LIVRE XIV. -r LE SOLEIL
anciens caractères spécifiques : celui d'éprouver constamment la double réfraction en traversant le cristal de spath d'Islande.
Si la section principale du second cristal, au lieu d'être dirigée du nord au midi, comme je l'ai d'abord supposé, s'étend de Cest à V ouest, le rayon qui était ordinaire dans le cristal supérieur devient extraordinaire dans l'autre, et réciproquement (fig. 160 ).
Fig. 160. — Passage successif de la lumière à travers deux cristanx de spath d'Islande
ayant leurs sections prinripales perpendiculaires.
Qu'y a-t-il de différent, en réalité, entre deux expériences qui donnent des résultats si dissemblables? Une circonstance fort simple et de bien peu d'importance au premier aspect ; c'est que d'abord la section principale du second cristal coupait les rayons provenant du premier par leurs côtés nord et sud, et qu'ensuite elle les a coupés dans les côtés est et ouest,
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Il /aut donc que dans chacun de ces rayons les côtés nord et sud diffèrent en quelque sorte des côtés est et ouest ; de plus , les côtés nord-sud du rayon ordinaire doivent avoir précisénnent les mêmes propriétés que les côtés esl' ouest du rayon extraordinaire ; en sorte que si cfi dernier rayon faisait un quart de tour sur lui-môme, il serait impossible de le distinguer de T autre. Après son passage à travers le premier cristal, la lumière a donc des propriétés différentes sur ses différents côtés, ce que nous exprimons en disant qu'elle est polarisée. La réfraction simple, la réflexion elle-même de la lumière la polarisent plus ou moins complètement selon les angles que fait le faisceau lumineux avec la surface qu'il vient frapper pour se réfléchir ou pour y pénétrer en se réfractant.
Avant d'aller plus loin^ remarquons ce qu'il y a di étrange dans des expériences qui ont amené légitimement les physiciens à parler des divers côtés d'un rayon de lumière, à distinguer ces côtés les uns des autres; le mot étrange^ dont je viens de me servir, ne semblera empreint d'aucune exagération à ceux qui songeront que des milliards de milliards de ces rayons peuvent passer simultanément dans le trou d'une aiguille sans se troubler les uns les autres.
La lumière polarisée a permis d'enrichir la science de plusieurs moyens d'investigation dont les astronomes ont déjà tiré un parti avantageux, entre autres de la lunette polariscope.
Voici quel est le principe d'une semblable lunette, tel que je l'ai donné dans un Mémoire lu à l'Académie des sciences le H août 1811.
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Je me suis déjà servi précédemment de la propriété qu'ont certaines substances cristallines de jouir de la double réfraction pour arriver à mesurer les grossissements des lunettes (liv. III, chap. XV, t. i, p. 12/i); ici ie vais faire un usage non moins utile de cette même propriété.
En examinant par un temps serein, dans le courant de 1811 9 une lame mince d'un minéral nommé mica ^ ou talc de Moscovie , et dont la composition chimique est assez variable ^, à Faide d'un cristal de spath d'Islande, j'ai reconnu que les deux images qui se projetaient sur l'atmosphère n'étaient pas teintes des mêmes couleurs ; l'une d'elles était jaune verdâtre, la seconde rouge pourpre, tandis que la partie où les deux images se confondaient était de la couleur du mica vu à l'œil nu. Je vis en même temps qu'un léger changement dans l'inclinaison de la lame par rapport à la direction des rayons qui la traversent, fait varier les couleurs des deux images; si, en laissant cette inclinaison constante et le cristal de spath dans la même position, on se contente de faire tourner la lame de mica dans son propre plan, on trouve quatre positions à angle droit où les deux iiaages obtenues par la double réfraction sont du même éclat et parfaitement blanches. En laissant la lame immobile, et en faisant tourner le cristal de spath; on voit de même chaque image acquérir successivement