‹ Athenes (volume 2)Chapitre 266 sur 276 · NÉMÉE · texte numérisé non relu

NÉMÉE

chrétienne, construite des fragments d’un monument antique, fragments dont la proportion est trop petite pour faire supposer qu ils aient pu appartenir au temple de Jupiter Néméen, auprès duquel, à deux heures quarante minutes, nous mettons pied à terre. Pausanias parle de ce temple comme d’un édifice remarquable, bien que déjà, de son temps, il n eût plus ni toit ni statue. Ce monument, qui date de la fin du iv® siècle avant Jésus- Christ, est bouleversé d’une manière incroyable ; il n’en reste debout que trois colonnes, une seule de la façade et deux plus petites du pronaos.

Temple de Jupiter Néméen.

La première avait 1"‘,60 de diamètre à la base; sa hauteur était de 10"', 20 ou six diamètres. Les colonnes du pronaos n’ont que 9'", 10 de hauteur. Toutes trois conservent leurs chapiteaux doriques, mais celui de la colonne du frontispice est brisé en partie. La colonne elle-même ne se soutient que par un miracle d’équilibre, un tiers du dé sur lequel elle pose étant détruit. Le temple était hexastyle et périptère ; le mur de la cella se terminait par deux antes, entre lesquelles s’élevaient les deux colonnes restées debout. Les assises de la cella existent encore sur plusieurs rangs, ainsi qu’une partie du pave et de la muraille qui séparait le sanctuaire de l’opisthodome.

Sur une montagne qui fait face au temple, on aperçoit à une assez grande hauteur une grotte qui paraît être celle que Pausanias désigne comme ayant été le repaire du lion de Nemée, tue par Hercule. Il n est guère admissible qu’il ait jamais existé de lions en Grèce, mais enfin la distance de la grotte au temple est de 15 stades , nombre indiqué par Pausanias, et il est évident que la grotte que nous voyons aujourd hui est bien celle qui, dès l’antiquité, était consacrée par la tradition.

En quittant le temple et nous dirigeant vers l’est, nous marchons en plaine pendant un quart d’heure, puis nous commençons à gravir la montagne par un sentier étroit et difficile. Bientôt nous trouvons la fontaine Adrastée, mentionnée par Pausanias ; elle est entourée d’une foule de femmes albanaises, au teint halé, au costume pittoresque, composé d’une longue chemise en grosse toile brodée en vert ou en rouge au bas et au col , et dune sorte de paletot de grosse bure blanche, généralement brodé en noir; elles conduisent de longues files de mulets, seul moyen de transport possible en ce pays. Nous avons encore, dans le reste de la journée, rencontré plusieurs de ces caravanes, guidées par des femmes. Rarement nous voyons des hommes ; quelques-uns sont armés de fusils ; tous ont le couteau à la ceinture. Nous traversons de longs plateaux raboteux, inégaux et sans routes, laissant à droite une colline portant des traces de fondations, quelques pans de murailles, quelques fragments de colonnes cannelees, seuls restes de la ville de Gléones, célèbre par son temple de Minerve et les tombeaux d’Euryte et de Ctéate, tués par Hercule. Eue pente de rochers abrupts, que force est de descendre à pied en abandonnant nos montures à leur instinct, nous conduit à un torrent assez large, dont le lit, presque à sec, nous offre le chemin le plus praticable que nous ayons encore rencontré depuis Mycènes ; bientôt, contournant une montagne, nous nous trouvons sur un plateau d’où nos yeux embrassent un admirable tableau. A nos pieds, sur la gauche, la plaine de Sicyone s’étend jusqu’au golfe de Lépante ou de Corinthe; en face, au delà du golfe, s’élèvent les montagnes de la Phocide et de la Béotie que domine la cime neigeuse du Parnasse; à notre droite enfin se dresse 1 Acro-Corinthe dont, depuis longtemps, nous apercevions le sommet. La nuit était venue quand nous atteignîmes la plaine , dans laquelle il nous fallut encore marcher une heure sur une assez bonne loute, bordée de lauriers-roses en fleurs. Enfin, après avoir répété et commenté vingt fois le proverbe que nous trouvions trop vrai : Non licet omnibus adiré Corinthum, nous nous trouvons au milieu de ruines amoncelées; nous sommes à Corinthe, dont le tremblement de terre du 2i février 1858 n a pas épargné une seule maison. A huit heures et demie, après dix mortelles heures de fatigue, nous mettons pied à terre sur une espèce de place, au delà de laquelle des baraques éclairées semblent annoncer une loire; c’est là que campent les habitants depuis

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