LIVRE XXI. — LA LUNE
Rapportons maintenant une observation du même genre faite par Euler.
En 1748, Euler observa à Berlin les diverses phases d'une éclipse annulaire de Soleil, non pas directement, mais à Taide des images des deux astres projetées sur un carton. Le grand géomètre crut avoir remarqué qu'au moment où le bord obscur de la Lune s'approchait du bord du Soleil, celui-ci était en quelque manière repoussé ; il en tira la conséquence que les rayons solaires avaient éprouvé dans l'atmosphère de la Lune une réfraction de 20 à 25 secondes.
Mais une observation pareille faite , pour ainsi dire , à l'œil nu, est évidemment de peu de valeur à côté des observations faites en visant directement à la Lune, et dans lesquelles on n'a rien aperçu de semblable à ce que rapporte Euler. La remarque de cet illustre géomètre ne prouve donc pas l'existence d'une forte atmosphère autour de la Lune. Tout ce qu'on doit en déduire légitimement, c'est qu'on peut être le plus illustre analyste de son siècle et un observateur médiocre.
L'existence d'une atmosphère autour de la Lune pourrait être constatée aujourd'hui par une méthode expérimentale très-simple et à l'abri de toute objection , en se servant de lunettes à doubles images, soit héliométriques, soit à prisme de Rochon. Supposons que deux étoiles doivent être occultées, et qu'un temps suffisant avant l'arrivée de ce phénomène on détermine la distance angulaire qui les sépare, en mettant leurs images tangentiellement l'une à l'autre ; à peine la lumière de la plus occidentale de ces étoiles traverserait-elle l'atmosphère lunaire, que
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la distance angulaire de cette étoile à la plus orientale éprouverait une diminution égale à la quantité de la réfraction imprimée aux rayons de la première étoile. La distance des deux astres irait continuellement en diminuant , à mesure que le premier, en s' approchant davantage du bord de la Lune, pénétrerait plus avant dans son atmosphère. Chacun comprend que par ce moyen l'existence d'une réfraction de l'atmosphère lunaire, égale à une seule seconde , deviendrait nettement visible. Cette observation ne èaurait être assez recommandée aux astronomes munis des instruments nécessaires.
Afin qu'on ne m'accuse pas d'avoir un parti pris sur une question qui me paraît mériter d'être soumise à des investigations nouvelles , je vais rapporter une observation de Schrœter d'où semblerait résulter qu'une atmosphère extrêmement faible, mais sensible, existe autour de la Lune.
Suivant l'astronome de Lilienthal, les sommités des montagnes de la Lune, qui durant le progrès des phases se présentent , à cause de leur grande hauteur, comme des points détachés, sont d'autant moins vifs qu'ils se trouvent à une plus grande distance de la ligne de séparation d'ombre et de lumière, ou, ce qui revient au même, suivant que les rayons éclairants ont rasé le corps de la Lune dans une plus grande étendue.
Pendant qu'il observait au milieu de la lumière crépusculaire terrestre , le croissant très-délié de la Lune , deux jours et demi après sa conjonction, il s'avisa une fois de rechercher si le contour obscur de cet astre, celui qui ne pouvait recevoir que la lueur cendrée, se montrerait