‹ Athenes [microform], décrite et dessinéeChapitre 6 sur 276 · Id. L. V, c · texte numérisé non relu

Id. L. V, c

ExNCEINTË DE L'ACROPOLE.

traça aux Athéniens la marche à suivre pour mener à bonne fin la ruse qu'il avait imaginée. « On devait ensuite, dit Thucydide^, lui choisir des collègues; mais au lieu de les faire partir sur-le-champ, on devait les retenir jusqu'à ce que la muraille eût atteint la hauteur strictement nécessaire pour la défense. Tout ce qu'il y avait d'habitants dans la ville, hommes, femmes, enfants, devait se mettre au travail, sans épargner ni édifices publics, ni maisons particulières; tout ce qui pouvait offrir quelque utilité pour la construction du mur devait être démoli. )> Cependant Thémistocle, amusant les Lacédémoniens par de belles paroles, parvenait à gagner du temps; le bruit des travaux exécutés à Athènes étant arrivé à leurs oreilles, il leur persuadait ^'envoyer vérifier le fait par des délégués que les Athéniens, à leur tour, retenaient sous divers prétextes et dont ils se faisaient des otages pour garantir la sûreté de leur ambassadeur 2. « C'est ainsi, ajoute Thucydide, que les Athéniens fortifièrent leur ville en peu de temps; aussi reconnaît-on, aujourd'hui encore, que les constructions furent élevées à la hâte; les fondements sont formés de pierres non appareillées, souvent tout à fait brutes et jetées là au hasard , comme on les apportait ; on trouve même des cippes funéraires et des sculptures mêlés à la maçonnerie^. »

2. Il essaya incontinent de rebastir la ville et les murailles d'Athènes, en corrompant par argent les officiers (éphores) de Lacédémone, afin qu'ils ne lui donnassent point d'empeschement à ce faire, ainsi comme escrit Theopompus ; ou, comme tous les autres disent, en les ayant abusez par vne telle finesse : il s'en alla à Sparte, comme ambassadeur despéché exprès sur ce que ceux de Lacédémone se plaignoyent que les Athéniens renfermoyent leur ville de murailles, et les en accusoit enuers le côseil de Sparte vn orateur nommé Polyarchus, y ayant expressément esté enuoyé pour ce fait par les ^ginètes. Thémistocles leur nia fort et ferme, et leur dit que, pour s'en informer à la vérité, ils enuoyasseiit de leurs gens sur les lieux, voulant par ce délai gagner tousiours autât de temps au parachèvement des murailles, et aussi que les Athéniens retinssent pour ostages de la seureté de sa personne ceux qui seroyët enuoyez à Athènes pour en faire le rapport : comme il auint. »

Plotarque. Thémistocle,

« Thémistocle trompa les Lacédémoniens de la manière suivante. Il arriva à Lacédémone en qualité d'ambassadeur, et nia qu'on relevât les murs. Si vous ne me croyez pas, dit-il, envoyez les citoyens les plus distingués d'entre vous pour s'assurer du fait et retenez-moi. Les envoyés lacédémoniens partirent et Thémistocle donna secrètement l'ordre aux Athéniens de les retenir jusqu'à ce que les murailles fussent relevées; après quoi ils ne devaient les laisser aller que lorsqu'il serait lui-même de retour. La chose se passa comme Thémistocle l'avait dit : les murailles furent relevées; Thémistocle revint à Athènes, et les envoyés de Sparte furent rendus. >» Polyen. Stratag. 1 , 30.

Cf. Diodore de Sicile. L. XI, SS 39 et 40. Cornélius Népos, Thémistocle^ 6 et 7. Justin. L. II, c. 14. Frontin. Stratag, L. I, 10.

ATHÈNES

Cimon, à son tour, entreprit de compléter ou de remplacer les murailles qui venaient d'être élevées à la hâte; il put alors construire à loisir et avec soin le rempart méridional de l'Acropole, et sans doute il €Ût terminé l'enceinte entière si le temps ne lui eût manqué. <( Cimon, dit Plutarque , avait acquis honorablement une grande fortune sur les Barbares et l'employa plus honorablement encore^. » Et en effet ses propres richesses ne contribuèrent pas moins que le trésor de l'Etat aux grands travaux qui furent exécutés sous son administration.

En 405, à la fin de la guerre du Péloponèse , Lysandre , maître d'Athènes, en fit démolir les fortifications, et ce fut sans doute à cette époque que furent détruites les parties de l'Ennéapyle épargnées sous Périclès, lors de la construction des Propylées.

Murailles de Conon. Enfin, les murailles d'Athènes et celles de l'Acropole furent relevées ou réparées encore une fois par Conon dans la première année de la 91^ olympiade (392 avant Jésus- Christ).

Lorsqu'en l'an 87 avant Jésus-Christ Sylla s'empara d'Athènes, il fit démanteler l'entrée de la citadelle 2. Nous dirons plus tard comment elle fut remplacée à la hâte sous Valérien, lorsque l'Orient se vit menacé par les premières invasions des Goths.

Enceinte de l'Acropole au moyen âge. Les murailles en partie ruinées furent plusieurs fois restaurées par les seigneurs d'Athènes, français

4. « C'est, dit ailleurs le môme historien, avec le produit de son expédition contre les Perses qu'on bâtit notamment la muraille de l'Acropole qui regarde le midi. » Vie de Cimon.

