LIVRE XX. — LÀ TERRE
Ce flot, a-t-on ajouté, en s' avançant avec impétuosité du midi au nord, rencontra sur sa route diverses chaînes de montagnes qui lui barraient le passage , démolit les faces sor lesquelles s'opéra le premier choc et en entraîna les débris. C'est pour cela, dit-on, que les pentes méridionales des Pyrénées, des Alpes, de la chaîne de l'Himalaya, sont plus rapides que les pentes septentrionales. C'est pour cela que les versants occidentaux de la cordillère des Andes et des Alpes Scandinaves, sont beaucoup plus escarpés que les versants orientaux, etc., etc.
Nous avons déjà vu (ch. vu, p. 64) que ces faits ne sont pas aussi réels, aussi généraux qu'on le prétend ; nous allons examiner si l'intervention d'un courant en donnerait une explication naturelle.
Il est vrai, qu'en masse, la pente méridionale des Pyrénées est plus rapide que la pente septentrionale. Cependant, sur beaucoup de points de la chaîne, c'est le contraire qu'on observe. En tout cas , la plus grande inclinaison du versant espagnol ne pourrait être attribuée & l'action érosive d'un courant venant du sud , à la démolition des anciennes, parois de la montagne ; car on peut suivre les couches qui les forment aujourd'hui , depuis les plaines de l' Aragon jusqu'aux crêtes les plus élevées, sans y rencontrer aucune solution de continuité. Dans la question qui nous occupe , cette observation , dont je suis redevable à M. Élie de Beauinont , est capitale. %
Ce que nous savons de l'Himalaya est conforme à la règle énoncée plus haut. On peut douter qu'il en soit ainsi de l'Atlas, quoiqu'il coure de l'est à l'ouest.
Les Alpes ont été rangées, comme les Pyrénées, parmi
les chaînes dirigées de l'est à l'ouest ; mais les Alpes ne sont pas une chaîne unique, elles se composent de la réunion de plusieurs chaînes tout à fait distinctes par leurs caractères et par leurs âges géologiques ; elles forment dans leur immense étendue un circuit où Ton trouve successivement les degrés d'orientation les plus dissemblables , sans que les inclinaisons des versants paraissent dépendre de cette circonstance.
L'intéressant voyage de M. Pentland dans la république de Bolivia , a déjà donné quelque raison de croire que la cordillère des Andes elle-même, quand on l'aura mieux étudiée, offrira, sur plusieurs points du haut Pérou, des pentes plus rapides du côté du Brésil que vers la mer du sud. En masse, toutefois, il y a une différence manifeste, et les versants de la chaîne sont sensiblement plus escarpés à l'occident qu'à l'orient. Il en est de même des Alpes de la Norvège ; mais le Jura , quoique dirigé du sud -ouest au nord -est, présente une configuration tout opposée. Du côté du lac de Genève, la chaîne a presque l'aspect d'un mur vertical, tandis que vers la France on arrive généralement à sa crête par une pente prolongée et assez douce.
Au surplus, sans insister davantage sur ces cas exceptionnels et sur d'autres que je pourrais citer, je donnerai * en bien peu de mots , la mesure du degré d'importance qu'il faut attacher à la circonstance de l'orientation des chaînes et au prétendu courant dirigé du sud -ouest au nord-est, qui, dit-on, les a anciennement battues sur leurs faces méridionales ou occidentales : je ferai remarquer que presque toutes les observations des voyageurs sur les