Ibid., n"» 02 à
MINERVE DU PARTHÉNON
au Musée du Louvre, appartenait à la façade orientale. 11 comprend sept figures de jeunes vierges athéniennes sur le point d'entrer dans le temple et de remettre aux Archithéores et aux Nomophy laques^ directeurs de la cérémonie, les instruments des sacrifices qu'ils avaient portés dans leur marche religieuse^.
Nous décrirons plus loin les quatorze fragments plus ou moins complets restés à Athènes et déposés dans l'opisthodome du Parthénon.
Il est facile de se convaincre, par l'examen de la frise qui nous occupe, que la composition formait un tout homogène qui dut être conçu tout d'un jet, et par un seul artiste, et cet artiste ne put être autre que Phidias. Quant à l'exécution, qui, aussi bien que celle des métopes, est d'un mérite fort inégal , elle ne tient plus en rien du style archaïque et doit être attribuée tout entière à l'école de Phidias. Peut-être même le maître a-t-il mis la main à quelques-unes des figures les plus parfaites, de même que Raphaël a retracé de son divin pinceau deux des cinquante-six compositions sacrées dont son génie a enrichi les loges du Vatican. Terminons cet examen par une remarque importante que nous emprunterons encore à l'excellent ouvrage de M. Beulé. « Les prédécesseurs de Phidias avaient décoré les temples de sculptures à haut relief qui n'étaient qu'une imitation de la nature. On dirait des statues en ronde bosse coupées par la moitié et appliquées sur un fond uni. Telles sont les sculptures du temple de Thésée, telles sont celles de la Victoire sans ailes, telles sont les métopes du Parthénon. Phidias fut proprement l'inventeur du bas-relief. 11 sut avec une légère faillie donner aux surfaces et aux plans leur valeur apparente. La science de la perspective et le sentiment personnel l'aidèrent à produire cette illusion 2. »
Minerve. Enfin, il nous reste à mentionner le chef-d'œuvre de Phidias , la fameuse statue de Minerve , placée autrefois dans le sanctuaire, sur le piédestal L, et que malheureusement nous ne connaissons que par la description que nous en ont laissée les auteurs grecs et latins. Cette statue, qui, au dire de Pline, avait 26 coudées (il"%70)
de haut, et, en y comprenant le piédestal, au moins 15 mètres, choque
i. Comte de CSlarac. Description du Musée des antiques du Louvre, n° 82. 2. Beulé. Acropole d'Athènes. T. II, p. 104.
ATHENES
MINERVE DU PARTHÉNON
par sa grandeur toutes nos idées de proportion, puisque la lance de la déesse devait presque atteindre les caissons du plafond; mais on sait que les Égyptiens ne comprirent jamais la puissance séparée de la grandeur matérielle , et les Grecs, à Athènes comme à Olympie, ont prouvé qu'ils n'avaient pas encore renoncé à la tradition apportée par
Cécrops.
La Minerve du Parthénon était d'or et d'ivoire *. et les ornements faits
de la première de ces matières ne pesaient pas moins de 40 talents d'or
(3 millions de francs 2) . Les chairs seules étaient d'ivoire ; les vêtements
d'or de diverses couleurs étaient en outre rehaussés de peintures légères
par Paninus, frère ou cousin de Phidias, qui paraît avoir également
exécuté toutes les décorations peintes des autres ouvrages du grand
sculpteur. Une légère teinte était passée sur l'ivoire lui-même pour
adoucir et rendre harmonieuse sa blancheur qui eût été trop éclatante K
1 Les matières précieuses qui composaient les statues chrysélépbantims {y.(.^„ii, or; i\é^i, ivoire) étaient assemblées par une armature en fer et en bois à laquelle Lucien fait souvent allusion.
