XVI PRÉFACE
tes. Que dirai-je des bibliothécaires d'Athènes, de Venise, de Paris, de Londres, de l'Italie, de la Belgique, de la Suède, de l'Allemagne? C'est partout aujourd’hui comme une émulation de science prévenante et de complaisance éclairée. J'ai pu calquer des manuscrits, copier des miniatures, transcrire des correspondances inédites, sans obstacle, je dirai mieux, en ne rencontrant que des encouragements; et lorsque, trop éloigné des collections, j'ai dû recourir à des amis, ils ont hérité, pour ainsi dire, de cette bienveillance. Schnetz et Mérimée (je supprime les titres, on est familier avec de tels noms) ont fait exécuter, pour moi, à Rome et à Vienne, des calques de manuscrits que jusqu'à présent on ne laissait pas même copier. Les érudits doivent à cette hospitalité générale de la science les deux volumes que je publie aujourd’hui et l'ensemble des matériaux qui me permettront de terminer mon ouvrage sur le Parthénon.
Et cependant , en dépit de utilité bien évidente de ces recherches, malgré les chances heureuses
qui m'ont offert tant de documents inédits, Je
dois avouer que j'ai été poursuivi pendant tout
ce travail par une préoccupation qui pourra bien
se communiquer à mes lecteurs. Cette impression
PRÉFACE XVII tenait du regret et presque de la honte d'avoir à écrire cette longue et lamentable complainte. Vingt fois j'aurais voulu secouer toutes ces descriptions ignorantes et détourner mes yeux des dévastations latines, turques ou vénitiennes , des mutilations d'un Elgin, des restaurations infligées au Parthénon par les Grecs, au temple de la Victoire par les Bavaroiïs, à l'Érechthéion par les Franais; J'aurais voulu remonter aux beaux temps de la Grèce, à cette époque , bénie entre toutes, qui vit s'élever ces chefs-d’œuvre de tous les arts au milieu d’un peuple heureusement doué, accessible à des beautés qui nous échappent et à la vraie signification des représentations de la sculpture, pour nous des énigmes. Mais condamné à vivre au milieu des fâtonnements de cette époque in-
termédiaire, aujourd'hui que des textes anciens
mieux compris et des ruines plus attentivement
étudiées rejettent bien loin ces erreurs, il me semblait être retenu dans les nuages flottants sur le flanc des montagnes, entre le ciel pur qui plane sur la cime et les rayons du soleil qui pénètrent jusqu'au fond de la vallée. Je me consolais avec la pensée qu'en sortant de ces brouillards de l'ignorance , je jouirais mieux des perspectives étendues et nouvelles que l'étude des textes et des b