I . Planche III
ÉTAT AC/rUKL DU PART II É NON.
prétendu avoir fait partie des dépouilles des Perses^; mais ces boucliers d’or, n’ayant jamais pu être ce que nous nommerions aujourd’hui des armes d’ordonnance, eussent nécessairement varié de grandeur, de forme, de richesse et de travail, suivant le caprice des satrapes qui les possédaient et le talent des artistes qui les avaient exécutés. Il eût donc été difficile, pour no pas dire impossible, de trouver quatorze boucliers absolument semblables pouvant figurer symétriquement à la façade du temple. Peut-être pourrait-on admettre que ces boucliers avaient seulement été fabriqués avec for enlevé aux Perses; mais les guerres médiques avaient pris fin plus de quarante ans avant la construction du Parthénon, et il nous semble peu probable que non-seulement les boucliers, mais même l’or provenant du butin fait sur les Perses, aient encore été sans emploi lorsque Périclès acheva le temple de Minerve.
Quelle que soit l’origine de cette riche décoration, son existence peut encore être constatée aujourd’hui. Sur l’architrave on voit très-distinctement, au-dessous de chaque métope, la trace du cercle des boucliers avec un trou rectangulaire au centre pour le scellement des crampons qui les soutenaient. Ces boucliers, qui n’avaient jamais dû servir à un autre usage et qui certainement avaient été fabriqués expressément pour l’ornement du Parthénon , furent enlevés en l’an 308 avant Jésus-Christ, par le tyran Lacharès , obligé de fuir et de renoncer à défendre plus longtemps Athènes assiégée par Démétrius Poliorcète ^ , et furent probablement remplacés depuis par des copies simplement de bronze doré, comme l’indiquent les traces d’oxyde qui en dessinent les contours sur le marbre.
1. « L’astre du jour, prêt à se plonger dans la mer, frappait de scs derniers rayons les colonnes du temple de Minerve ; il faisait étinceler les boucliers des Perses, suspendus au fronton du portique, el semblait animer avec la frise les admirables sculptures de Phidias. »
Chateai'briand. Les Martyrs.
L’illustre écrivain oublie qu’ailleui’s il a fait les sculptures du Parthénon contemporaines d’Adrien ; i oublie surtout que la façade du Parthénon où se trouvaient les boucliers est tournée à l’est et non pas au couchant.
2. « Lacharès, voyant la ville prise, s’enfuit dans la Béotie; comme il avait emporté les boucliers
d’or de l’Acropole, et dépouillé la statue de Minerve de tous les ornements qui pouvaient se détacher, on lui soupçonna de très-grandes richesses, et quelques habitants de Coronée le tuèrent pour s’en emparer. » Paosamas. AU. C. XXV.
Ce dernier fait énoncé par Pansanias est une erreur; Lacharès survécut au moins quinze ans à la prise d’Athènes.
Au-dessous des triglyphes, au contraire, se trouvent irrégulièrement disposés une foule de petits trous c[ui ont dû soutenir des lettres de métal formant des inscriptions^.
A cette frise, les gouttes sont presque toutes conservées, ainsi que les triglyphes, dont un seul, celui de l’angle sud-est, est endommagé dans sa partie supérieure. Les métopes sont toutes en place, mais dans le plus triste état et à peu près méconnaissables.
A la base du fronton il ne manque que trois blocs et demi ayant formé chacun une mutule ; les autres sont bien conservés. Quant au rampant du fronton, à peine en reste-t-il l’extrémité nord-est et un seul fragment du rampant de gauche soutenu par de faibles portions du mur de fond du tympan en avant desquelles on voit encore au midi deux têtes de chevaux montant, et au nord une tête de cheval descendant.
En arrière de la façade, le pronaos ou prodromos D D s’élevait sur deux degrés, le premier haut de 0"',30 et profond de 0"‘,38; le second élevé de 0'‘‘,39, servant de stylobate. Des six colonnes qui le décoraient, une seule, celle de l’angle sud-est, est restée debout, conservant une partie de son chapiteau. Des cinq autres, l’avant-dernière à droite n’existe plus et les autres ne conservent que deux ou trois assises. De ce côte, par conséquent, il ne reste aucune trace de la frise. Sur ces colonnes , aussi bien que sur un fragment tombé sur le sol en avant de la façade, il est facile de constater les trous de scellement d’une grille qui fermait jusqu’en haut les entre-colonnements. Ces colonnes paraissent avoir été renversées à l’époque de la transformation du temple en église, aussi bien que la muraille qui séparait le pronaos de la cella.
