LIVRE XXVII. — JUPITER
parer les observations qu^on aura eu Toccasion de faire.
Les immersions et les émersions des satellites de Jupiter semblent donc conduire à une solution directe et simple du problème des longitudes; mais on vient de voir que c'est à la condition que le voyageur peut emporter, à l'avance, l'indication des heures où ces phénomènes doivent arriver sous le premier méridien, sous celui de Paris, par exemple. Cette condition n'était pas aussi facile à remplir que se Tétaient imaginé les inventeurs de la méthode.
Les satellites ne se meuvent pas uniformément autour de Jupiter, ils sont assujettis à des perturberions dépendantes de leurs positions mutuelles, et dont il est absolument nécessaire de tenir compte, lorsqu'on vise à quelque précision. Ces perturbations, pour la plupart, avaient été reconnues à l'aide des observations avant que la théorie les rattachât aux lois de la pesanteur universelle.
Maintenant, grâce aux progrès de cette théorie, les tables des satellites servent à prévoir les immersions et les émersions avec une grande exactitude. Il ne reste plus pour fournir aux navigateurs les moyens de se diriger dans la vaste étendue des mers à l'aide de ces petits astres, que de trouver un procédé pour les observer avec des lunettes ayant des grossissements suffisants; problème que les agitations du navire rendent très-difficile et qui n'a pas encore été résolu d'une manière satisfaisante.
Ajoutons, quant aux déterminations obtenues même à terre, qu'une immersion du satellite doit arriver lors-
qu'une petite portion du disque est encore en dehors du cône d'ombre ; or cette portion n'est la même pour deux observateurs que dans le cas où leur vue a le mèrae degré de sensibilité. L'éclipsé réelle différera aussi d'autant plus de l'éclipsé apparente que la lunette employée dans l'observation aura plus de lumière. Les deux causes que nous venons de citer doivent produire des effets inverses à l'éinersion. Les résultats n'en seront indépendants que si l'on compare pour les deux lieux dont on veut déterminer la différence de longitude, un nombre précisément égal d'immersions et d'émersions dés mêmes satellites.
L'idée de faire servir les configurations, et surtout les éclipses des satellites de Jupiter à la détermination des longitudes, paraît s'être présentée de très-bonne heure à Galilée; tel fut l'objet des communications avortées qui s'établirent d'abord entre le philosophe florentin et les* États de Hollande, et ensuite avec la cour d'Espagne. Pour donner à sa méthode l'exactitude à laquelle il aspirait, Galilée fit par lui même et par ses élèves un nombre prodigieux d'observations. Renieri, religieux olivetain, en était le dépositaire. On a prétendu qu'à sa mort des agents de l'Inquisition s'en emparèrent; mais il ne faut calomnier personne, pas même les agents de l'Inquisition. Il résulte du récit de Nelli dans la vie de Galilée, récit fondé sur une déclaration des parents de l'astronome florentin, que la spoliation du cabinet de Renieri doit être imputée à un certain chevalier Joseph-Augustin Pisano, qui avait été présent à la mort de Renieri, et dans les mains duquel se trouvèrent l'horloge et le télescope du