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CHAPITRE Xn

SUR LA GRANDE COMÈTE DE iSliS

La comète qui devint subitement visible dans le mois de mars 1843 (n'164 du catalogue), excita au plus haut degré la curiosité publique. A certains égards, cette curiosité était légitime : le nouvel astre se distinguait de la plupart des comètes dont les annales astronomiques ont conservé le souvenir, par l'éclat de la tête, et sur-

tout par la longueur de la queue. C'est à la lumière de cette comète que j*ai comparé celle de la lumière zodiacale, ainsi que je l'ai rapporté précédemment (liv. xv, chap. IV, p. 193).

J'ai pensé devoir donner, dans ce chapitre, un aperçu rapide des observations, des rêveries et des calculs auxquels la grande comète de 1843 a donné lieu. Une sorte de monographie de cette comète fera voir sur quels points divers doit porter l'attention de Tastronome, lorsqu'un nouvel astre chevelu vient à être signalé tout à coup.

Je commencerai par réunir dans un seul tiableau les dates des premières apparitions de la comète, telles qu'on me les a adressées d'un grand nombre de lieux de la Terre.

Parme, Bologne, etc., 28 février* —La comète, aperçue d^abord par des curieux en plein Soleil, et considérée comme un météore, était à Theure de midi , d'après une obiseryation de M. Amici fils, de l'' 2S' à Test du centre du Soleil. M. Amici dit seulement que Tastre était fumeux vers Test Les observateurs de Parme assurent qu'en se plaçant derrière un pan de mur cachant le Soleil , on voyait une queue de /i à 5 degrés de long.

Mexique. Mexico (capitale), 28 février). — A il heures du matin, suivant le Diario del GobiernOy la comète se voyait à Toeil nu , près du Soleil , comme une étoile de première grandeur, ayant un commencement de queue dirigée vers le sud.

Mexique. Minefi de Guadalupe y Calvo (latitude, 26° 8' N.; longitude, 106** àS' de Greenwîch), 28 février. — M. Bowring vit la comète depuis 9 heures du matin jusqu'au coucher du Soleil. A li heures 12 minutes du soir sa distance au Soleil était de 3** 53' 20". La queue ne paraissait avoir alors que 3Â' de long.

PoRTLAND (Amérique du Nord), 28 février. -^ La comète a été vue à rcBîl nu et en plein jour, à l'orient du Soloil» par M. Glarke.

GoNAPO ( Chili ), i«' mars. — M. Darlu dit que la comète se montra tout à coup le 1*' mars, et que la queue avait une étendue angulaire de 80 degrés.

SoDs l'Equateur, ti mars. — M. le capitaine Wilkens parle de Tobservation qu'il fit le k mars, et d'une queue fortement courbée vers le sud, ayant 69 degrés de long.

Il£ de Cuba, 5 mars. — A 7 heures du soir, M. Ducous, capitaine du navire le Guatîmosin, trouvait déjà que la comète avait une longue queue. D'autres relations anonjrmes disent qu'à la Havane, la comète fut vue dès le 2 mars, et qu'elle avait tine queue courbe, semblable à un arc-en-ciel sans couleurs.

PRESQIJ*ÎLE DE Bauks; Akahoa (Nouvelle-Zélaude), S mars. — M. Bérard, capitaine de vaisseau, observait la comète les 8 et 9 mars.

T£te*d£ Bugh, 8 mars. — La queue de la comète fut aperçue par M. Lalesque, docteur en médecine, le 8 mars.

Montpellier , il mars. — M. Legrand vit la comète vers 7** 15" du soir. La queue lui parut d'une teinte rouge très-prononcée. Cette teinte existait encore le 13. Le ik il n'y en avait plus de traces : la queue était alors blanche.

Nice, 12 mars. — M. Cooper ne voyait dans la queue de la comète aucune trace de la teinte rougeâtre que M. Legrand remarquait le même jour et la veille, à Montpellier.

BÉRiAS (Ardèche), iti mars. — M. Malbos, ingénieur des mines, vit la comète le lu , malgré un clair de lune très-vif.

A11XONNB9 Ui mars. — M. le capitaine Franc Aufrère distingua la traînée le l/i mars, en faisant sa ronde.

Paris, Marseille, Genève, Tours, Reims, INeuchatel (en Suisse), Brest, etc., 17 mars. — Dans toutes ces villes, la queue de l'artre fut aperçue le 17. Le 17, à Genève, on vit la tête, mais sans pouvoir l'observer. D'après les observations de Paris, la longueur de la queue ne devait pas être, le 17,* au-dessous de 39 à àO degrés.

