LIVRE XXXII. — SAISONS BT CLIMATS
trajet du midi au nord, ne serait plus admissible; car si les deux grands animaux dont je viens de parler n'avaient pas été gelés aussitôt que tués, la putréfaction eût décomposé leurs chairs. Ainsi, on est conduit à penser, d'une part, que la Sibérie dut être jadis un pays chaud, puisque les éléphants et les rhinocéros y vivaient; de l'autre, que la catastrophequi fit périr ces animaux, rendit subitement cette région du globe glaciale.
Dans l'état actuel de nos connaissances, on n'aperçoit au premier abord qu'une seule cause qui puisse altérer presque subitement, et d'une manière bien tranchée, le caractère thermoméLrique d'un climat : c'est un changement subit de latitude. Toute autre circonstance semble ne devoir engendrer que des modifications insignifiantes.
Si d'épïiis frimas couvrent le Spitzberg pendant six mois, c'est seulement parce qu'il est situé fort près d'un des pôles de rotation. Faites que le pôle se déplace à la surface du globe de 90", cet archipel se trouvera à l'équateur, et ses vallées arides, fécondées alors par la chaleur -solaire, se pareront de la plus riche végétation. Imaginons que l'axe de rotation de la Terre vienne percer la surface en quelque point du Pérou ou du Brésil, sans que l'inclinaison de l'équateur à l'écliptique ait changé, et des montagnes de glace flotteront bientôt dans les [)orts du Calko et de Rio de Janeiro. Les milliers de plantes, (|ui aujourd'hui font la richesse et l'ornement de ces contrées, périront sous d'épaisses couches de neige et seront remplacées par quelques lichens. Je crois qu'où peut admettre, sans hésiter, que si telle ou telle autre région des tropiques devenait tout à coup le pôle ter-
restre, il y gèlerait à la surface en moins de vingt-quatre heures.
Le problème que l'éléphant de Sibérie a soulevé revient donc, en définitive, à rechercher si l'axe de rotation du globe peut avoir changé subitement de direction.
Un pareil changement, en tant surtout qu'il devrait être subit, ne pourrait pas résulter des forces dont notre globe éprouve journellement les effets; mais si la Terre venait à être choquée avec violence par quelque gros corps étranger, un déplacement sensible de l'axe autour duquel elle tourne en serait la conséquence presque nécessaire. Je dis presque, parce qu'il y a des directions dans lesquelles le choc, quelque intense qu'il fût d'ailleurs, laisserait véritablement l'axe dans sa position primitive.
Les comètes sont évidemment les seuls corps qui jamais aient pu venir choquer la Terre. L'éléphant du Lena, le rhinocéros du Wilhoui semblaient donc prouver, malgré tout ce qu'on peut trouver d'étrange dans ce rapprochement, que, dans la suite des siècles, une semblable rencontre avait eu lieu. Cette preuve même devait paraître sans réplique à ceux qui regardaient comme bien établi que les éléphants n'ont pas pu vivre sous le climat actuel de la Sibérie ; mais quelques doutes semblent permis à ce sujet : le lecteur va en juger.
Sous le rapport de la forme et des dimensions, l'éléphant de la mer Glaciale avait la plus grande analogie avec ceux de ces animaux qui habitent aujourd'hui l'Afrique et l'Asie. Les défenses étaient longues de plus