TO GERMA
NICO DACICO
u Caïus-Julius Antiochus Pliilopappus, fils de Caïus, de la tribu Fabia, consuP,
frère Arval^, agrégé aux prétoriens par l'empereur César Nerva Trajan très-bon,
Auguste, Germanique, Daciquc. »
Stuart ^ croit trouver dans cette inscription la date de l'érection du monument; nous pensons qu'il est dans l'erreur. L'inscription latine nous jiaraît avoir évidemment été ajoutée api'ès coup et ne désigner nullement, reléguée qu'elle est au sommet d'un pilastre, le personnage
1. On chercherait vainement le nom de Pliilopappus dans les fastes consulaires; peut-être ne fut-il que consul désigné, designatus, sans avoir eu le temps d'entrer en fonction, ou consul subrogé, suffectus, c'est-à-dire remplaçant un consul mort pendant la durée de sa charge.
2. On nommait frcttres arvales des citoyens chargés de sacrifier deux fois par au ;\ Gérés dans les fêtes nommées Ainbarvalia; ils étaient au nombre de douze, appartenant aux familles les plus distinguées de l'empire. Ils avaient été institués par Romulus ([ui lui-nnme lit partie de leur collège. Cette dignité, très-considérée à Rome, était à vie, et ne pouvait se pciilie ni par lemprisonncmcnt ni par l'exil.
« Sabinus Massuiius, au premier livre de ses Mémoires, prétend, d'après quei(iues autres historiens, qu'Acca Larentia fut la nourrice de Romulus. « Cette femme, dit-il, était mère de douze enfants du sexe niascuHn -. l'un «reux étant mort, Romnlns prit sa place et fui nourri jiar Vrca Larentia. Il les appela ses frères, dans la suite, fratres armies, et prit ce nom hii-niènn-.
«Telle est l'origine du collège des douze frères Arvales. Les insignes de ce sacerdoce sont une couronne d'épis et des bandelettes blanches. » Ai i.d-Gelle. L. VI. c. 8.
Cf. Variion. De ling. lat. 85.
332 ATIII^.NES.
auquel fut élevé un mausolée de cette importance. N'est-il pas \^\u<^ naturel de le reconnaître dans celui dont la statue occupe la niche principale, entre son père Antiochus TY ^']iipliane et quelque autre roi de ses ancêtres, au-dessus (Viin bas-relief représentant, non le triomphe de Trajan , comme on l'a cru ^, mais celui de Titus après la prise de Jérusalem à laciuelle Antiochus IV avait pris une part glorieuse. Ce serait donc aux. règnes de Titus, de Uomitien ou de Nerva, c'est-à-dire aux vingt dernières années du i" siècle qu'appartieiidiMit n:)tre monument. Plus tai'd . un auti'e membre de la famille ayant été déposé dans le mausolée, son nom et ses titres furent gravés sur le pilastre, seule surface restée lisse. Quant à cette dernière inscription, sa date se trouve indi(|uée d'une manière précise. Trajan fut salué du titre tVOpliiinus en 109. et il portait déjà celui de Dacicus; dans sa seconde expédition en Orient . après avoir chassé Chosroès du royaume des Parthes , il reçut, en 111, le surnom de Parlhicus, et comme l'inscription ne fait pas encore mention de celui-ci, il est clair qu'elle dut être tracée entre les années 109 et 11 j.
Nous sommes encore obligé de combattre une autre supposition de Stuart. ([ui croit que le pilastre qui porte l'insci'iption était surmonté d'une statue. Il n'y avait point place pour une statue sur le chapiteau corinthien sur le(|uel reposait l'entablement. Le pilastre entier, par un déplacement qu'un tremblement de terre pourrait seul expliquer, est soi'ti ]iour ainsi dire de son alvéole, et venu en avant, ainsi que le prouvent son inclinaison hors d'aplomb, sa position par rapport à son chapiteau resté en arrière à sa place primitive, et l'aspect des surfaces latérales du pilastre, dont le marbre est poli dans les parties destinées à être vues et simplement dégrossi dans celles ([ui devaient être renfermées dans la muraille.
