LIVRE XXII. — ÉCLIPSES ET OCCULTATIONS
qu'on ne faisait pas pour se raccommoder avec eux. Mais les Grecs qui étaient si raffinés, n'ont -ils pas cru lon^rtemps que la Lune était ensorcelée et que les magiciens la faisaient descendre du ciel pour jeter sur les herbes une certaine écume malfaisante? Et nous, n'eûmes-nous pas une belle peur en 165/i, à une certaine éclipse de Soleil qui, à la vérité, fut totale? Une infinité de gens ne se tinrent-ils pas enfermés dans les caves?» (Fontenelle. Entretiens sur la Pluralité des Mondes; second soir. )
Les historiens ont fait mention d'une éclipse totale de Soleil qui arriva en 480 avant notre ère et qui fit presque naître une révolte dans l'armée de Xerxès.
Une autre éclipse du même astre qui arriva en 375 avant notre ère , répandit la terreur chez les Thébains , comme on le voit dans la Vie de Pélopidas.
On peut citer au nombre des éclipses qui ne furent pas sans influence sur les événements politiques de l'époque où elles arrivèrent, Téclipse totale de Soleil qui eut lieu quand Périclès parlit pour le Péloponèse en 431 avant notre ère, et celle qui coïncida avec la marche d'Agathocle contre Carthage en 310.
Il fallut, pour ôter à ces phénomènes leur prestige, qu'on en découvrît nettement la cause et qu'on trouvât le moyen de les calculer et de les annoncer d'avance.
Suivant Plutarque, au temps de Nicias, 413 ans avant notre ère, les Athéniens commençaient à concevoir la possibilité des éclipses de Soleil par l'interposition de la Lune, mais ils n'avaient pas deviné ce qui pouvait occasionner les éclipses de pleine Lune.
Au rapport de Dîodore de Sicile, les Chaldéens étaient plus avancés que les Grées à ce sujet ; ils savaient que la Lune n'a qu'une lumière empruntée et que Ses éclipses sont produites par le passage de l'astre dans l'ombre de la Terre.
Nous avons indiqué précédemment comment à l'aide des tables du Soleil et de la Lune on peut déterminer d'avance avec précision, combien il y aura d'éclipsés durant une certaine année et quels seront leurs caractères. Mais ce moyen n'a pu être mis en usage par les anciens, car les tables du Soleil et de la Lune ont été le produit de l'astronomie perfectionnée par les modernes. Cependant, il est certain que les anciens étaient arrivés, en discutant une longue suite d'observations, â prédire longtemps d'avance les éclipses; voici l'indication abrégée de la méthode dont ils firent usage et des principes sur lesquels elle repose.
Les éclipses, comme on l'a vu (chap. m, p. 547), ne peuvent avoir lieu que lorsque la Lune est eti conjonction ou en opposition avec le Soleil. Deux conjonctions ou deux oppositions sont séparées par un intervalle de temps égal à SS^.SS, durée du mois lunaire; ce sera donc après une période composée de multiples de mois lunaires, c'est-àdire de 29.53 que les éclipses peuvent se reproduire.
Pour qu'il y ait éclipse, il faut que la latitude de la Lune, au moment de l'opposition ou de la conjonction, ne surpasse pas certain nombre que nous avons fait connaître (chap. IV, p. 458). Mais cette latitude, â l'époque de la conjonction ou de l'opposition, est liée à la distance du Soleil au nœud de l'orbite de la Lune.