouquet de nos feux d'artifice.

Au commencement d'août, cette même colonne de poussière répandait encore une lumière, sinon aussi forte que le disait le prince Pignatelli, du moins bien visible. Nous avons pour garants de ce fait, le capitaine Irton et le docteur John Davy. Le 5 août, il est vrai, Davy s' étant trouvé, à quelque distance de l'île, dans une région où la poussière impalpable entraînée par les vents tombait en abondance, reconnut en la recevant sur sa main qu'elle n'était pas chaude ; mais il suffira de se rappeler avec quelle rapidité les corps très-ténus, très-minces, des fils métalliques incandescents, par exemple, prennent la température de l'air, pour n'être point tenté de déduire c'e la remarque de Davy la conséquence que toutes les déjections terreuses du cratère, que celles-là même, qui en retombant verticalement, ajoutaient sans cesse à la masse visible de l'îlot, étaient froides. Et d'ailleurs, pendant deux mois entiers on pouvait à peine cheminer sur l'îlot, tant les scories et les sables qui la formaient étaient chauds.

Si la partie immergée du nouvel îlot avait été engendrée par la superposition de matières incandescentes ou du moins de matières très-chaudes, comme le fut la partie extérieure, elle n'aurait pas manqué d'échauffer la mer jusqu'à une certaine distance; ainsi, en approchant de l'îlot, un thermomètre plongé dans l'eau de mer,

aurait monté graduellement. C'est précisément l'inverse qui eut lieu : la diminution de température observée par Davy, le 5 août, en marchant vers l'îlot fut de 5°. 6 centigrades.

John Davy, frappé de cette grande diminution, crut devoir l'attribuer à la poussière flottante dont la mer était couverte le 5 août. Suivant lui, la poussière projetée en colonne verticale par le cratère devait avoir, en tombant sur Teau, la basse température qu'elle avait été puiser dans les couches atmosphériques élevées. Cette explication semble prêter à deux objections sérieuses : on ne voit pas d'abord pourquoi chaque parcelle de poussière n'aurait pas repris, en traversant les couches atmosphériques de haut en bas, toute la chaleur qu'elle y aurait laissée en montant; il faut remarquer ensuite que la hauteur totale de la colonne n'était pas de 122 mètres, ce qui, d'après la loi du décroissement de la température atmosphérique que nous déterminerons en traitant des climats, ne correspondrait guère qu'à deux tiers de degré centigrade.

Les 5°. 6 de refroidissement observés par Davy, surpassent de beaucoup tout ce qu'on a trouvé jusqu'ici en approchant des îles ou des hauts-fonds de la Méditerranée, et même des îles ou des hauts-fonds de l'Océan. Il ne suffit donc pas d'avoir éliminé l'hypothèse qui eût entraîné une augmentation de température : il reste à expliquer comment l'influence frigorifique de l'îlot a été aussi grande.

Eh bien, on n'a qu'à supposer que l'île se forma d'abord par voie de soulèvement; que les flancs de sa partie im-

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