LIVRE XX. — LA TERRB
l'équateur, ce qui correspondrait à une vitesse de 2,300 lieues par seconde.
Jupiter est cinq fois environ plus loin de la Terre que le Soleil; il se mouvrait par conséquent avec une vitesse cinq fois plus grande ou de 11,500 lieues par seconde.
On trouvera par un calcul analogue que la vitesse de Saturne serait de 22,000 lieues par seconde.
Quant aux étoiles beaucoup plus éloignées que Saturne, leurs vitesses seraient proportionnellement beaucoup plus considérables que les nombres qui précèdent. Par exemple, Tétoile la plus rapprochée de nous, a du Centaure (liv. ix, chap. xxxii, t. i, p. A 36), ne parcourrait pas moins de 520 millions des mêmes lieues par seconde.
Ainsi , ceux qui refuseraient d'admettre le mouvement de rotation de la Terre, parce qu'ils regarderaient comme excessive une vitesse de 1/10* de lieue par seconde dont seraient animés les points de l'équateur, se trouveraient inévitablement conduits par des calculs arithmétiques irréfutables, à reconnaître dans le Soleil, 1,400,000 fois plus grand que notre globe, dans Jupiter et dans Saturne, d'un volume 1,400 et 700 fois supérieurs à celui de la Terre, des vitesses de 2,300, 11,500 et 22,000 lieues par seconde.
Je ne fais cette remarque que pour montrer à quel point s'abusaient ceux qui prétendaient trouver une objection contre le système du mouvement de la Terre dans la vitesse de rotation dont les points matériels de l'équateur devaient être animés. Il est rare, en effet , que des considérations de grand et de petit puissent conduire , dans
l'étude de la nature, à des conclusions certaines et défi* nitives. Passons donc à d'autres objections.
Des observations certaines ont appris depuis longtemps que Jupiter et Saturne , dont les volumes , comme nous venons de le dire et comme nous le verrons plus tard , surpassent plusieurs centaines de fois celui de notre globe, exécutent une révolution entière sur eux-mêmes dans l'espace d'environ dix heures. Ces révolutions s'effectuent d'ailleurs dans la direction de celle qu'il faut attribuer à la Terre pour expliquer le mouvement diurne de l'occident à l'orient Ainsi, la simplicité et l'analogie sont en faveur du mouvement de rotation de la Terre.
Parmi les difficultés qu'on a présentées contre l'existence de ce mouvement, celle qui pendant longtemps a joui de plus de faveur, peut être formulée ainsi : La Terre parcourant 1/10* de lieue par seconde, de l'occident à l'orient, une lieue entière par 10 secondes, si Ton s'élevait dans l'air pendant 10 secondes, on tomberait après ce court laps de temps dans un lieu plus occidental que le point de départ d'une lieue entière. Celui qui trouverait le moyen de se soutenir immobile dans l'atmosphère pendant le court intervalle d'une demi-minute ou 30 secondes, ce qui n'est pas difficile, retomberait 3 lieues à l'occident du point d'où il serait parti. On aurait ainsi , comme on voit, un moyen de voyager de l'orient à l'occident avec une vitesse beaucoup plus rapide que celle que donnent sur les chemins de fer les locomotives les plus puissantes.
Buchanan , le célèbre poète écossais , a donné à l'objection, dans ses vers, une forme toute sentimentale, en