LIVRE XXI. — LA LUNE
dont rintérieur est soigneusement noirci, et l'illusion disparaîtra.
Voici une observation de sir John Herschel , qui va directement au but que je me propose dans ces explications.
«Étant au cap de Bonne-Espérance, j'ai souveat comparé, dit le célèbre astronome, la face verticale de la montagne de la Table, éclairée par le Soleil levant, à la pleine Lune qui se cachait derrière , et telle était l'identité d'éclat de l'astre et de la roche {sandstone) que je ne parvenais pas à les distinguer l'un de l'autre ; et pour qu'on ne prétende pas tirer une objection de la circonstance que la roche était observée de très-près et la Lune de très-loin , je rappellerai que, d'après les principes les plus incontestables d'optique, la roche aurait conservé le même éclat à toute distance. »
Chacun concevra maintenant l'intérêt qu'il peut y avoir à rechercher quelles sont les intensités comparatives des diverses régions du disque lunaire. Galilée avait déjà remarqué que le bord et le centre de la Lune ont une égale intensité, comme on le voit dans sa lettre au grandduc de Toscane en réponse à une brochure de Liceti sur la lumière cendrée ; il ne se dissimule pas que le contraire semblerait devoir être observé si les parties de l'astre voisines du bord étaient polies. Mais les aspérités qu'on y remarque changent totalement l'état des choses et permettent de faire concorder l'égalité d'éclat observé avec les lois de la photométrie.
Je n'ai pas appris que personne se soit avisé de pousser plus loin l'examen du disque de la Lune au point de vue
photométrique. J'ai essayé de remplir cette lacune et de détermirier numériquement le rapport qu'il y a entre la lumière qui nous vient d'une des larges taches dites mers et celle* des parties les plus brillantes du globe lunaire.
Voici les résultats que j'ai obtenus en me servant des méthodes que j'ai expliquées en détail dans mes Mémoires sur la photométrie.
En moyenne l'intensité du bord de la Lune est à l'intensité des grandes taches dans le rapport de 2.7 à 1. La comparaison d'une portion du bord très-brillante à l'une des grandes taches les moins brillantes , donne le rapport de 15.5 à 1 pour celui des intensités de leurs lumières.
En publiant sa Micrographie (1667), Hooke soutenait que « certaines parties de la Lune peuvent être couvertes de végétaux analogues à nos gazons, à nos arbrisseaux, à nos arbres. »
Le grand observateur arrivait à cette conséquence en remarquant que les parties dont il s'agit restent toujours ternes, quelle que soit la position du Soleil, quelle que soit la direction de la lumière qui les éclaire , tandis que les montagnes beaucoup plus stériles (barreh) environnantes brillent d'un vif éclat.
MM. Béer et Msedler croient avoir reconnu
que mare Orisium est verte ;
que mare Serenitatis est verte aussi ;
que mare Humorum a encore la même teinte ;
que Lichtenberg est rouge.
Mais les couleurs signalées par les deux astronomes