‹ Athenes [microform], décrite et dessinéeChapitre 63 sur 276 · Acropole d'Athènes. T. H, p. 94 et suiv · texte numérisé non relu

Acropole d'Athènes. T. H, p. 94 et suiv

ATHÈNES

glyphes entre lesquels elles étaient glissées dans des coulisses par la partie supérieure que fermait ensuite la corniche. Les métopes ont une hauteur de l'",335 sur une largeur de i'%270; celles qui sont voisines des angles sont un peu plus étroites. Cet excès de la hauteur sur la largeur fait voir que l'architecte avait en vue de les faire paraître carrées malgré la saillie de la bande de l'architrave. Les figures s'en détachaient presque en ronde bosse, et, si elles avaient ainsi un relief beaucoup plus prononcé que celles de la frise intérieure du portique, c'était parce qu'elles n'étaient pas destinées comme celles-ci à décorer un mur uni et à être vues de près S et qu'elles devaient au contraire produire leur effet au milieu d'ornçments d'architecture très -saillants, par lesquels il fallait qu'elles ne fussent pas écrasées.

Les métopes du Parthénon étaient au nombre de 92 : 14 h chaque face, 32 à chaque côté du temple ; un assez grand nombre avaient échappé aux ravages du temps et à l'explosion de 1687, quand le monument fut livré aux déprédations de lord El gin. Dix -sept des métopes qu'il * arracha en brisant les triglyphes arrivèrent h Londres , ou elles font l'ornement du Musée Britannique. Plusieurs ont été englouties entre le cap Malée ou Saint- Ange et l'île de Cérigo (l'ancienne Cythère), dans le naufrage d'un bâtiment qui transportait divers objets d'antiquité pour le compte de lord Elgin^.

Une métope est au Musée du Louvre ; elle était hors de place depuis longtemps quand elle fut rapportée en France par M. de Choiseul- Gouffier qui en avait fait l'acquisition avec l'aide du consul de France à Athènes, M. Fauvel, qui a rendu h l'archéologie de si importants services. En 1818, après la mort de M. de Choiseul, ce marbre précieux a été acquis pour le Musée au prix de 25, 000 francs.

1. u Phidias possédait des notions très-tHendues sur Tart de construire, au moins sur la partie théorique. Comment sans cela eût -il pu surveiller les travaux d'architectes tels qu'Ictinus et Callicrate? Comment eùt-il montré, dans le Parthénon, une admirable intelligence des besoins de rarchitccture et sacrifié toutes les prétentions de la sculpture, lui sculpteur, à l'harmonie et à l'effet général du monument? C'est ainsi qu'il donne aux métopes un relief exagéré contraire à ses principes, pour qu'elles soient en rapport avec les fortes saillies de l'entablement. La frise de la cella, au contraire, tant son relief est léger, tant ses proportions sont petites pour la hauteur qu'elle occupe, n'attire que faiblement les regards; elle leur échappe quelquefois; mais il fallait ne pas écraser une muraille lisse par l'importance des sculptures et la couronner au contraire d'un bandeau délicat. »

Beulé. La Jeunesse de Phidias {Revue des Deux Mondes, mars 1860).

2 Voyages de Chandler, traduction française publiée en 1806. Notes de MM. Servois et Barbie du Bocage.

MÉTOPES DU PARTHÉNON

Wo

Aujourd'hui quatorze métopes , la plupart fort endommagées , sont encore en place; une métope presque complète, mais mutilée, et quelques fragments ont été retrouvés dans les déblayements exécutés au Parthénon sous la direction de M. Pittakis, et ils sont déposés dans l'enceinte de l'opisthodome. Les autres métopes ne nous sont connues que par les dessins de Garrey. Ces divers bas-reliefs ont été publiés maintes fois en tout ou en partie, et entre autres par Stuard, Legrand, Brôndsted, etc.

Les métopes de Xondres et de Paris , provenant toutes du côté méridional du temple qui était le mieux conservé^ puisque, lorsque Garrey les dessina, il n'y manquait que quelques bras et quelques têtes*, repré-

Métope.

sentent en général des épisodes du combat des Gentaures et des Lapithes aux noces de Pirithoûs et d'Hippodamie^; mais quelques autres sujets

1. « A l'est et à l'ouest, toutes les métope» sont à leur place, frustes plutôt que mutilées, tant îe fanatisme a mis de persévérance à les anéantir. On voit que des échafaudages ont été dressés, que des ouvriers ont travaillé à grands coups de marteau, ici nivelant complètement la dalle de marbre, là satisfaits de rendre méconnaissables les sujets et les personnages qu'on y avait sculptés. Les métopes du nord ont été défigurées de la même manière. Était-ce l'église, était-ce la mosquée qu'on purifiait ainsi en faisant disparaître les images profanes? Peu importe de savoir qui a encouru, des Grecs ou des Turcs, une indignation qui ne remédierait à rien. On ignore même, ce qui serait plus intéressant, quelle cause avait fait épargner les trente-deux métopes du sud. Gomme ce côté du temple est tourné vers le dehors de la forteresse et voisin du mur d'enceinte, on n'y passait jamais. Avait-on calculé que les regards n'auraient pas lieu d'être blessés? »

