LIVRE XX. — LA TERRE
rappui de cette opinion, parmi les montagnes dirigées du nord au sud, les montagnes qui séparent la Suède de la Norvège et qui ont la face occidentale très- escarpée, tandis que leur face orientale présente une rampe trèsdouce ; les monts Ourals, plus escarpés à l'occident qu'à l'orient
Parmi les montagnes dirigées de l'est à l'ouest, les monts Karpathes présentent vers la Hongrie leur face méridionale très-abrupte , tandis que leur face septentrionale descend en pente douce vers la Pologne. Le versant septentrional des Pyrénées est moins rapide que le versant méridional, d'après les observations de Ramond. Les Alpujaras ( Grenade) et la Sierra-Morena paraissent aussi, d'après Malte -Brun, avoir leurs pentes roides vers le midi. Les montagnes de la Guyane, selon La Condamine, ont leur face méridionale plus marquée que leur face septentrionale. Enfin les montagnes qui séparent la Saxe de la Bohême présentent, d'après Daubuisson, une pente douce vers le nord.
Les Cévennes, les Vosges, le Jura, chaînes dirigées du nord au sud , ont leurs plus grandes pentes tournées vers l'est. Dans la Cordillère des Andes, c'est au contraire le versant occidental qui est le plus rapide ; il en est de même des Alpes Scandinaves. On ne peut donc pas soutenir avec Bergman, d'une manière générale, que dans les chaînes dirigées du nord au sud la pente occidentale est constanunent la plus rapide.
Nous avons dit que ce savant avait également déduit
de ses observations , que dans les chaînes dirigées de l'est
à l'ouest la pente la plus abrupte était toujours vers le A.— ni. 6
midi. Les Pyrénées, TErzgebirge, lesAlpujaras confirment cette règle , mais les monts Atlas la contredisent , puisque c'est du côté de la Méditerranée surtout que ces montagnes sont escarpées.
On aurait une règle moins sujette à exceptions en disant que les montagnes qui ceignent une mer, lui présentent leur plus grand escarpement; les montagnes de l'Espagne, des Pyrénées, des Gévennes, des Alpes, de la Grèce, de la Caramanie, de la Syrie, de T Atlas, sont toutes plus rapides vers la Méditerranée que du côté opposé.
La plupart des terrains paraissent formés par couches superposées ; on dit alors qu'ils sont stratifiés.
Les fissures qui séparent les différentes couches sont des surfaces ordinairement planes , quelquefois courbes » et presque toujours parallèles entre elles.
Les surfaces de séparation des strates, quarnl elles sont courbes, appartiennent constamment à cette classe que les géomètres appellent surfaces réglées , à cause qu'en chaque point on peut leur appliquer une ligne droite.
Saussure pense qu'on peut admettre comme deux règles générales :
1" Que lorsque des montagnes secondaires bordent des montagnes primitives, leurs couches montent constamment vers les parties de ces dernières montagnes , qui leur correspondent;
2* Que les montagnes secondaires ont toujours leurs escarpements les plus prononcés tournés vers la chaîne primitive centrale.
La direction d'une couche est l'orientation de la ligne
qui résulte de son intersection avec un plan horizontal, ou, ce qui revient au même, d*une ligne horizontale menée dans son plan ; marquer la direction d^une couche, c'est indiquer à quels points de Thorizon cette ligne aboutit.
U inclinaison est Tangle que la couche forme avec Thorizon.
Ces deux expressions n'auraient évidemment aucun sens , si la couche n'était pas considérée comme plane.
Les géologues considèrent les couches, les sirotes^ comme résultant de dépôts qui, à Torigine des choses, se sont formés successivement au sein d'une masse fluide.
Quand les couches ont des épaisseurs égales, il parait difficile de ne pas admettre que ce dépôt s'est opéré primitivement sur une surface à peu près horizontale; mais de telles couches, au contraire, forment souvent de très- grands angles avec l'horizon ; le terrain qui les supporte a donc été soulevé depuis leur formation; l'inclinaison des couches est un indice certain des grandes révolutions^ que le globe a éprouvées.
Certains terrains ne présentent aucune stratification apparente ; le granité et le porphyre sont généralement dans ce cas.
Il existe des roches qui se divisent en prismes à trois, quatre, cinq, six, sept ou huit pans; leur hauteur n*Bst ordinairement que de quelques décimètres ; mais on en toit fréquemment dé dix et même quelquefois de deUx' cents mètres de long.
Le plus ordinairement ces prismes sont disposés verticalement ; dans cet état ils forment Ips célèbres colonr
nades basaltiques du Vivarais, de l'Auvergne, de la Saxe, etc. , et la fameuse chaussée des Géants, en Irlande. Quelquefois les prismes sont entassés horizontalement, et dans des directions parallèles, comme des poutres dans un magasin ; ailleurs ils paraissent converger vers un centre unique.
Pendant longtemps on a regardé la structure prismatique comme un des attributs distinctifs des terrains volcaniques; mais quelques géologues ont trouvé ce même mode de division dans des granités, dans des porphyres euritiques , dans le gypse de Montmartre, dans les mines de sel gemme de Norlhwich.
Certaines variétés minérales offrent enfin une forme globuleuse, quelquefois parfaitement sphérique, plus ordinairement sphéroïdale, plus souvent encore tuberculeuse seulement. Les plus remarquables de ces roches sont le granité globuleux de Corse , et le spath calcaire des environs d'Hyères observé par Saussure, et dans lequel on trouve des boules de près d'un mètre de diamètre.