2. Les historiens latins ne sont guère d'accord sur le rôle que les Athéniens jouèrent dans cette guerre :

« Vainqueur des généraux de Mithridate, dans l'Attique, la Béotie et la Macédoine, Sylla reprit Athènes , détruisit à grand'peine les fortifications du Pirée, tua plus de deux cent mille ennemis, et en prit un pareil nombre. Ce serait ignorer l'histoire et la vérité de croire qu'Athènes était révoltée contre nous lorsque Sylla en fit le siège. Les Athéniens se sont toujours conduits à notre égard avec une fidélité si inaltérable que la foi attique était passée en proverbe à Rome pour exprimer une fidélité à toute épreuve. Au reste, accablés sous la puissance de Mithridate, les Athéniens avaient le double malheur de voir leur ville occupée par leurs ennemis et assiégée par leurs amis. Leurs affections étaient hors des murs où la nécessité les retenait captifs. »

Velleius Patercdlcs. Hist. rom. L. W , c. 23.

« Sylla fait d'abord le siège d'Athènes; il la presse par la famine, et, qui le croirait? il réduit cette

ville, la mère des moissons, à se nourrir de chair humaine. \\ ruine bientôt le port du Pirée, renverse

plus de six enceintes de murailles, et, après avoir dompté les plus ingrats des hommes (c'est ainsi

qu'il appelait les Athéniens), il leur pardonne cependant en considération de leurs ancêtres, de leurs

cérémonies sacrées et de leur célébrité. »

Florus. Hist, rom. L. ni, c. 6.

ENCEINTE DE L'ACROPOLE

ou florentins , mais de nouveaux travaux de défense furent rendus indispensal^s par l'invention de l'artillerie, et lorsqu'en J456 Mahomet 11 se fut emparé de la ville et de la citadelle, il dut protéger celle-ci, surtout du côté de l'ouest que commandait la colline de Musée, et il éleva alors cet énorme bastion sous lequel, à 14 mètres de profondeur, M. Beulé a su retrouver l'entrée antique. Depuis lors enfin, des restaurations plus ou moins grossières, des additions plus ou moins considérâbles, ont eu lieu, surtout à l'occasion du siège de l'Acropole par les Vénitiens en 1687, et aussi à l'époque de la guerre de l'indépendance, lorsque les Grecs et les Turcs s'y assiégèrent tour à tour.

L'enceinte de l'Acropole suivait les inégalités du rocher, ce qui fait que si sa partie supérieure était à peu près horizontale, la hauteur de la muraille n'en était pas moins très-variée.

Mur de Clmon. Le mur du midi, Notium (de Notoç, sud), ou Cimonium, qui se composait de deux lignes à peu près droites (Pl. V\ AB et BC), a disparu en grande partie sous les reconstructions turques. A l'intérieur, près des brèches, on en voit encore quelques traces, mais le fragment le mieux conservé , et resté presque vierge de toute restauration , est celui qui forme extérieurement l'angle sud-est de l'enceinte ^ Quelques pierres seulement ont éclaté sous le choc des boulets. Les assises sont en retraite l'une sur l'autre d'environ 0"',02, ce qui donne à la muraille une inclinaison légèrement pyramidale. L'appareil n'est pas très -grand et les pierres les plus longues n'atteignent pas un mètre. C'est au pied de cette muraille que se trouvent les deux théâtres, le portique d'Eumènes, et le monument choragique de Thrasyllus.

Le mur oriental (Pl. I". GO) a été reconstruit en entier à l'extérieur; mais à l'intérieur, au pied du Belvédère situé à l'angle nord-est (Pl.P*. D) de l'esplanade, on reconnaît à fleur de terre cinq assises de fondat'ons de plus de 3 mètres d'épaisseur, qui peut-être ont appartenu à la muraille antique. Sous le rempart oriental s'ouvre une vaste grotte, eflrayante par ses éboulements qui ont couvert de blocs et de débris tout le flanc du rocher.

Mur de Thémistogle. Le rempart du nord (Pl. V\ DGl), composé d'une longue ligne brisée formant de nombreux angles saillants ou ren-

i. Voy. la lettre en tète du chapitre.

Ig ATHÈNES.

trants, et faisant face à la partie la plus considérable de la ville moderne, avait conservé le nom de muraille pélasgique, même après sa destruction par les Perses « qui, dit Diodore de Sicile S ne laissèrent pas pierre sur pierre à Athènes. » 11 ne faudrait pas prendre l'assertion de Thistorien complètement à la lettre. Nous signalerons dans l'intérieur de l'Acropole, non loin des Propylées, un reste de construction cyclopéenne à polygones irréguliers; et dans le côté de l'enceinte qui nous occupe en ce moment (Pl. T*. E), au-dessous de la petite maison servant de musée dans l'Acropole, et au-dessus d'une petite grotte creusée dans le roc, nous croyons retrouver un reste considérable de la muraille pélasgique. Les blocs sont de très-grand appareil, à joints verticaux et assez bien parementés, mais les assises sont de hauteur inégale. Il en est de même de la longueur des blocs qui est très-variable, de sorte que rarement les joints des assises supérieures tombent au milieu des blocs des assises inférieures, et que quelquefois plusieurs joints descendent sur une même assise 2.

Mur pélasgique.

Plus à l'ouest (Pl. V\ F) , on voit un très-curieux fragment de la muraille reconstruite à la hâte pendant l'ambassade de Thémistocle à

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