LIVRE XX. — LA TERRE
L'horizon d'un lieu déterminé, celui de Paris, par exemple, est, abstraction faite de quelques inégalités du terrain , un plan perpendiculaire à la verticale du lieu. Tous les objets situés au-dessus de ce plan sont visibles , ceux qui momentanément sont placés au-dessous ne se voient pas.
Le^plan méridien est, comme on sait, un plan perpendiculaire à rhorizon, orienté de manière à passer par le pôle. Si on suppose la Terre immobile, on est obligé d'admettre que l'horizon est immobile aussi , et de douer au contraire le firmament d'un mouvement de révolution très-rapide et dirigé de l'orient à l'occident. Le moment du lever d'un astre est alors celui où il vient se placer, par TelTet du mouvement de révolution delà sphère étoilée, dans la direction de l'horizon. Lorsque ce m(flivement continué amène l'astre dans le plan vertical orienté dont nous parlions tout à l'heure, on dit qu'il passe au méridien. Le même mouvement, toujours continué dans le même sens, conduit l'astre qu'on observe à la limite occidentale de l'horizon. Au point du coucher, il disparaît et devient invisible jusqu'au moment où il atteint de nouveau l'horizon vers l'orient.
Supposons que la Terre soit mobile , et qu'elle tourne sur son centre , de l'occident à l'orient , autour d'un axe parallèle à ce que nous avons appelé l'axe du monde (liv. VI, chap. m, t. i, p. 231). Tous les horizons, et entre autres celui de Paris, se mouvront dans la même direction. Un astre se lèvera lorsque l'horizon mobile, par l'effet de son mouvement de rotation, viendra se placer dans sa direction ; il sera au méridien quand ce
plan qui tourne sans cesse avec l'horizon, puisqu'il lui est perpendiculaire , viendra se placer dans la direction de l'astre. Le coucher aura lieu à l'époque où la partie occidentale de l'horizon, ou son prolongement, passera par le même centre. Les levers, le passage au méridien et les couchers s'expliquent donc également bien dans les deux hypothèses.
Cherchons quelle est la théorie la plus simple, la plus conforme à la saine logique , et quelles objections on peut lui opposer ; examinons des objections qui ont été faites contre le mouvement de rotation de la Terre.
Voyons d'abord si la vitesse de sa rotation est inadmissible à cause de sa rapidité, comme on l'a prétendu.
Le rayon moyen de la Terre est de 1,432 lieues ancienneiyde France (chap. ii, p. 15) ; la circonférence de l'équateur renferme donc, en nombres ronds, 9,000 de ces lieues. En admettant le mouvement de rotation de la Terre, un point situé sur l'équateur parcourt environ un dixième de lieue par seconde autour de l'axe de rotation. Cette vitesse est considérable, sans doute, mais si la Terre ne se meut pas, la sphère étoilée se meut, il n'y a pas d'autre alternative.
Cherchons quelles vitesses le mouvement diurne de la * sphère étoilée nous forcerait d'admettre pour les différents corps distribués dans l'univers*
La distance du Soleil à la Terre est 23,000 fois environ le rayon moyen de la Terre. Les circonférences sont entre elles comme, leurs rayons. Ainsi, dans l'hypothèse de l'immobilité de la Terre, le Soleil décrirait une circonférence 23,000 fois plus grande que les points de