Que a ici le sens de -pourquoi
4. « Un des commentateurs de Racine s'est étonné que Joad continue de cacher à Abner la naissance de Joas, lorsque tous les défenseurs, tous les réfugiés du temple en sont déjà instruits et que le couronnement a eu lieu... Abner ne paraît que comme envoyé d'Athalie et devra lui rapporter une réponse ; Joad ne veut point obliger Abner, au milieu de la cour et du camp d'Athalie qui l'attendent, à garder un silence ou à déguiser un mystère si dangereux pour lui. » Coqferel.
ABNER
Le temps est cher, Seigneur, plus que vous ne pensez.
Tandis qu'à me répondre ici vous balancez^, [120
Mathan près d'Athalie étincelant de rage 2,
Demande le signal, et presse le carnage.
Faut-il que je me jette à vos sacrés genoux?
Au nom du lieu si saint qui n'est ouvert qu'à vous,^ 125
Lieu terrible, où de Dieu la majesté repose.
Quelque dure que soit la loi qu'on vous impose.
De ce coup imprévu songeons à nous parer*.
Donnez-moi seulement le temps de respirer.
Demain, dès cette nuit, je prendrai des mesures 130
Pour assurer le temple et venger ses injures^
Mais je vois que mes pleurs et que mes vains discours
Pour vous persuader sont un faible secours ;
Votre austère vertu n'en peut être frappée,
Hé bien ! trouvez-moi donc quelque arme quelque épée;
Et qu'aux portes du temple, où l'ennemi m'attend,
Abner puisse du moins mourir en combattant.
1. Balancer ne doit pas être confondu avec hésiter. Celui qui balance est porté alternativement d'un côté et puis d'un autre ; c'est pour cela qu'il ne se décide pas. Celui qui hésite est attaché, arrêté à un certain point ; il ne va pas en avant ; c'est pourquoi il ne prend pas (le parti. On hésite devant un obstacle ; on balance entre divers objets.
2. Etincelant de rage. On peut rapprocher Corneille, Pompée, IV, 1 .
Ses farouches regards étincelaient de rage.
3. Le Saint des Saints, où l'arche était déposée, formait l'endroit le plus retiré du temple. Le grand-prêtre seul pouvait y pénétrer et il ne le faisait qu'une fois par an, le jour de la fête delà Propitiation.
4. Nous parer de ce coup... On dirait aujourd'hui parer ce coup.
5. Assurer a ici le sens de garantir, mettre en sûreté, protéger. Les exemples sont fréquents dans Corneille et dans Racine.
JOAD
Je me rends. Vous m'ouvrez un avis que j'embrasse :
De tant de maux, Abner, détournons la menace.
Il est vrai, de David un trésor est resté. 140
La garde en fut commise à ma fidélité^
C'était des tristes Juifs l'espérance dernière,
Que mes soins vigilants cachaient à la lumière.
Mais puisqu'à votre reine il faut le découvrir, •
Je vais la contenter, nos portes vont s'ouvrir. 145
De ses plus braves chefs, qu'elle entre accompagnée ;
Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignée
D'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur 2,
Du pillage du temple épargnez-moi l'horreur.
Des prêtres, des enfants lui feraient-ils quelque ombre^?
De sa suite avec vous qu'elle règle le nombre*. [150
Et quant à cet enfant si craint, si redouté^.
De votre cœur, Abner, je connais l'équité.
Je vous veux devant elle expliquer sa naissance ;
Vous verrez s'il le faut remettre en sa puissance ; 155
Et je vous ferai juge entre Athalie et lui.