Le monument, com|)osé de marbre pentélicjue, reposait sur cinq assises de pierres du ]*irée, surmontées d'un soubassement enrichi de bas-reliefs malliciux'usenicnl Irès-inutilés. Au centre, la composition principale haute de 2'". GO. large de 2"',<S0. oITic im li'iomphateur, sans doute Titus, sur son char altch'' de (|iialr(" chevaux; derrière lui, au-dessous du pilastre de droite, est une figure isolée, (jui. bien (jue fruste, peut encore être
1. Au tuiiips du Spon, ce bas-rctii'f :ivait fait doniior au Mu'ii'o lo nom de rnllino (1(> TaiT do Trajan.
-MONUMENT DE l' Il ILOI'A l'I'l S. .jXi
reconnue pour un pi-isoiniiei- l^arhare. Le bas-relief de dioiic. (jui a disj)aiu. représentait probablement ([ueUiues autres prisonniers suivant le chai- (lu vaintiuem-. Le iDas-relief de gauche, haut de 2'", 00 et large de i"',90, existe encore, ainsi que celui que surmonte le pilastre 1-'; ces sculptures réunies offrent quatre figures dont les draperies sont assez bien conservées. Vus de face, ces personnages seuibliMit faire la /laic sur le passage du triomphateur.
Derrière la façade de marbre que nous venons cle décrire, existent, les restes de l'enceinte quadrangulaire G, qui complétait le monument et formait la chambre sépulcrale, depuis longtemps renversée et réduite à quelcjues assises de pierres du Pirée.
Nous voici arrivé au terme de notre course à travers les ruines de la ville de Thésée et de Périclès. Du haut de la colline de Musée donnons un dernier regard, disons ui^ dernier adieu à ces merveilles de l'art, que trop souvent, hélas! notre imagination a du reconstruire. Notre œil embrasse du pied du monument de Philopappus un panorama plus complet encore ([ue celui que nous avons admiré du sommet de l'Acropole. C'est qu'ici nous avons pour motif principal de notre tableau l'Acropole elle-même et le Partiiénon se détachant sur le Lycabette; à l'ouest, sous nos pieds, se dressent l'arc d'Adrien et les colonnes du tem})le de Jupiter Olympien, et. fraîche oasis au milieu de ces campagnes sèches et pouch'euses, se dével()p|)c le ravissant jardin de la reine, précédant le Stade d'ïTéi'ode et le mon! Ifymette au\ bruyères parfumées. Au sud. au dehà du golfe Sarom'(jue, sur la mer l'âgée, nous voyons se dessiner à l'hori/on le j)romontoire de Scylla, extrême pointe de l'Argolide. En allant vei's l'ouest, voici l'igine, les ports de Phalère, de Muynchie. du Piive, et derrière eux Salamine; au nord-ouest, l'anticiue bois d'oliviers consacré à Minerve est traversé par la voie sacrée d'Eleusis. (|iii. passaul au pied du mont Saint-I^lie. s'enfonce^ dans l(^ pittores(iii(^ (|(''lil('' de (iaïdarion. enti'e les monis Icare et C.orydalus; au nord, le Pai'uès lions ('tonne par son immense fissure (jui seinl)le produite par la hache de (|uel(|ne litan; en avant, enfin, s'(Hend l'Athènes moderne, à la(|uelle ser\ enl (k premier plan le temple de 'rh('s(''e. I(^ Piiyx et l'Aréojiage.
Ponr(|noi laut-il (pTun ivgret se mêle an\ .-entinienis d adniiralion (jui lonl ici battre le c(ein''.* r.ombi(Mi il (\'^t triste de pen>er (|ne c e>l plutôt la main de riiomme (|ne le temps, si peu de^tmeleur soir> le beau
ciel de la Grèce, qui a fait ruines ces miracles de l'art qu'après vingtquatre siècles nous eussions pu contempler encore tout brillants de jeunesse. Consolons-nous pourtant j^ar la pensée qu'au moins ce qui reste est sauvé, et remercions la Providence d'avoir confié ces merveilles à un prince (jui, comprenant sa mission, veille avec sollicitude sur ces inappréciables trésors et conquiert ainsi chaque jour de nouveaux droits à l'éternelle reconnaissance de tous ceux qui ont conservé dans leur âme l'amour du beau, le culte des grands souvenirs.
QUATRE JOURS