LA VENTE. Ô
Knfin l'affaire concluo , les marcliaiulises livrées à V an-Hop , car ïaroo , à force de goûter le rhum , était tombé ivre-mort; les nègres rafraîchis, Benoit obtint que l'escorte du chef de Ki'aal se joindrait à ses huit matelots pour conduire par terre les nègres vendus jusqu'au mouillage de la Catherine ; là ils devaient être embarqués ou hissés à bord, selon la bonne volonté ou la résistance de chacun.
Quant à Atar-GuU , un fin svrpoit, avait dit le chef Taroo , Benoît le fit porter à bord de la chaloupe, et le recommanda particulièi'cment à la surveillance du patron.
Toutes ces petites dispositions prises , l'argent compté , les échanges faits , Benoît et Van-Hop n'avaient plus qu'à se séparer , jusqu'à la première traite, d'autant plus que le capitaine voulait profiter de la marée et d'une bonne brise d'est; or, suivant ce sage axiome, que le veut n'attend personne , il tendit cordialement la main au courtier :
u Allons, père Van-Hop... au revoir.
— Fit Dieu fasse que ce soit bientôt, digne capitaine.
— Encore une poignée de main ; c'est plaisir que de traiter avec vous, père \'an-Hop.
— Ce bon capitaine, ça me fend le cœur de vous voir partir; mais tenez, encore deux ou (rois ans de séjour sur la cote, et après vous m'emmènerez avec vous en Europe...
— lîicn \rai... ce sera une fameuse partie, nous
rirons, allrz... mais je bavarde, et je devrais déjà être à mon bord... Adieu, adieu, mon vieux... >
Et ils s'embrassèrent à s'étouffer, c'était à ariacber des larmes , à attendrir un cœur de roche.
tt Tenez , père Van-Hop , avec ces bètises-là vous me feriez pleurer comme un veau... Adieu, — dit brusquement Benoît, et d'un saut il fut dans sa yole, qui descendit le courant du fleuve avec rapidité.
— Encore adieu , digne capitaine , — criait Van- Hop en le saluant de la main ; — bien des choses à • madame Benoit, bon voyage...
— Au revoir, compère, d répondait Benoît , qui de son côté agita son chapeau de paille tant qu'il put apercevoir le courtier sur le rivage.
Deux heures après tous les noirs étaient dûment embarqués, arrimés , encaqués (hms le faux pont de la CatJier'Die , les nègres à bâbord et les négresses à tribord ; quant aux négrillons , on les laissa libres.
Atar-Gull fut séparément mis aux fers.
Il est inutile de dire que, pendant toutes ces manrt'uvres , les noirs s'étaient laissé prendre , mener , hisser et enchaîner à bord avec une insensibilité stupide : ne pensant pas qu'on put avoir d'autre but que celui de les dévorer, ils mettaient, selon la coutume , tout leur courage à rester impassibles.
Avant de lever l'ancre, monsieur Benoît lit faire une bonne distribution de morue, de biscuit, el d'eau un peu mêlée de rhum.
Mais prcsqu'aucun nègre n'y voulut toucher, ce qui n'i'lonna pas le digue capitaine, car les uoii's,
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on 1p sait , rpsiont ordinairement les cinq ou six premiers jours (lu voyage à peu près sans manf^er ; aussi c'est alors que le déchet est le plus ù craindre ; ce moment passé , sauf quelques laclieux résultats de la chaleur et de l'humidité , la proportion des pertes est fort minime.
Knfin il mit à la voile par un joli vent frais de sud-est, vers les trois heures du soir, et à six Jieures... au coucher du soleil , la côte d'Afrique ne se dessinait plus au loin que comme une ligne hrujiieuse et étroite.
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