Monuments de la Grèce, p
ATHÈNES
M. Paccard mettant sans' doute à profit cette remarque, et examinant avec plus de soin les traces signalées par ses prédécesseurs, a reconnu que ce n'étaient pas simplement des cercles destinés à guider les ouvriers, mais bien le résultat du travail de cannelure des colonnes. Nous avons déjà eu occasion de le dire, les Grecs ne cannelaient les colonnes qu'après leur mise en place. Ici, le ciseau de l'ouvrier, en venant frapper le pavé au bas de chaque cannelure, en a reproduit la forme sur la dalle, et c'est ainsi que se sont formées ces circonférences reconnues par Chandler. Cette observation, si simple en apparence, est cependant de la plus grande importance pour la restauration du monument. De ce que les cannelures descendaient jusqu'au sol, et par conséquent de l'absence de base, il est facile de conclure que le premier ordre était dorique^. On reconnaît aussi que la partie inférieure des colonnes, un tiers sans doute, n'offrait que des cannelures plates et que le reste du fût était seul évidé, comme on en trouve maint exemple à Pompéi.Ces mêmes trace sont donné la largeur des entre-colonnements qui est de 2"', 60, et le diamètre du fût égal à l'",03.
A gauche, près de l'abside chrétienne U, on voit debout, mais hors de place, un tronçon de colonne de 0"',60 de hauteur provenant de ce premier ordre intérieur. Des colonnes du second ordre on n'a retrouvé que des débris, qui même ne sont peut-être pas parfaitement authentiques. Il est probable que ce second ordre était également dorique; c'est du moins ce qu'on peut conclure par analogie du fait semblable qui a été constaté par M. Garnier au temple d'Égine^.
A l'extrémité occidentale du sanctuaire et de l'hypœthre en partie découverte , sont les traces du piédestal S, qui portait la fameuse statue chryséléphantine, chef-d'œuvre de Phidias. Au milieu du pavé de marbre, une partie longue de 6'", 50 sur 2"^50 de large, qui devait être masquée par le piédestal, n'est composée que de dalles de tuf, toutes en place,
1. Cette observation ne fait du reste que confirmer le témoignage de Corneiio Magni, qui visita Athènes en 1674 : « Le temple intérieur, dit-il, est divisé en trois nefs; les deux collatérales trèsétroites, celle du milieu très-large. Elles sont séparées par des colonnes dont les architraves et les chapiteaux sont d'ordre dorique. »
CoRNELio Magm. Quanto di piii cunoso ha potuto racorre Corneiio Magni nel primo biennio da esso consumato in viaggi e dimore per la Turchia, Bologne, 1685, et Parme, 1692.
2. Ch. Garnier. Ile d'Égine. Temple de Jupiter Panhellénien. {Revue archéologique. 1854.)
ÉTAT ACTUEL DU PARTHÉNON
mais très-brisées. Au centre est une ouverture de 0'", 78 sur 0'",50. L'humidité étant nécessaire à l'entretien de l'ivoire qui se serait fendu par la sécheresse*, ce trou ne serait-il pas l'embouchure de quelque puisard creusé à cet effet sous la statue ? Des fouilles seules pourraient décider la question.
Autour du dallage de tuf, à une distance de 0'",45, on reconnaît dans le pavé de marbre les traces de scellement de la grille qui protégeait le piédestal. M. Beulé croit que le piédestal de marbre s'étendait jusque-là et que les trous que nous avons signalés n'avaient d'autre destination que celle de recevoir les crampons qui en fixaient le revêtement.
Lorsque le Parthénon fut changé en église, le sol de la partie orientale du 7iaos destinée à devenir le sanctuaire fut exhaussé d'un degré audessus du pavé de la nef. Deux gros murs qui existent encore, et qui se composent de blocs de marbre, formèrent une abside U, en venant buter contre les deux colonnes centrales du pronaos, réunies elles-mêmes par un mur percé d'une fenêtre V.
(( Dans le mur, au-dessous de la croisée, dit Chandler 2, étaient incrustés deux morceaux de la pierre appelée phengites^ sorte de marbre découvert en Cappadoce du temps de Néron , et si transparent qu'il en fit ériger un temple à la Fortuhe , dont l'intérieur se trouvait éclairé lors même que la porte était fermée. Ces fragments étaient percés, et la lumière qui entrait par les trous était d'une couleur tirant sur le rouge ou le jaune. Le portrait en mosaïque de la Panagia^ ou Vierge Marie, peint sur les lambris du sanctuaire, s'était bien conservé, ainsi que deux colonnes de jaspe appartenant à la cloison qui avait séparé cette partie de la nef. 11 restait également dans l'intérieur un dais ^ soutenu par quatre piliers de porphyre avec des chapiteaux d'ordre corinthien en marbre blanc, sous lesquels la sainte table avait été placée; et derrière, au-dessous de la croisée, s'élevait un siège en marbre pour l'archevêque. Enfin, il y avait au milieu de la nef une chaire, également supportée par quatre
1. u Dans l'Acropole des Athéniens, l'ivoire de la statue de Minerve était entretenu, non par de l'huile, mais par de l'eau. L'Acropole, à cause de sa grande élévation, étant très-sèche, la statue faite d'ivoire avait besoin d'eau et d'aspersion d'eau. » Pacsanias. Élid. I, c. 11.