Du côté septentrional, les degrés du soubassement portent de nombreuses indications de scellements di'ex-voto. Le sol abaissé en avant a mis à découvert les fondations du temple formées de gros blocs de pierre du Pirée.
Voulant rendre accessible le troisième entre-colonnement E, à partir de l’est, au lieu des marches supplémentaires intercalées à chaque degré du soubassement comme à la façade orientale, on a creusé une marche
1. A.U côté septentrional du temple, on voit aussi sur l’architrave, au-dessous de chaque triglyphe, trois trous disposés en triangle indiquant l’existence de quelque ornement dont il serait impossible aujourd’hui de préciser la nature.
ÉTAT ACTUEL DU PARTHÉNON
dans chaque degré. L’exécution grossière de ce travail indique qu’il ne remonte qu’à l’époque chrétienne. Pour diminuer la besogne, on n’avait pas entaillé la marche jusqu’à la moitié de 1 épaisseur du degre, de sorte qu’à chacun des trois degrés la marche inférieure a environ 0'",30 de hauteur, tandis cjue l’autre atteint à peine 0"', 18.
En haut de cet escalier, sur le stylobate, on voit les traces de scellement d’une grille; de cette circonstance on doit conclure, ce nous semble, que les chrétiens avaient dù fermer par un mur plus ou moins élevé les autres entre - colonnements ; car , sans cela , quel eût été l’emploi d’une porte de chaque côté de laquelle on eût pu passer librement.
Dans l’avant-dernier entre-colonnement, F, près de l’angle nordouest, était une autre entrée latérale de l’église ; mais cette fois 1 escalier avait dù être fait par addition de marches intercalées comme à la façade ; le degré supérieur avait seul été entamé de 0"’,03 pour former seuil. On y voit encore le trou d.i pivot de la porte qui n avait qu un battant, sans doute de bois très-épais, à en juger par le trou qui n’a pas moins de 0'", 09 de diamètre. Cette porte n’avait que i‘",30 de largeur.
Les trois premières colonnes du nord, à partir de l’angle nord-est, sont restées en place , portant leur architrave et leur frise avec trois métopes mutilées. Viennent ensuite deux colonnes indiquées seulement par leur tambour inférieur, deux colonnes ciui ont été rétablies, mais veuves de deux ou trois assises et de leurs chapiteaux. De la huitième colonne, il ne reste que deux boisseaux. La neuvième a été relevée tout entière avec son chapiteau, ainsi que la onzième; la dixième ne se compose que de cinq assises; enfin les six dernières sont restées en place avec leur architrave et leurs métopes mutilées. De la corniche, il n’existe plus qu’une faible partie à chaque extrémité du temple, conservant quelques mutules, et les deux belles têtes de lion qui terminent les rampants des frontons.
La façade occidentale est la mieux conservée dans sa partie supérieure, mais les fûts des colonnes portent partout les tristes et profonds stigmates des boulets du siège de 1826. Un seul chapiteau est à peu près intact; quatre métopes n’existent plus, et les autres, à l’exception d’un cavalier sur la dernière à gauche, sont méconnaissables. La corniche est conservée en grande partie , ainsi que le mur du tympan et
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quelques parties du rampant du fronton. Au-dessus du second entrecolonnement de gauche restent les deux figures mutilées que quelques voyageurs ont bien voulu prendre pour Adrien et Sabine, mais qui, faisant partie de la composition de Phidias, n’ont jamais, comme nous l’avons dit, représenté que Cécrops et sa fille Aglaure,
Façade oecideutale du Parlliénon.
L escalier A, grossièrement taillé dans les degrés du soubassement, en avant des quatrième et cinquième entre-colonnements, à partir de 1 angle nord-ouest, date de la transformation du Parthénon , époque oii le posticum devint le porche de l’église.
Sui les colonnes de la façade occidentale, M. Pittakis a fait une trèscurieuse découverte^; il y a reconnu de nombreuses inscriptions gravées a la pointe. Parmi elles trois sont latines et. appartiennent au xv® siècle, époque de la domination des ducs d’Athènes; une seule en italien mentionne le passage d une comète ; nous en citerons une toute moderne en langue française, foutes les autres inscriptions sont grecques et remplies d abréviations 2. Pour les dates, prises à partir de la création du mondes on a employé les caractères alphabétiques.