Complot. L'origine de ce mot est inconnue
8. Tout ce qu'il peut y avoir de sublime paraît rassemblé dans ces quatre vers. La grandeur de la pensée, la noblesse du sentiment, la magnificence des paroles et l'harmonie de l'expression si heureusement terminée par le dernier vers (Boileau). Avant Racine, R.-J. Nérée avait dit dans une pièce intitulée Le Triomphe de la Ligue :
Cependant je rends grâce au zèle officieux^ 65
Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite,
Que vous avez encor le cœur Israélite 2.
Le ciel en soit béni^ ! Mais ce secret courroux,
Cette oisive vertu, vous en contentez- vous*? 70
La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère^?
Huit ans déjà passés, une impie étrangère^
Du sceptre de David usurpe tous les droits'.
Se baigne impunément dans le sang de nos rois^.
Je ne crains que mon Dieu, lui tout seul je redoute... (Acte II, se. 1 .) On cite aussi ce vers du conseiller d'Etat Mathieu, historiographe de France sous Henri IV :
Je redoute mon Dieu, c'est lui seul que je crains,
1. « Plusieurs ont trouvé que l'épithète û'officieux affaiblissait le terme de zèle. » (Académie). — >< Elle détermine plutôt. 11 y a des zèles de nature très diverse. C'est un zèle prompt à rendre de bons offices. » (Marty Laveatjx.)
2. Encor, ancienn. ancore, du latin hanc horam. En poésie, la forme encor pour encore est admise.
3. Le ciel en soit béni I Sur cet emploi du subjonctif voir Chassang, Gramm. franç. § 298. — Sur l'orthographe de béni, voir idem, § 127, Histoire.
4. Oisif. Le latin otiosus a formé oiseux ; oisif paraît être dérivé d'un mot français qui a disparu, oise, venant de otium.
5. En prçse l'on dirait : est-elle une foi sincère"} Le pronom démonstratif ce donne à la phrase une tournure bien plus vive.
6. Huit ans déjà passés. Sur cette construction du participe, voir Chassang, Gramm. franç., § 334. — Athalie, qui était petite-fllle du roi de Sidon, par la mère de Jézabel, était une étrangère pour les Israélites, et cette qualité ne lui permettait pas de régner légitimement. On lit en effet dans le Deutéronome, XVII, 15 : « Non poteris alterius gentis hominem regem facere. »
7. Usurpe tous les droits du sceptre, périphrase énergique pour usurper la couronne.
8. Se baigne dans le sang, expression figurée qui signifle faire mourir beaucoup de monde par cruauté.
Des enfants de son fils détestable homicide^ 75 Et même contre Dieu lève son bras perfide^ ; Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant Etat^, Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat*, Qui sous son fils Joram commandiez nos armées^, Qui rassurâtes seul nos villes alarmées®, 80 Lorsque d'Okozias le trépas imprévu' Dispersa tout son camp à l'aspect de Jébu : « Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me toucbe* ! » Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche® : « Du zèle de ma loi que sert de vous parer^^*? 85 Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer^^?
1. Inversion pour Détestable homicide des enfants de son fils. Le dictionnaire de l'Académie française n'admet le substantif homicide qu'au masculin.
Il est employé ici au féminin de même qu'au vers 301 de l'acte III : Des prophètes divins malheureuse homicide,
2. Même, qui a été successivement medisme, méïsme, meesme, mesme, vient du latin metipsimus, contraction de metips issimiis.
3. Soutien, substantif verbal de soutenir, qui vient du latin sustinere.
4. Nourri, élevé. On trouve dans cette tragédie plusieurs exemples de ce mot employé dans ce sens. Camp vient du latin campus, champ, champ de bataille, proprement le terrain sur lequel une armée dresse ses tentes avant le combat.