LIVRE XX. — LA TERRE
un taillis et de petits lacs dans l'intérieur du cratère. L'éruption la plus mémorable , après celle de la mort de Pline, eut lieu en 1822, du 24 au 28 octobre: « Pendant douze jours, dit mon illustre ami de Humboldt dans «es admirables Tableaux de la nature^ elle ne fut pas interrompue, sans avoir cependant la vfolence des quatre premières journées. Durant ce laps de temps, le$ détonations à l'intérieur du volcan furent si fortes que, par le seul effet des vibrations de l'air, carde tremblement de terre, il n'y en eut pas trace, les plafonds des salles se crevassèrent dans le palais Portici. Les villages voisins , Résina , Torre del Greco , Torre dell' Annunciata et Bosche-Tre-Case, furent témoins d'un phénomène singulier : l'atmosphère était complètement remplie de cendres, et vers le milieu du jour, toute la contrée resta plongée plusieurs heures dans l'obscurité la plus profonde. On allait dans les rues avec des lanternes, comme cela arrive assez souvent à Avito , lors des éruptions du Pichincha. Jamais il n'y eut une désertion plus générale des habitants. »
Depuis cette époque , il y a eu quelques éruptions trèsremarquables. Du 1" au 5 janvier 1839 , le volcan rejeta une si grande masse de cendres, que toute la plaine qui s'étend de Bosche-Tre-Case à Castellamare en fut couverte sur une épaisseur de 12 à 15 centimètres. On ne pouvait plus marcher dans les rues de Torre dell' Annunxîiata , et la route des Calabres, qui passe par cette localité, en fut tellement encombrée que pendant quelque temps la circulation y fut interrompue. Ces cendres étaient composées de grains dont les plus ordinaires
avaient la grandeur de grains de chanvre; mais il y en avait de la grosseur d'une noisette, d'une noix et même d'un œuf. La grande éruption du Vésuve de 1850 a vomi une lave dans laquelle se trouvaient des blocs granitiques énormes , et qui a formé un vaste plateau dont les bords constituent comme un rempart cyclopéen, élevé d'au moins 5 mètres au-dessus de la plaine où le torrent volcanique s'est arrêté.
L'Etna se fait remarquer par son étonnante hauteur. * Il se distingue aussi par son ancienneté. Pindare, qui vivait en l'an 449 avant Jésus-Christ, cite déjà l'Etna comme un volcan enflammé. Thucydide nous a conservé des détails sur l'éruption qui eut lieu l'an 476 avant l'ère vulgaire. Quant à Homère, il ne nomme même pas la montagne, quoique dans Y Odyssée il fasse aborder Ulysse en Sicile, Ce silence d'un poète qu'on a toujours admiré pour l'étendue et l'universalité de ses connaissances , a fait supposer avec une certaine probabilité que longtemps avant l'époque d'Homère, le volcan était éteint. Les historiens romains, ceux du moyen âge et des temps modernes, ont décrit un si grand nombre d'éruptions de l'Etna, qu'il ne serait peut-être pas difficile de prouver que, dans une période de deux mille ans, ce volcan n'a jamais sommeillé pendant un siècle entier.
Sénèque disait que les montagnes volcaniques ne fournissent pas l'aliment du feu, qu'elles lui offrent seulenient une issue. Le père Kircher semble avoir voulu commenter ces paroles du philosophe romain, lorsqu'il a avancé dans son Monde souterrain^ livre iv, que les déjections de l'Etna réunies formeraient un volume vingt