MÉGARE. ÉLEUSIS
La coiffure des femmes est ici fort singulière ; elles portent sur le front une sorte de bandeau, de demi -calotte composée de pièces de monnaie, drachmes, demi-drachmes, francs, demi-francs, pièces turques, etc., en argent, disposées en écailles de poisson; en avant du bandeau pendent sur le front quelques monnaies turques en or. Dans leur costume, les hommes remplacent la large fustanelle par une jupe blanche non plissée.
Une calèche était venue d’Athènes au-devant de nous : au moment où nous allions y mettre le pied, au milieu de la place publique, un boucher est arrivé avec un pauvre agneau qu’il a égorgé devant la portière, et il nous a fallu attendre, pour monter dans notre voiture, la fin de son odieuse opération.
A huit heures et demie nous quittons Mégare; nous traversons d’abord une plaine assez bien cultivée et plantée d’oliviers, laissant à gauche la chaîne des monts Kerata, ainsi nommée des deux pointes ou cornes, xspava, qui la dominent; bientôt nous nous rapprochons du bras de mer qui sépare l’Attique de l’île de Salamine que nous ne cessons d’avoir en vue. A onze heures nous arrivons au pied de la colline qui portait l’Acropole d’ Eleusis, et nous la gravissons pendant que notre voiture, contournant sa base, va nous attendre dans la ville.
L’Acropole a deux sommets, dont le plus élevé porte les ruines d’une tour vénitienne. Dans V intermontium ^ nous avons remarqué les embouchures de plusieurs citernes , et un grand pavé antique composé de petites briques sur champ. En descendant au sud de la colline, vers la ville, nous trouvons à mi-côte quelques restes du temple de Gérés, si fameux dans l’antiquité par ses processions et ses mystères; on n’y voit plus guère que deux assises de pierres de taille fondées sur le roc, et un fragment de stylobate de marbre blanc, où l’on reconnaît encore le trou carré qui recevait le pivot central d’une colonne, ainsi que le petit canal qui y conduisait le plomb de scellement.
Descendus de l’Acropole dans Lepsina, la moderne Eleusis, nous avons fait à la hâte un frugal repas dans un bakal, sorte de boutique qui tient à la fois du cabaret et du magasin d’épiceries, et sommes allés donner un rapide coup d’œil aux autres antiquités de la ville. La jetée de l’ancien port existe encore presque intacte ; elle est en forme de faucille et composée de blocs de pierre , de marbre blanc et de
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marbre noir d’Eleusis, et même de tronçons de colonnes. Non loin de là, sur le revers occidental de l’Acropole, sont plusieurs citernes et silos; l’un de ceux-ci, dans lequel on entre de plain-pied, offre beaucoup d’analogie avec la prison de Socrate, le tholus d’Athènes. La petite église Saint-Georges a remplacé le temple de Diane Propylée; on y voit encore un grand mur de soutènement de construction hellénique, et, dans la cour qui entoure l’église, divers tronçons de colonnes non cannelées de marbre de l’Hymette, un chapiteau dorique de marbre pentélique, trop fort pour avoir appartenu à ces colonnes, enfin divers autres fragments.
Les Propylées d’Eleusis avaient été, dit -on, copiés sur ceux d’Athènes ; ce n’est plus qu’un immense monceau de ruines de marbre blanc, parmi lesquelles j’ai reconnu un chapiteau ionique provenant du portique intérieur, et des triglyphes ayant appartenu au portique extérieur qui, comme à Athènes, était d’ordre dorique. En avant des ruines est un énorme bloc de marbre que l’on croit avoir occupé le tympan du fronton ; on y voit, au centre d’un médaillon entouré de rinceaux, un buste colossal cuirassé, dont la tête, qui faisait saillie en ronde bosse, est brisée. Cette sculpture me paraît évidemment romaine, et me confirme dans l’opinion que les Propylées d’Éleusis, dont Pausanias ne parle pas, n’ont du être élevés que vers la fin du second siècle de notre ère, peut-être sous Septime Sévère.
A peu de distance des Propylées, sur la route d’Athènes, est une ancienne chapelle en ruines, autrefois dédiée à saint Zacharie, et dont on a fait un petit musée. Cette chapelle rectangulaire se termine par un hémicycle dont l’entrée était soutenue par deux singulières colonnes de style égyptien, dont le chapiteau manque malheureusement, mais dont la base s’élargit comme le pied d’un palmier. Parmi les antiquités conservées dans la chapelle, je remarquai un autel rond, un chapiteau corinthien de la meilleure époque grecque, deux grands candélabres de marbre provenant du temple de Gérés, un fût de colonne ou cippe rond avec un bas-relief très-peu saillant, représentant une femme assise tenant une feuille de lotus, et accompagné de cette inscription : isiaota ixiAOTOï MI AH s IA; enfin plusieurs statues romaines drapées et quelques fragments.
En avant de cette chapelle, les fouilles faites pour la construction