Paris, 18 mars. — La tête a été observée. On a déterminé son ascension droite et sa déclinaison. La queue a 43 degrés de longueur; la largeur ne dépasse nulle part i\%

Marseille, Genève et Vienne, 18 mars. — La tôte a été observée.

Berlin , 20 mars. — On observe la tête ; on en détermine la position le 20 mars.

La table précédente soulève diverses questions; je vais les discuter.

Il est certain que la grande comète de 18&S a été aperçue en plein jour et très-près du Soleil , le 28 fér vrier 1843, mais il est vraiment très-fâcheux qu'aucun des observateurs qui la virent durant cette journée n'ait été en mesure d'en déterminer la position exacte. Je n'ignore pas que des personnes entièrement étrangères à ce qui se passe , à ce qui doit se passer dans les Observatoires, ont été étonnées qu'un phénomène lumiileux, aperçu par des oisifs, ait échappé aux nombreux astronomes dispersés sur la surface de l'Europe. En tous cas , aucun reproche à ce sujet ne saurait atteindre les observateurs de Paris, astronomes de profession ou autres : le 28 février 18/i8, le ciel fut entièrement couvert toute la journée ; le Soleil ne se montra pas un seul instant.

On remarquera , en parcourant le tableau qui précède, que , dans le midi de la France , diverses personnes virent la queue de la comète le 8, le 11 , le 14, et que ce phénomène fut aperçu, à Paris, le 17 seulement.'

Plusieurs journalistes se sont fondés sur ce rapprochement des dates , pour formuler contre les astronomes de Paris des accusations dans lesquelles l'ignorance et la haine se montrent également à nu. Je réduirai toutes ces déclamations au néant , en extrayant seulement quelques lignes de notre registre d'observations météorologiques :

8 mars: ciel couvert;

9 — — id. *

10 — — id.

11 — — très-orageux;

12 — — couvert;

13 — — voilé, à ce point qu^on mesura le diamètre d*un

halo lunaire; lu — — couvert et pluie ; iî — — couvert; 16 — — beau; mais la Lune s^était levée à 6" 59*, et sa

lumière effaçait celle de la comète.

En prenant d'abord les observations sans les discuter, en se bornant aux seules apparences, en ne tenant compte que des dimensions angulaires, la queue de la comète de 18/iS n'est pas, à beaucoup près, la plus étendue dont les fastes astronomiques aient eu à faire mention. Cette queue, à Paris, n'a jamais paru avoir au delà de &3* de long.

A réquateur, le capitaine Wilkens a trouvé.. &Qr Eh bien ! la queue de la comète de 1680 (n* 49

du catalogue) embrassait 90*

La queue de la comète de 1769 (n" 84 du

catalogue) 97*

La queue de la comète de 1618 (n* 40 du

catalogue) 104*

Ce qui rendait la queue de la comète de 1843 si remarquable , c'était la petitesse et l'uniformité de sa largeur. Depuis les environs de la tête jusqu'à l'extrémité opposée , cette largeur, à peu près constante , était de 1* 15' le 18 et le 19 mars.

Dans les queues des comètes, les bords brillent ordinairement plus que le centre, et la différence est très-

Ht ÀSTRONOMII POPULAIRE.

sensible. La queue de la comète de mars 18&3 paraissait, elle , d'un blanc uniforme sur toute sa largeur.

Pendant les premiers jours de Fapparition de la çomèi»^ le noyau semblait entièrement séparé de la queue. Le 29 mars, les deux parties s'étaient rattachées Tune à Tautre.

Un professeur de UonlpelUer « prétendu que la queue de la grande comète de 18&d offrait une nuance rouge pimwa^Bt le ii , te iâ^ Je i3 maxs. Cejtte remarque a (ilé fM>i>tr«(tite par un aaUrQwme qitt^ aw lotosa ^

qwit observait h Nice.

Le i"*' mars, lorsque M. DarJhi vit la comète pour lu prenûèra Coiç à Coipiapo (Chili) , elle ^vait .deux queueç dwUacitee^ W queue pjtingpale s'éjpaneuâssait m^tabla*

ment en s'éloignant de la tête ; la seconde queue» #ituéf au joord de la première et formant avec elle un angle considérable, consistait, au contraire, en un filet brillant, d'une largeur uniforme, sensiblement courbé, présentant sa concavité au nord. Sa longueur était double de cplle de la queue principale. A partir du noyau, les deux ' queues marchaient confondues dans un certain intervalle.

