LIVRE XX. — LA TE.RRE
Considérons Mars en opposition M^ le moment où on le verra passer au méridien sera de même égal au temps de son passage réel augmenté du temps que la lumière emploie à parcourir la distance TM' qui, à cette époque, sépare la planète de la Terre. Mais la distance de Mars à la Terre à la première époque, je veux dire le jour de la conjonction, surpasse cette même distance, le jour de l'opposition, du double de la distance TS du Soleil à la Terre. Il y aurait donc entre l'opposition et la conjonction , quant aux passages au méridien observés, comparés aux passages réels, une inégalité ou perturbation, qui, exprimée en temps , serait égale au double du temps que la lumière emploie à venir du Soleil à la Terre, c'est-àdire en définitive une perturbation de 16" 1/2 environ, d'après la valeur que nous déterminerons pour la vitesse de la lumière. On voit de plus que par la cause indiquée le mouvement apparent de la planète se ferait entre la conjonction et l'opposition, de l'orient à l'occident. Or, l'existence de pareilles perturbations n'est nullement indiquée par les observations. Un raisonnement analogue s'appliquerait à Jupiter et à Saturne. On découvrirait que la même supposition de Timmobilité de la Terre conduirait à des résultats plus inadmissibles encore, si on considérait les étoiles doubles. Lorsque l'étoile principale et l'étoile satellite se trouveraient à la même distance de la Terre, elles paraîtraient très-voisines, comme elles le sont en effet. Mais supposons que, par son mouvement de circulation autour de l'étoile principale, l'étoile satellite prît une position plus éloignée de la Terre d'une quantité égale au diamètre de l'orbite terrestre, et alors loin de sembler
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presque en contact avec le centre de son mouvement, elle paraîtrait s'en être éloignée en ascension droite d'une quantité qui, exprimée en temps, se monterait à plus de huit minutes, résultat tellement en désaccord avec tout ce que donnent les observations, qu'on peut vraiment le regarder comme une démonstration mathématique de la fausseté de l'hypothèse dont nous sommes partis, c'est- ' à-dire de l'immobilité de la Terre.
Les astres mobiles, dans la supposition d'une vitesse successive de la lumière , devant être vus dans des positions fort éloignées de leurs positions réelles au moment où s'eflectue la vision , il s'ensuit que deux astres inégalement éloignés et occupant des régions du ciel fort dissemblables , peuvent paraître en contact.
Au premier aspect on est disposé à déduire de ce résultat la conséquence qu'il ne doit pas y avoir une occultation proprement dite, immédiatement après le moment où Mars, Jupiter et Saturne paraissent en contact avec les étoiles plus orientales que ces planètes, mais ce serait là une erreur dont les commençants eux-mêmes s'apercevront facilement en remarquant que , vu les distances extrêmement considérables des étoiles par rapport à celles des planètes à la Terre, on peut regarder les rayons de lumière envoyés par une étoile comme étant parallèles entre eux.
La remarque que, par suite de la double supposition de l'immobilité de la Terre et d'une vitesse successive de la lumière, les astres ne se montreraient pas dans leurs positions réelles, se trouve imprimée pour la première fois, je crois, dans les Opuscules mathématiques de d'Alembert. Je lis en outre, dans le premier tome de Y Histoire