E. Beulé. Acropole d'Athènes. T. II, p. 112.

2. Aux noces de Pirithoûs, les Centaures s'étant enivrés insultèrent les femmes des Lapithes, habitants de la Thessalie et sujets de Pirithoûs. Thésée, ami de ce prince, à la tête des Athéniens, se réunit aux Lapithes; un grand nombre de Gentaures furent tués et le reste prit la fuite. « Non,

MÉTOPES DU PARTHÉNON

ATHÈNES

se trouvaient dans celles qui ont disparu ou qui sont restées en place. M. Beulé, parmi ces sculptures presque toutes méconnaissables, a cependant cruHlistinguer : à la façade orientale, Minerve combattant un Titan ou repoussant Vulcain, la déesse combattant Encelade, domptant Pégase pour le procurer à Bellérophon, etc., et quelques traits de l'histoire des héros qu'elle inspirait ou protégeait. Hercule, Persée et Thésée; au côté nord, quelques restes d'hommes et de chevaux dans lesquels il est difficile de voir, comme l'ont prétendu quelques voyageurs, le combat des Amazones; enfin, sur la façade occidentale, une série d'engagements entre des guerriers à pied et alternativement entre un piéton et un cavalier, compositions qui lui paraissent inspirées non plus par la fable, mais par l'histoire, et qu'il pense représenter des victoires remportées par les Athéniens sur les Perses*.

Nous ajouterons que rien ne ^nous semble plus admissible que cette supposition. Était-il un sujet qui fut plus à sa place sur une frise qui précédait cet opisthodome, rempli des dépouilles des Perses et des trésors amassés pour les combattre de nouveau , si jamais ils osaient remettre le pied sur le sol de la patrie?

Enfin, au côté méridional du temple, les dessins de Carrey nous

dit Nestor {Iliade. L. I), jamais je n'ai vu, et je ne verrai sans doute jamais des héros tels que Pirithous, Drias, pasteur des peuples, Centre, Exadius, le divin Polypbème, et le fils d'Egée, Thésée, semblable aux immortels. Ils étaient certes les hommes les plus courageux qu'ait nourris la terre; ils combattirent de vaillants ennemis, les Centaures des montagnes, qu'ils exterminèrent dans une lutte terrible. » La tradition que nous fournit Homère sur les commencements de cette lutte diffère un peu de celle généralement adoptée : « Jadis, dit-il {Odyssée. L. XXI), le vin fit perdre la raison au fameux Centaure Eurythion, lorsqu'il était chez les Lapithcs, auprès du magnanime PirithoQs; quand le vin eut troublé ses sens, il devint furieux et commit des crimes épouvantables dans le palais même de Pirithous; mais la colère s'empara bientôt de tous ces héros réunis; ils se jetèrent sur Eurythion, le traînèrent hors du vestibule et \\A coupèrent avec rairain cruel le nez et les oreilles. Le Centaure Eurythion, vivement offensé, s'en alla couvert de honte et après avoir subi le châtiment d'une aberration funeste due à son esprit insensé. Voilà quelle fut l'origine de la guerre qui eut lieu entre les Centaures et les Lapithes. »

Le souvenir d'une victoire, due en grande partie à l'intervention de leur héros et de leurs ancêtres, dut être cher aux Athéniens ; aussi ce combat devint-il un des thèmes favoris des sculpteurs, des peintres et des poètes de l'antiquité; on le trouve reproduit sur un grand nombre de bas-reliefs et de vases peints, et sur l'une des fresques trouvées à Herculanum {Herculanum et Pompéi. II, pi. 18. Didot), et il a été chanté ou décrit par Hésiode. In scut., v. 177 ; par Plutarqle. Vie de Thésée; par DiODORE DE Sicile. L. IV; par Strabon. Rer. geog. L. IX; par Virgile. Georg. L. III, Enéide. L. IV, et Culex, V. 28; par Ovide. Met. L. XII et XIV, et Amores. L. H, Eleg. 12; par Properce. L. II, Eleg. 6; par Stage. Thébaide. L. VI, etc. Suivant JEVien {Hist. diverses], un poCte antérieur à Homère, Mélisandre de Milet, avait décrit aussi le combat des Centaures et des Lapithes.

Page 1