Le long filet, en forme d'arc, avait entièrement disparu le & mars ; le S il présentait encore , par sa forme , par ■on étendue et par son éclat, le même aspect que trois fours auparavant. Cette disparition presque subite ajoat? une âiffîcttlté nouvelle à toutes celles qui, jusqu'ici, ont 4mpè<^é de donner ime lejqplication complètement satifK faisante des queues des comètesL

Les comètes obaingent quelquefois notablement d'A^ect -it d'éelat, d»s le court intervalle de trois à quatee jeun^

Leur cbevelure et leur queue varient surtout conadérablement avec la distance de i^astre au Soleil.

Les cifcoostances physiques de grandeur et d'intmsité ne semblât donc pas pouvoir conduire catégoriquement à reconnaître les comètes dans leurs retours successifs. Néanmoins, si tel de ces astres a été time fois remarquable pw ia vivacité du noyau , retendue de la nébulosité, 4a longueur ou la forme de la queue, on peut présumer, Bsm prétendre à une ressemblance parfaite, que pendant un certain nombre de ses c^paritions, le noyau a dû rest^ brillant , la nébulosité épanouie et la queue développée* Envisagée ainsi , Thii^oire des comètes peut fournir, non des conséquences absolument certaines, mais du moins des indications utiles, quelques faibles pnsbabilités, suih tout si Ton fait entrer en ligne de compte la coeq^araisoo des temps des révolutions. Tel est le point de vue où il faut se placer pour bien apprécier une communication faite par un astronome anglais, M. Goop^, et datée de Nice, le 20 mars.

M. Cooper croyait que la comète du moiis de mars 18tô était une réapparition de celle que J. -D. Cassini avait vue à Bologne en 1668 (n"" /i5 du catalogue).

Cassini assimilait déjà à la comète de 1668, une Irai* née lumineuse que Maraldi observait à Ronne le 2 mars 1702 9 et même le phénomène qui, suivant Aristote, fit son apparition h Tépoque où Aristée était archonte à Athènes , c'est-à-dire vers Tan 370 avant notre èct. Ces ideotifîcations conduisaient^ pour le temps de la révolor tion de Tastre, à des périodes >de ai à âS ans 8 noieis.

Des eesejectoim passons aux calculs :

324 ASTRONOMIB POPULAIRE.

Les comètes décrivent des ellipses. On ne les voit guère de la Terre qu'aux époques où elles occupent des positions peu éloignées des sommets de ces courbes, les plus voisins du Soleil, qu'on nomme les p^'A^/tes. Les ellipses cométaires sont généralement très- allongées. Il en résulte que Tare d'ellipse qu'une comète parcourt pendant toute la durée de son apparition , ne diffère pas sensiblement de l'arc correspondant d'une ellipse ayant même foyer, même sommet, et dont le grand axe serait infini. L'ellipse à grand axe infini s'appelle une parabole. Puisque, habituellement, les observations, quelque précision qu'on leur donne, ne permettent pas de choisir entre un grand axe très- grand et un grand axe infini, c'est en adoptant un grand axe infini qu'on effectue les calculs, c'est en supposant que la comète parcourt autour du Soleil une véritable parabole.

Pour déterminer complètement la forme et la position de la parabole qu'une comète décrit dans l'espace, trois positions de l'astre sont nécessaires; deux ne suffisent pas. Si on n'a que deux observations, l'orbite reste indéterminée , comme le centre , le rayon et la position d'un cercle , quand on ne connaît que deux des points par lesquels ce cercle doit passer.

Malgré le zèle le plus actif, on n'avait encore à Paris, le 27 mars 1843, que deux observations de la comète. Favorisé par un plus beau ciel , M. Plantamour, directeur de l'Observatoire de Genève, ayant déjà réuni trois observations à la date du 21 mars, calcula le premier Torbite. Les résultats furent communiqués à l'Académie des sciences de Paris , dans sa séance du 27. La moindre distance de

LIVRB XVII. — LES COMÈTES. 3t!5

la comète au Soleil y figurait par la fraction 0.00&5, le rayon moyen de Torbite de la Terre étant supposé Tunité ; mais le rayon du Soleil est 0. 00/i6 ; la comète semblait donc avoir dû pénétrer dans la matière lumineuse qui détermine le contour visible du grand astre, dans ce qu'on est convenu d'appeler la photosphère solaire»

Ce résultat singulier ne s'est pas confirmé. Dès leurs premiers calculs , deux astronomes de l'Observatoire de Paris, MM. Laugier et Victor Mauvais, trouvèrent pour la distance périhélie de la nouvelle comète la fraction 0.0055, supérieure à O.OO/i.6, ce qui écartait toute possibilité de la prétendue pénétration. La comète de mars 18&â n'en reste pas moins celui de tous ces astres connus qui a le plus approché du Soleil. Le tableau suivant pourra intéresser le lecteur. Les comètes y ont été portées dans rordre de leurs distances périhélies :

Data de rapparition

la comète.

