LIVRE XX. — LA TERRE
planète a sa sphère ; le Soleil et la Lune ont les leurs.
Suidas disait que les Babyloniens faisaient cuire des œufs en les faisant tourner rapidement dans une fronde. Le mouvement de rotation de la Terre étant plus rapide que celui d'une fronde , quelques auteurs avaient tiré de l'anecdote de Suidas la conséquence que la Terre ne tournait pas ; en effet , disaient-ils , si notre globe touniait , chaque point de la surface devrait s'échauffer par le frottement de l'atmosphère, comme les œufs des Babyloniens. Mais l'atmosphère tournant comme la Terre qui l'enveloppe, l'objection est sans valeur et ne mérite aucune attention.
Voici comment s'explique Sénèque sur le grand problème de la rotation de la Terre :
« Il importe d'examiner si la Terre est immobile au centre du monde, ou si, le ciel étant immobile, la Terre tourne sur elle-même. Des auteurs ont dit que la Terre nous entraîne sans que nous nous en apercevions, et que c'est notre mouvement qui produit les levers et les couchers apparents des astres. C'est un objet bien digne de nos contemplations que de savoir si nous avons une demeure paresseuse, ou si au contraire elle est douée d'une excessive vitesse, si Dieu fait tout tourner autour de nous ou s'il nous fait tourner nous -même. »
Une opinion assez généralement répandue fait de l'auteur de VAlmageste un partisan décidé des sphères de cristal d'Aristote, mais c'est une erreur. Ptolémée ne se prononce pas à ce sujet dans son grand ouvrage ; pour lui , les orbites et les épicycles sont de simples lignes ; il ne les doue nulle part d'une consistance matérielle»
Purbach, astronome du xv* siècle, fit revivre les sphères de cristal d'Aristote; il fit plus, au lieu de supposer chaque planète attachée à la surface de sa propre sphère de cristal , il imagina qu'elle se mouvait entre deux sphères semblables et concentriques, comme entre deux murs , disait-il, qui les empêchaient de sortir de leurs orbites.
Nous ne nous arrêterons pas à réfuter une pareille conception. Les comètes observées par Tycho, en brisant les cieux de cristal d'Aristote, durent à plus forte raison ne laisser aucune parcelle de ceux de Purbach.
Après avoir rejeté le système des sphères de cristal et des épicycles. Bacon disait : « Rien n'est plus faux que toutes ces imaginations, si ce n'est les mouvements de la Terre, plus faux encore. »
En voyant l'illustre chancelier, l'auteur du Novum organum^ arriver à une pareille conséquence, on se rappelle ces paroles d'un prédicateur très -peu orthodoxe dans sa conduite privée, qui disait en chaire : « Mes chers frères, faites ce que je dis et non pas ce que je fais. »
La Galla, un des ennemis de Galilée, un des adversaires les plus prononcés du système de Copernic, produisait contre ce système ce singulier raisonnement : t Dieu étant au Ciel et non sur la Terre, peut mouvoir le Ciel et non la Terre. » (Venturi, t. i, p. 160.)
On n'attend pas de moi, sans doute, que je réfute de pareils arguments.
J'ai exposé précédemment (lîv. xvi, chap. x, t. ii, p. 242) le système de Copernic, dans lequel le grand principe de la mobilité de la Terre autour du Soleil fut proclamé avec éclat par l'illustre astronome de Thorn