CHAPITRE XI
COLORATION DE^ OBJETS TERRESTRES A UN GERTAIR" DEGRÉ DE L^OBSGDRITÉ PROVENANT DES ÉCLIPSES DE SOLEIU
Quelques témoins de Téclipse totale de 8àO disent que la couleur des objets terrestres changea. Plantade et Clapiès, sans connaître la remarque faite en 810, en rendant compte de l'éclipsé totale qu'ils observèrent à Montpellier le 12 mai 1706 s'expriment ainsi : « On remarqua que, suivant le progrès ou la diminution de l'éclipsé, les objets changèrent de couleur. Au huitième doigt (quand les deux tiers du diamètre du Soleil étaient sous la Lune) , tant avant cpi* après l'obscurité totale, ils étaient d'un jaune orangé. Quand l'éclipse fut parvenue à un peu plus de onze doigts et demi (quand il n'y avait plus de visible que la vingt-cinquième partie du diamètre du Soleil), les objets parurent d'un rouge tirant sur l'eau vinée. » Malgré la netteté, la précision de ce passage,
1. Pendant récUpse du 18 juniet 1860, M. Charles Packe, au sommet du Moneago, près de Tarragona, a vu Jupiter et Vénus briller comme dans une nuit d'été ; ces deux planètes ont aussi été vues à Alger, ainsi que plusieurs étoiles. M. Tissot a aperçu quelques étoiles et les mêmes planètes à la station du Sanctuaire, non loin de Tendroit où observait M. Packe en Espagne. Mais, d'après M» Le Verrier, on n'a pas cessé un seul instant de pouvoir lire sans avoir recours à dos lumières artificielles. . J.-A. B.
j*ai cru devoir chercher si d'aatres observateurs modernes n'auraient pas aperçu aussi le changement de couleur signalé par Clapiès et Plantade. Le Mémoire de Halley sur l'éclipse totale de 1715 m*a fourni les lignes suivantes : a Quand l'éclipse fut arrivée à dix doigts (au moment oit la Lune couvrit les dix douzièmes du diamètre du Soleil), l'aspect et la couleur du ciel commencèrent à changer, le bleu d'azur devint une couleur livide, mélangée d'une couleur pourpre. »
Le 28 juillet 1851, M. Airy, àGottemburg, vit l'atmosphère s'empourprer au zénith quelque temps avant le commencement de l'éclipse totale. La plus grande partie du ciel était couverte de nuages.
On ne voudra peut-être pas croire que pour expliquer cet effet on a été jusqu'à supposer que le bord et le centre du Soleil n'ont pas la même teinte. Au reste, il me parait possible de rendre compte du changement de couleur de l'atmosphère et de celui des objets terrestres sans avoir besoin de recourir à d^autres principes qu*à ceux de la photométrie convenablement appliqués. Voici quelle est, suivant moi, la véritable cause du phénomène signalé par Plantade, Clapiès, Halley, et observé depuis par tous les astronomes ^.
Un corps sphérique a la propriété de disperser, de réfléchir dans tous les sens les rayons qui tombent sur sa
1. Au moment de Téclipse du 18 juillet 1860, tous les objets prirent à Alger une teinte jaunâtre d*un aspect Uvide. « Les objets, dit M. Le Verrier, qui obserrait à la station du Sanctuaire en Espagne, furent parcourus par cette teinte sinistre qui impressionne vivement tout liomme témoin d*une éclipse totale. » M. Lowe parle d*une teinte violette livide. J.-'A. B.