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I . Beulé. Études sur le Péloponèse

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du vil'" ou aux premières années du vi' siècle avant notre ère. Dorique, hexastyle et périptère, il avait 20 mètres de largeur, six colonnes à la façade et treize aux ailes, en comptant deux fois les colonnes d'angle. Sept colonnes, disposées en équerre, sont encore debout; cinq regardant Toccident ont appartenu à la façade postérieure, au posticum ; trois, en comptant de nouveau la colonne d'angle, firent partie de l'aile méridionale. Klles sont d'un seul morceau de tuf grossier, autrefois revêtu de stuc colorié, et portent de nombreuses cavités creusées par les Turcs qui en avaient fait l'appui de quelques misérables demeures. Leur diamètre, à la base, est de l'",70, et leur hauteur de 6'",50 ou cinq diamètres et demi seulement, proportion la plus courte dont on connaisse un exemple dans l'antiquité grecque. Les cannelures sont déjà au nombre de vingt, particularité remarquable, car le plus ancien dorique n'en a ordinairement que seize. Les colonnes, à l'exception d'une seule, conservent leurs larges et pesants chapiteaux ; deux sont isolées, mais les autres portent encore une partie de leur architrave, un peu dérangée seulement par le dernier tremblement de terre ^. Ces ruines, rongées à la base, déjetées, brisées, hors d'aplomb, ne semblent se soutenir que par un miracle d'équilibre, et cependant elles ont échappé à la catastrophe qui vient de renverser la ville entière , dont les maisons étaient, à la vérité, fort légèrement et fort mal bâties. On a renoncé à relever Corinthe, et on bâtit une nouvelle ville sur le bord du golfe, à deux milles de l'emplacement de la ville antique, et à peu près au lieu où existait le Léchée^ l'ancien port de Corinthe.

Dans le bas de Corinthe, qui s'étendait sur un sol légèrement incliné, sont les restes assez considérables d'un édifice romain de la décadence, des thermes sans doute. Plus bas encore on voit les ruines d'un petit bain turc, où l'on retrouve toutes les divisions des bains antiques, hypocauste, apoditerium, caldarium^ balneum, etc. Non loin de là, une église renversée par le tremblement de terre nous présente encore son porche, soutenu par deux colonnes antiques de marbre blanc.

A onze heures et demie, Manuel est de retour de sa course à Kalamaki ; à midi nous quittons Corinthe sur une longue charrette à quatre roues, traînée par deux chevaux vigoureux, et chargée de nos bagages sur

1. Pour plus amples détails, voir V Architecture au siècle de Périclès, par E. Belle, 1860.

IlEXAMILI. KALAMAKI. 357

lesquels nous nous installons tant bien que mal. A dix minutes à l'est de la ville, nous nous arrêtons un instant pour visiter un amphithéâtre antique ; creusé dans le roc par les Romains, il est peu profond et assez étendu. Quelques gradins existent encore, mais sous la couche de pierre peu épaisse dans laquelle ils sont taillés se trouvait la terre qui , en beaucoup d'endroits, s'est éboulée, formant des grottes et laissant les gradins suspendus. Dans cette partie inférieure durent exister des gradins construits, mais ils ont disparu. Pausanias n'ayant point parlé de ce monument, M. Beulé suppose, avec toute vraisemblance, qu'il n'existait pas encore à l'époque de son voyage.

Nous remontons dans notre char ; la route est fort médiocre et trèsinégale; une beaucoup meilleure traverse l'isthme, au nord; elle a été tracée par le Lloyd autrichien, dont les bateaux déposent les voyageurs à Loutraki, sur le golfe de Lépante, pour les rembarquer à Kalamaki, sur le golfe d'Égine, évitant ainsi de faire le tour de la Morée. Bien entendu qu'en mai 1859 la guerre de la France contre l'Autriche avait interrompu ce service.

A 3 kilomètres environ de Corinthe se trouve le village d'Hexamili, qui doit son nom à la muraille, longue d'environ six milles, qui traversait l'isthme, boulevard bien souvent démoli et reconstruit, et qui avait été élevé une première fois après la mort de Léonidas aux Thermopyles; il fut rétabli en dernier lieu par les Vénitiens, en J696; il n'en est pas moins entièrement démantelé aujourd'hui. En approchant de Kalamaki, nous voyons des restes de cette muraille, les vestiges d'un canal commencé par les Romains pour réunir les deux golfes, l'emplacement bien indiqué d'un stade , et l'enceinte d'une vaste acropole de construction hellénique.

A une heure quarante minutes nous mettions pied à terre à Kalamaki, l'antique portus Schœnus, situé au fond du golfe d'Égine. Ce n'est qu'un village s'étendant sur une plage sablonneuse, et plus ruiné encore que Corinthe par le dernier tremblement de terre. A trois heures, nous nous embarquons sur une sorte de goélette montée par un matelot, deux mousses et un patron qui parle italien et prend le titre pompeux de capitaine. La mer est très-calme, mais lie vent, lorsqu'il souffle, nous est contraire. Bientôt il tombe tout à fait; aussi notre navigation de Kalamaki à Mégare, qui, avec un bon vent, s'accomplit en deux

heures , semble-t-elle devoir se prolonger indéfiniment. Heureusement nous avons des provisions, nous dînons de bon appétit, et, quand la nuit est venue, nous nous couchons sur le pont, enveloppés dans des couvertures; la lune brille du plus vif éclat, les flots nous bercent mollement, et, malgré la dureté de notre couche, nous ne tardons pas à nous

endormir.

A trois heures du matin , je suis réveillé par le froissement de la chaîne que Tancre entraîne à travers l'écubier. « Nous sommes arrivés, » dit le capitaine. Je ne vois qu'une plage déserte, celle de Tripa^ qui sert de port à Mégare ; la ville est à 3 kilomètres dans les terres. Manuel part et va y chercher un cheval pour le bagage. A cinq heures et demie nous débarquons, et en cinquante minutes nous arrivons à pied à Mégare.

llëgare.

Cette ville, autrefois célèbre et puissante, n'est aujourd'hui qu'un bourg de 4,000 âmes; ses maisons en terrasse s'étendent sur deux collines inégales, et dans l'intervalle qui les sépare; sur la colline la plus haute, située au nord-ouest, s'élèvent les ruines d'une tour vénitienne à voûtes ogivales. Un peu plus bas est une église dans la muraille de laquelle sont employées quelques pierres antiques. Une inscription chrétienne est accompagnée d'une colombe et de l'A et de Vq.

Sur la place, une masure contient un petit musée d'antiquités locales qui n'offre rien de bien remarquable.

On ne trouve à Mégare aucun reste de sa splendeur passée ; on ne s'en étonnera pas lorsqu'on saura que tous ses monuments étaient construits d'une pierre tendre coquillière, pierre porique ou )coy-;^tTY)ç, sans aucune consistance et s'écrasant dans la main.

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