Atelier de feu Julien Dupré
ulien Dupré naquit à Paris, le 19 Mars 18^1. Ses parents, fabricants de bijouterie, le destinant au commerce le placèrent comme employé dans un magasin de dentelles. Mais la guerre de 1870, avec le triste siège de Paris, lui apporta quelques loisirs par suite de la fermeture du magasin.
Il se livre alors à son invincible goût pour le dessin ef il suit les cours de l’Ecole des Arts Décoratifs « la petite école » comme on l’appelait alors. Il a comme premier maître Monsieur Laporte, professeur aux cours du soir institués par la Ville de Paris où il obtient la médaille accordée par la Ville au lauréat de peinture et de dessin. Il visite nos Musées, recueilli et rêveur devant les chefs-d’œuvre du passé, devant les belles œuvres des contemporains. Enfin avec l’aide de sa mère, il obtient de son père l’autorisation d’entrer à l’Ecole Nationale et Spéciale des Beaux-Arts et il choisit l’atelier Pils continué plus tard par Lehmann,
Il fut toujours attiré par la campagne qu’il aimait passionnément et la vie des champs eut toujours pour lui un attrait irrésistible. C’est pendant un séjour qu’il fit dans un village de Picardie, chez le peintre Désiré Laugée, dont il reçut les conseils et dont il devint le gendre, qu’il eut l’idée de son premier Tableau ‘‘ La Moisson ” 1876, qui marque sa voie. Cette première œuvre d’une observation délicate et
d’une si heureuse matière, le signale tout de suite comme un artiste de race sur qui on pouvait fonder de grandes espérances.
Profondément ému devant les différents aspects de la nature, il observe constamment. Une surdité précoce, en l’isolant de la vie commune, favorisait chez lui le sens de l’observation en concentrant toutes ses jouissances dans son œil d’artiste qui prit ainsi une singulière acuité de vision.
C’est dans les paysages normands et picards, qui l’ont particulièrement séduit, qu’il étudie les travaux champêtres, le labeur et l’effort des moissonneurs ainsi que les animaux domestiques : attelages de chevaux rustiques, vaches plantureuses et moutons placides qu’il dessine avec maîtrise. Tout, dans la nature, l’intéresse, le passionne. Il peint tantôt sous les ardeurs d’un soleil brillant, tantôt dans des effets de contre-jour, d’ombres et de lumières qu’un ciel nuageux fait courir sur les terrains fuyant jusqu’à l’horizon.
Son désir fervent et opiniâtre de faire vrai constitue son originalité. Ses œuvres portent, en même temps, l’empreinte de la distinction, de la noblesse et de la délicatesse qui furent le propre de son caractère dont la base était la bonté, la simplicité et la franchise comme l’affection et le dévouement aux siens furent la règle de sa vie.
Travailleur infatigable dont la seule ambition fut la recherche constante du “ mieux ”, il laisse des œuvres nombreuses et importantes dont nous ne citerons que quelques unes : Faucheurs de seigle
1877. — Les Heurs de Gerbes 1878, Musée du
Mans. — “Le regain^' et “ Qlanetises^\ *^79^ mention honorable. — Faucheurs de luT^erne
1880, légué au Musée du Luxembourg par Madame Boucicaut, 3^ médaille — La récolte des foins
1881, 2® médaille. — C’est dans ce dernier tableau qu’il aborde, pour la première fois, les animaux et il s’y révèle animalier averti. Son tableau de l’année suivante “Au Pâturage 1882, où il montre une paysanne aux prises avec une vache qui a rompu sa longe, est décisif et le classe comme un animalier de tout premier ordre. Cette toile est au Musée de S^-Louis. — En 1883, “Le berger — Après les chevaux et les vaches, il aborde les moutons et les chiens qu’il peint toujours avec le même bonheur, toujours avec sa franchise habituelle et sa vision si personnelle. Dans tous ses tableaux il apporte une poésie saine, reflet d’une âme simple et d’un cœur droit.
Tous ses Salons seraient à citer : Le Ballon ,
1886, qui figure au Musée Métropolitain de New-York — La vache blanche 1890, Musée du Luxembourg. — Un chemin au Mesnil 1891, Musée de Rouen. — "" Une prairie à Archelles 1894, Musée de Grenoble. — La vallée de la Durdent ; “ Le chariot de foin ""ù 1896, etc...., sans compter un grand nombre de toiles si pleines d’entrain et de savoureuses rutilances qui font la gloire de nombreuses collections particulières.
Que dire de ses études, documents solides sur lesquels il pouvait s’appuyer en toute sécurité ? Le visiteur peut les juger. Il peut voir la somme de travail, la persévérance opiniâtre qu’un artiste, digne de ce nom, doit fournir avant d’aborder la toile qui synthétisera les multiples observations que son génie
accumule avant de tenter d’exprimer ses impressions.
Julien Dupré fut appelé au Comité et au Jury de la Société des Artistes Français en 1890 et, depuis cette époque, il fut constamment réélu par ses pairs. Membre du Jury, Hors-Concours à l’Exposition Universelle de 1900, il était Chevalier de la Légion d’honneur.
Julien Dupré mourut le 15 Avril 1910 après une longue et douloureuse maladie qu’il supporta courageusement. Il laisse parmi ses confrères le souvenir d’une nature probe, juste et indulgente.
En visitant ces salles où se trouvent les œuvres laissées par Julien Dupré et les nombreuses études — vrai trésor du peintre — pieusement accumulées dans toute la ferveur de sa foi artistique, pensez un moment à l’artiste, à l’homme de bien enlevé prématurément à l’affection des siens et à la carrière qu’il chérissait.