No d'ordre

dn catalogue.

Distance périhélie exprimée en mille lieues et rapportée an centre dn SoleiL

190 mille lieue».

iiU

SU

ibà

816 ASTRONOMIE POPULAIRB.

Il fètttlte de cette Table qae le 27 février^ ati montent de 90ïi passage au périhéHe, le centre de la comète dé 18&Sr était à &S mille lieués seuleiMnt de la aarface du SoieiL De aarface à sarface il y avaât , au plus , là mille lieues enta^ les deux astres^

En un seul jour, la distance du centre de la comète M centre du Soleil yaria dans le rapport de i à 10.

Les éléments paraboliques du nouvel astre WM foifl connus, il devint possible et facile d'exprimer en lieifêii plumurs données de Tobservation que, jusque««là, it avait fallu donner en mesures angulaires.

Le 28 mars, le rayon de la tête de la comète (de dé qu'on appelle la nébulosité) était de 19 mille lieues^

Le même jour, la queue avait 60 millions de lieues de long;

Là longueui' de la queue de la comète de 1680 (n"* 69 du catalogue), ne dépassa jamais. . ^i millions de lieues ;

Celle de la comète de 1769 (n" 8/i ). 16 millions ;

Les queues multiples de la comète de 17/iA (n^ 70) allèrent à un peu plus de 13 millions.

La largeur de cette môme queue extraordinaire de la comète de 1843, était de 1320 mille lieues.

Ces dimensions, énormes en tous sens, avaient fait rechercher si la Terre était passée dans la queue de la comète de 1843. Les calculs de MM. Laugier et Mauvais montrèrent que cette rencontre n'avait pas pu avoir lieu.

La queue (en la supposant aussi longue le 27 février que le 18 mars) s'étendait bien au delà de la distance à laquelle la Terre circule autour du Soleil , mais elle n'était pas couchée sur fe plan de récliptique ; mais, n'ayant pas

LITBJI XVH. ^ ULS GOIllLTES. m

de Itrgiur potvr rccMer Peflbl d« cetta dévîMioUt «Uft paiSft tout entier» en itiaon de noire globes.

Le calcul de Torbite peMût à MIL Laogier e( NmrtiM d* rediercher a*tt y àttit quelque Térité dans tes cMi^|ectoîGft cpi^QD arait formées, touchant l'identilé dearoomètei de ififiS (if && du catalogue) » de 1702 (n* 5& du catelogne) et de i8/ii, en te fondant sur dea reaBeBohtaiHM d^aapect et d'éclat.

J'ai d^ eipliqpié comment laa aignaiements wmpara^ tifa dea com&tes peutent ôtife doa kidiees tpempeura* Iâ aittilitude dtea rotttea pareownea att uif cMactère tmtt utraosent démotiatrttif»

Or, pour Torbite de la comète de 17(^f il n'aii ptt^ sible de faire aucune assimilation avec celle de la comète de 18&â.

MM. Laugier et Mauvais, en remontant la chaîne des temps, ont examiné de quelle manière, dans Thypothèse de ridentité, les positions anciennes de 166& sont repré^ sentéea par Torbite de 18&3* Tout balancée il leur a paru pr^)able (gae tea comètes de 1668 et de 18i& constituent un seul et môme astre. C'est aussi la conséquence que M. Petersen a déduite de ses propres irecherchea. h^i comq^aison des éléments des numéros &$ et 16À du catalogue montre, en effet, que les routes suivies oiit eu la ploa grande ressemblance dans les deux apparitions de la comète*

Plus tard. M* Clausen a reconnu qu'il a'est gliasA dea erreurs eonsidéraUes dans ce que Pii^ré^ a i apporté çofh corsant la marche de la comète de 1689 (n- 6& du catir legi»). A|rèa aveîr rectifié ees erreursi. M< CUuien a?«rt

cm autorisé à considérer la comète de 1689 comme une apparition de la comète de 18A.3. Le temps de la révolution serait de 21 ans 10 mois.

Mais d'un autre côté , Torbite elliptique de la comète de 18A.3 , calculée par M. Hubbard d'après Fensemble de toutes les observations, a une excentricité de 0.99989: son demi grand axe serait égal à 5A. fois la distance moyenne de la Terre au Soleil , et elle ne saurait être parcourue qu'en 376 ans environ. Ainsi Tassimilation de la comète de 18&3 avec celle de 1689 qu*a cherché à faire prévaloir M. Glausen ne saurait être admise , et il y a bien des doutes sur l'identité réelle des deux astres de 1668 et de 1843.

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