Ganglion lymphatique recevant des vaisseaux lympha
tiques de la mamelle.
APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE ET A LA MÉDECINE OPÉRATOIRE
En raison des (luxions menstruelles, en raison surtout de l’acte important de la lactation, la mamelle est soumise à des affections nombreuses et variées, et particulièrement à des inflammations et à des tumeurs se montrant dans les divers éléments qui la constituent.
Le mamelon peut être plus ou moins saillant. Chez les primipares, il n’est pas encore bien formé en général ; de là des difficultés pour la succion. Comme il est constitué par des rugosités, la peau y est très fine entre les éminences ; de là la facilité avec laquelle des liquides, des poussières, des détritus organiques y séjournent et y produisent des gerçures, des fissures et des ulcérations souvent rebelles et toujours très douloureuses.
Dans son savant Traité sur les maladies du sein el de la région mammaire, M. Velpeau, se basant sur la stratification des couches et des éléments anatomiques, a établi dans les inflammations et les suppurations les classes suivantes : 1° inflammations superficielles ou sous-cutanées, 2° inflammations profondes ou sous-mammaires, 3° inflammations glandulaires ou parenchymateuses. Dans chacune des couches, l’inflammation peut débuter par l’un ou par l’autre des tissus constituants, d’où il résulte autant d’affections avec des caractères spéciaux et différents.
L’inflammation de la couche sous-cutanée n’est pas très-rare, mais elle ne prend pas souvent la forme diffuse. Cependant il est peu de chirurgiens qui n’aient eu l’occasion de voir le phlegmon diffus du sein ; nous en avons observé quelques cas que nous avons combattus avec succès par des incisions larges et nombreuses.
M. Richet a fait la remarque intéressante que dans ces phlegmons l'inflammation n’envahit pas l’aurcole et le mamelon, parce qn’au-dessous d’eux il n’existe pas de tissu cellulaire lâche.
Derrière la mamelle il existe un tissu cellulaire séreux, très prompt à s’enflammer et à suppurer. Dans quelques circonstances nous avons constaté qu’il y avait là une véritable bourse séreuse. Ces inflammations et les suppurations qui les terminent peuvent être primitives ou consécutives. Lorsqu’elles existent, la mamelle est soulevée en masse, projetée en avant et comme séparée de la paroi costale. Les abcès viennent alors se montrer à la périphérie de la région mammaire, et surtout en bas, dans le point le plus délicat, où il est opportun de les ouvrir. Une large ouverture nous a permis d’obtenir la guérison rapide de plusieurs de ces abccs. Dans ces, cas la fluctuation est toujours lente à se manifester et difficile à être perçue; il faut donc la chercher dans la partie la plus déclive.
L’inflammation et la suppuration parenchymateuse a pour siège tantôt le tissu cellulaire interlobaire, tantôt les granulations glandulaires, tantôt enfin les canaux galactophores. Dans ce dernier cas, l’inflammation a reçu le nom de yoil ou de galaclccèle. Lorsque l’inflammation est dans les lobules, elle donne lieu à des abcès multiples qui se répètent à des intervalles plus ou moins éloignés dans les lobules voisins ; de là cette série interminable d’abcès qui atteignent certaines femmes à la suite de leurs couches, et qui ont été si bien décrits et signalés par M. Velpeau.
M. Nélaton a indiqué qu’une des causes les plus fréquentes de ces inflammations lient à une angioleucile des vaisseaux lymphatiques parlant du mamelon. Les vaisseaux lymphatiques qui traversent la mamelle en suivant les canaux galactophores sont les voies suivies par l’inflammation, qui se localise tantôt dans un tissu, tantôt dans un autre.
Il n’est pas rare de voir des inflammations el des suppurations du sein chez les nouveau-nés. Ces abcès ont cela de remarquable qu’ils se ferment promptement dés qu’ils ont été ouverts par le bistouri. Dans plusieurs cas observes par nous à la Maternité, nous avons pu constater une prompte guérison après l’issue du pus.
