LIVRE XXXII. — SAISONS ET CLIMATS
rives de l'Ancien continent avec une température supérieure à celle de ce continent en hiver et plus faible en été ; il aura pour effet de rendre moins dissemblables les températures des deux saisons extrêmes. Chacun comprendra alors pourquoi Buffon disait que sur la côte orientale des États-Unis on avait un climat excessifs c'est-àdire pour chaque température moyenne comparée à celle d' Europe, un été beaucoup plus chaud et un hiver beaucoup plus froid.
Si l'explication est juste, on voit que les mêmes différences, relativement aux températures, doivent exister à parité de latitude entre les côtes orientales et occidentales du Nouveau continent, comme aussi entre les côtes du vaste empire de la Chine situées à l'orient de l'Ancien continent.
Les observations confirment complètement la théorie. Sous le rapport de la température, la côte occidentale d'Amérique, très- différente de la côte orientale du même continent, ressemble à la côte occidentale d'Europe, et, d'un autre côté, la côte orientale d'Amérique à climats excessifs est semblable à la côte orientale d'Asie.
Aussitôt que les régions septentrionales de l'Amérique furent découvertes, les navigateurs remarquèrent qu'à parité de latitude elles sont beaucoup plus froides que l'Europe. Ce fait, dont la théorie astronomique des climats ne pouvait pas donner une explication satisfaisante, exerça la sagacité de plusieurs physiciens, et entre autres de Halley. Suivant ce savant célèbre, une comète choqua jadis obliquement la Terre et changea la position de son axe de rotation. Par suite de cet événement, le pôle nord.
qui primitivement était très-voisin de la baie d'Hudsoii ^ se trouva transporté plus à l'orient. Mais les contrées qu'il venait d'abandonner avaient été si longtemps et si profondément gelées, qu'il y reste encore aujourd'hui des traces évidentes de cet ancien froid polaire. Il faudra , ajoutait-on , une longue série d'années pour que l'action du Soleil procure aux parties boréales du nouveau continent , le climat correspondant à leur position géographique, dégagé des effets de l'influence frigorifique qu'elles avaient anciennement subie.
Cette théorie pouvait paraître plausible du temps de Halley. Aujourd'hui que le fait météorologique qu'elle devait expliquer est connu dans tous ses détails , elle se trouve inutile , insuflisante , contraire même aux observations.
Il est très-vrai qu'à égalité de latitude il fait beaucoup plus froid aux États-Unis qu'en Europe ; mais cette dissemblance s'efface presque entièrement quand les points de comparaison en Amérique sont pris sur la côte occidentale, ou, en d'autres termes, près des rivages du grand Océan. Ainsi, en admettant l'hypothèse de Halley, l'ancien pôle nord de la Terre n'a modifié en Amérique que la température de la côte orientale. Il a donc fallu que ce pôle se trouvât situé primitivement ou sur cette côte même, ou sur des méridiens qui en fussent peu éloignés. Alors quelle serait la cause du froid excessif de la côte d'Asie, qui , sous des latitudes semblables, ne le cède pas à celui de la côte atlantique de l'Amérique du nord? Hâtons-nous de le dire, Halley ne connut qu'un petit coin de l'intéressant phénomène de climatologie qu'il voulut