‹ Astronomie populaire (volume 4)Chapitre 125 sur 347 · LIVRE XX. — LA TERRE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — LA TERRE

ter. Poisson, en s'appuyant sur raplatissement des planètes dans le sens de leurs axes de rotation, croit, avec les géomètres, qu'elles ont été originairement fluides; mais il lui paraît vraisemblable que leur solidification a commencé par le centre et non par la surface , et il trouve là une autre difficulté contre les conceptions de Mairan, de Buffon et de Fourier.

Pour expliquer les températures croissantes avec la profondeur que donnent les observations des sources artésiennes et les galeries de mines, Poisson a recours aux considérations suivantes : toutes les étoiles ont des mouvements propres plus ou moins sensibles; le Soleil est une étoile ; donc il doit se transporter avec son cortège de planètes dans différentes régions de l'espace, conséquence qui est d'ailleurs confirmée par les observations directes. Or, ces régions ne sont probablement pas toutes à la même température ; la Terre décrit donc son ellipse autour du Soleil , tantôt dans une région chaude , tantôt dans une région froide ; partout elle doit tendre à se mettre en équilibre de température avec le milieu où elle circule. Supposons qu'après avoir été ïiinsi soumise à une température assez élevée , la Terre vienne à subir l'influence d'un milieu comparativement plus froid; les températures iront évidemment en augmentant de la surface vers le centre; le phénomène serait inverse si on observait les températures terrestres lorsque notre globe, après avoir subi l'influence d'un milieu froid, traverserait une autre région comparativement chaude.

Telle est en substance l'explication proposée par Poisson, des températures terrestres croissantes avec la pro-

fondeur. Il n'échappera à personne qu'une conséquence de cette hypothèse, c'est que les températures ne devraient pas croître proportionnellement à la profondeur, ce qui , dans les limites où l'on a opéré et que nous avons rappelées tout à l'heure, est démenti par les observations. Les matières de l'intérieur du globe , en admettant la proportionnalité de l'accroissement de la température avec l'accroissement de la profondeur, auraient, il est vrai, vers le centre une température qui surpasserait deux millions de degrés. Ces matières seraient à l'état de gaz incandescent , et il en résulterait , nous le répétons , une force élastique à laquelle Poisson croyait que la croûte solidifiée du globe terrestre ne pourrait pas résister. Cette difficulté avait déjà préoccupé les physiciens. Leslie a été conduit, pour sortir d'embarras, à présenter l'intérieur de la Terre comme une caverne sphérique remplie d'un fluide impondérable, mais doué d'une force d'expansion énorme. « Ces conceptions bizarres, dit mon ami Alexandre de Humboldt dans son 6bsmo5, firent naître bientôt des idées encore plus fantastiques dans des esprits entièrement 'étrangers aux sciences. On en vint à faire croître des plantes dans cette sphère creuse ; on la peupla d'animaux, et, pour en chasser les ténèbres, on y fit circuler deux astres, Pluton et Proserpine. Ces régions souterraines furent douées d'une température toujours égale, d'un air toujours lumineux par suite de la pression qu'il supporte : on oubliait^ sans doute, qu'on y avait déjà placé deux soleils pour l'éclairer. Enfin, près du pôle nord , à 82* de latitude , se trouvait une immense ouverture par où devait s'écouler la lumière des aurores

boréales , et qui permettait de descendre dans la sphère creuse. Sir Humphry Davy et moi , nous fûmes instamment et publiquement invités par le capitaine Symmes, à entreprendre cette expédition souterraine. Telle est l'énergie de ce penchant maladif qui porte certains esprits à peupler de merveilles les espaces inconnus, sans tenir compte ni des faits acquis à la science , ni des lois universellement reconnues dans la nature. Déjà, vers la fin du xvir siècle, le célèbre Halley, dans ses Spéculations magnétiques^ aurait creusé ainsi l'intérieur de la Terre: il supposait qu'un noyau , tournant librement dans cette cavité souterraine, produit les variations annuelles et diurnes de la déclinaison de l'aiguille aimantée. Ces idées, qui ne furent jamais qu'une pure fiction pour l'ingénieux Holberg, ont fait fortune de nos jours, et l'on a cherché, avec un sérieux incroyable, à leur donner une couleur scientifique. »

Il faut, dans les sciences d'observation , se méfier des conséquences exagérées des théories; il faut prendre garde d'aller au delà des déductions légitimées par les faits bien constatés. N'est-on pas déjà arrivé à un résultat qui est suffisant pour reposer l'esprit, en démontrant par la mesure de la valeur de l'aplatissement de notre globe et par celle de la température croissante avec la profondeur, que la Terre a dû être primitivement fluide et se solidifier progressivement de la surface vers le centre, à la manière de tous les corps qui se refroidissent? Quelles sont les méthodes qui ont permis d'obtenir l'aplatissement terrestre avec exactitude? c'est ce qu'il nous reste maintenant à exposer.

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