Il est peu d’organes plus sujets que la mamelle aux tumeurs de toutes sortes. On y voit, en effet, des hypertrophies, des engorgements simples, des kystes de toutes sortes, des tumeurs gommeuses, des tumeurs fibreuses ou libro— plastiques, des cancers, etc. M. Richet, MM. Maisonneuve et Yvarèse ont, chacun de leur côté, observé des tumeurs syphilitiques du sein, analogues à cette tumeur de nom semblable qui occupe le testicule.
Le cancer a pour cette glande une véritable prédilection. Il débute le plus souvent par la base du mamelon, et alors on voit bientôt cet appendice diminuer de longueur et même disparaître, attiré en dedans par une sorte de recoquillement de son tissu cellulaire et des canaux galact'iphores. Dans le cancer du sein, on voit les ganglions axillaires se tuméfier. Il cil est de môme des ganglions lymphatiques intercostaux et de ceux qui accompagnent l’artère mammaire interne. C’est sans doute ce qui explique ces douleurs sous-sternales si intenses dont se plaignent les femmes atteintes d'un cancer de la mamelle.
Dans les cancers avancés de la mamelle les pectoraux sont quelquefois atteints, et le mal peut gagner jusqu’aux muscles intercostaux et aux plèvres. 11 est un moyen excellent indiqué par M. Michon, et que nous avons pu vérifier, de juger ries adhérences profondes du cancer de la mamelle. Toutes les fois que la peau est envahie par le cancer et fait corps avec lui, on peut à coup sûr affirmer que le grand pectoral est aussi envahi et adhérent à la tumeur.
Quand le cancer a retenti sous l’aisselle et a donné naissance à d’énormes masses ganglionnaires cancéreuses, il ne faut point tenter les hasards d’une opération dont le résultat ne peut amener une guérison. Si les ganglions sont peu tuméfiés, l’opération doit être faite, et l’on a même vu quelquefois ces ganglions diminuer et reprendre leur volume normal après l'ablation de la tumeur du sein.
Les opérations que l’on pratique sur la mamelle sont les incisions ou l’extirpation et la cautérisation. Les incisions faites dans le but de donner issue à du pus doivent être pratiquées aussi loin que possible de l’auréole et du mamelon, parce qu’à leur niveau se trouvent les sinus galactophores qu’il faut éviter d’ouvrir afin de ne pas s’exposer à des fistules laiteuses souvent très rebelles.
L’extirpation totale ou partielle de la mamelle est ordinairement une opération assez simple ; mais elle peut quelquefois être suivie d’accidents tels que l’hémorrhagie et l’érysipèle. Il suffit de voir sur notre planche la source des vaisseaux pour se rendre compte de cette hémorrhagie; elle viendra surtout des thoraciques antérieures et longues et des branches de la mammaire interne. Il faut donc pratiquer la ligature de ces vaisseaux avec le plus grand soin. Les veines qui rampent à la surf-ce des tumeurs que l'on extirpe sont quelquefois volumineuses, variqueuses même ; mais quand leur sang s’est échappé, elles s’affaissent rapidement sur elles-mêmes, de sorte que l’hémorrhagie s’arrête spontanément.
Le nombre considérable de vaisseaux lymphatiques situés dans la peau de la mamelle rend bien compte de la facilité avec laquelle on voit se manifester l’érysipcle à la suite de ces opérations. Peut-être que la cautérisation offre moins d’inconvénients sous ce rapport, et c’est là ce qui explique pourquoi MM. Girouard (de Chartres) et M. Maisonneuve ont employé avec succès les (lèches de pâte caustique.
Région stcrnnlc.
EXPLICATION
CÔTÉ DROIT
Plan superficiel.
A. Coupe de la peau limitant la région.
B. Coupe du fascia superficialis.
BC Coupe du muscle pcaucier.