LIVRE XXÎ. — LA LUNE
reconnaître en vous servant d'une lunette de Galilée et en détenninant l'étendue du champ, car dans de semblables lunettes le champ est dépendant de l'ouverture de la pupille.
Ceux qui croyaient que la lumière de la Lune était absolument sans effet sur les corps terrestres, n'avaient sans doute pas connaissance de l'observation si curieuse consignée par Dufay dans les Mémoires de r Académie des sciences de 1730, et suivant laquelle la pierre de Bologne et d'autres phosphores analogues deviennent un peu lumineux pendant le clair de Lune.
Au reste , depuis les études variées, délicates et trèsingénieuses auxquelles la découverte de Niepce et de Daguerre a donné lieu, la question a totalement changé de face. Les photographes ont découvert bon nombre de composés chimiques très-sensibles, qui se laissent impressionner en peu d'instants par les rayons lunaires ; aujourd'hui il ne serait donc plus permis de dire que les rayons réfléchis par notre satellite sont entièrement sans effet sur les animaux et sur les plantes, puisqu'il est démontré que dans la plupart des phénomènes photographiques la durée de l'exposition supplée à la sensibilité.
L'idée d'appliquer les procédés photographiques de Niepce et de Daguerre à la reproduction de certains objets scientifiques, était très-naturelle; on a donc peine à concevoir que les personnes qui ont publié leurs projets à ce sujet en aient tiré vanité. Réclamer la priorité quand il s'agit de la formation d'images photographiques du Soleil et de la Lune parait donc, qu'on me passe le mot, une véritable puérilité. Quoi qu'il en soit, puisque
ne ASTRONOMIE POPULAIRE.
de semblables réclamations se sont fait jour, je transcrirai ici un passage du rapport que je fis à la Chambre des députés à l'époque où les procédés de Daguerre encore secrets allaient devenir l'objet d'une rémunération nationale.
« L'académicien qui connaissait déjà depuis quelques mois (lorsque le projet de loi fut présenté) les préparatiolhs sur lesquelles naissent de si beaux dessins, n'a pas cru devoir tirer encore parti du secret qu'il tenait de rhonorable confiance de M. Daguerre. Il a pensé qu'avant d'entrer dans la large carrière que les procédés photographiques viennent d'ouvrir aux physiciens, il était de sa délicatesse d'attendre qu'une rémunération nationale eût mis les mêmes moyens d'investigation aux mains de tous les observateurs. Nous ne pourrons donc guère, en parlant de l'utilité scientifique de l'invention de notre compatriote, que procéder par voie de conjectures. Les faits, au reste, sont clairs, palpables, et nous avons peu à craindre que l'avenir nous démente.
« La préparation sur laquelle M. Daguerre opère , est un réactif beaucoup plus sensible à l'action de la lumière que tous ceux dont on s'était servi jusqu'ici. Jamais les rayons (Je la Lune, nous ne disons pas à l'état naturel, mais condensés au foyer de la plus grande lentille, au foyer du plus large miroir réfléchissant, n'avaient produit d'effet physique perceptible. Les lames de plaqué préparées par M. Daguerre , blanchissent au contraire à tel point SQus l'action de ces mêmes rayons et des opération» qui lui succèdent, qu'il est permis d'espérer qu'on pourra faire des cartes photographiques de notre satellite.