.. Les plus magnifiques de ces dieux sont dnvoire, relevé d'un peu d'or qui leur donne de Téclat et de la couleur- mais, à l'intérieur, ils sont do bois, et recèlent de nombreux troupeaux de rats qu. y ont établi leur république. » •"'?''"• t"^"""-
,< Lorsque j'étais roi et que tout le monde enviait mon sort, je me comparais ii vos statues colossales chefs-d'œuvre de Phidias, de Myron et de Praxitèle. Au dehors, c'est Neptune, le trident a la main- c'est Jupiter, tout brillant d'or et d'ivoire, armé de foudres et d'éclairs; mais regarde au dedans • des leviers, des coins, des barres de fer, des clous qui traversent la machine de part en nart des chevilles, de la poix, de la poussière et d'autres choses aussi choquantes à la vue, voilà ce que tu y trouveras, sans parler encore d'une infinité de mouches et de musaraignes qui y établirent leur ré^blique. Telle est ît peu près la royauté. » Le Songe ou le Coq.^
2 « Périclès établit qu'aux ornements d'or de la déesse il y avait 40 talents pesant d'or pur, et que la totalité pouvait se détacher. Cependant il ajoutait que, si ron en faisait usage pour le salut public, il faudrait plus tard le remplacer par un poids égal. » th^oïdide. L. H , c. 13.
« Thucydide dit 40 talents: d'autres auteurs disent 44; d'autres enfin 50. Je m'en rapporte au témoignage de Thucydide. En supposant que, de son temps, la proportion de l'or à l'argent était de 1 à is'comme elle Tétait du temps d'Hérodote, les 40 talents donnerajent 520 talents d'argent, qui, à 5 400 livres le talent, formeraient un total de 2,808,000 livres. Mais comme, au siècle de Périclès, la dra^me valait au moins 19 sous, et le talent 5,700 livres, les 40 talents dont il s'agit valaient au moins°2,964,000 livres. „ Babthélemv. Voy. d'Anach. T. II, note H.
«ne inscription trouvée, en 1857, dans les fouilles de l'Odéon semble se rapporter à la dépense faite pour l'achat de ïov et de l'ivoire de la Minerve de Phidias, dépense qui aurait eu lieu dans l'année où les fonctions de gardien du trésor de la déesse éuient remplies par Cratès, Bis de Naupon, Aa bourg de Lambrée, Kfirr,; NaÛTtovo; ô AaiiitpEvç.
3 Cet usage de peindre les sculptures était général. Praxitèle ne voulait laisser voir aucune de ses statues avant qu'elles eussent été peintes par Nicias. Il est bien entendu que les anciens n'employaient la peinture que sobrement et par teintes légères, et non pas à la manière dis sculpteurs du moyen àgp.
« Minerve, dit Pausanias ^, est debout, avec une tunique qui lui descend jusqu'aux pieds. Sur sa poitrine est une tête de Méduse en ivoire. Elle tient d'une main une Victoire 2, qui a quatre coudées environ de haut, et de l'autre une pique; son bouclier est posé à ses pieds, et près de la pique est un serpent qui représente peut-être Erichthonius. La naissance de Pandore est sculptée sur le piédestal de la statue. »
(( La Minerve d'Athènes, dit à son tour Phne^, a 26 coudées; elle est d'ivoire et d'or. Sur la surface convexe du bouclier de la déesse, Phidias a gravé le combat des Amazones; sur la partie concave, la bataille des dieux et des géants; sur les semelles, celle des Lapithes. et des Centaures; tant avec lui l'art se logeait dans les plus petits espaces. 11 a nommé Naissance de Pandore ce qu'il a gravé sur la base; là sont vingt dieux naissants. La Victoire surtout est admirable. Les connaisseurs admirent aussi le serpent, et sous la lance même le sphinx d'airain. »
Nous lisons dans Maxime de Tyr ^ : « La Minerve de Phidias n'est pas inférieure au type qu'Homère décrit dans ses vers; c'est une belle vierge aux yeux glauques^, à la taille élevée, ceinte de l'égide, casquée, tenant la lance et le bouclier. »
« J'ai vu, ajoute Apulée ®, sur le bouclier de la Minerve qui préside à la citadelle d'Athènes, ce Phidias que la tradition nous présente comme un habile sculpteur; il s'est figuré de telle sorte que, si l'on voulait retrancher son image du bouclier, l'ensemble serait détruit, et l'œuvre entièrement perdue. »
« Enfin, dit Plutarque ^, Phidias s'était représenté sous les traits d'un vieillard chauve qui soulève une pierre des deux mains; il y ajouta un portrait admirable de Périclès combattant une Amazone. Dans cette der-