I. Extrémité terminale des fibres transversales superfi
cielles de l’aponévrose plantaire.
APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE ET A LA MÉDECINE OPÉRATOIhE.
Gette planche montre l’aponévrose plantaire vue du côté cutané et en rapport avec le fascia superficialis et la peau de la plante du pied. Elle met surtout en relief la structure de l’aponévrose plantaire en ce qui concerne les fibres qui s’attachent à la face profonde du derme dans toute l’étendue de la région. Nous ferons remarquer les fibres qui sur chaque côté du pied vont à la peau en formant une sorte de lame superficielle trouée et à travers les ouvertures de laquelle on voit les fibres de la même aponévrose plantaire allant s’insérer sur les éminences osseuses qui sont sur les côtés du pieii . Nous aurons donc ici à exposer les applications chirurgicales qui se rapportent à la peau, au fascia superficialis et à l’aponévrose plantaire.
Les lésions physiques qui atteignent ces organes sont assez fréquentes, et on le comprend facilement si l’on réfléchit que la plante du pied supporte tout le poids du corps et se trouve continuellement en rapport avec le sol et les objets vulnérants qui s’y rencontrent. Aussi les plaies de la plante du pied sont plus nombreuses lorsque pendant l’été on se livre au plaisir de la natation. Ces plaies diffèrent, du reste, quant au siège, à la profondeur et à la nature de celles des instruments vulnérant-. Leur siège peut être dans Ions les points de la région. Leurprofondeur peut être ou plus moins grande ; ainsi quelquefois l’épiderme seul est entamé et le derme reste intact, il n’y a pour ainsi dire pas de blessure puisque l’épiderme n’est pas vivant; cela s’explique par l’épaisseur et la consistance considérable de ce tissu qui a protégé la peau d’une manière très-efFicace. Malgré cette protection puissante la peau est quelquefois atteinte, mais il faut savoir qu’alors la tendance à l’écartement des bords de la plaie est peu considérable, ce qui s’explique encore naturellement par l’épaisseur de l’épiderme qui n’est pas rétractile et par les fibres de l’aponévrose plantaire qui forment au-dessous du derme une sorte de suture naturelle qui s’oppose encore très-énergiquement à l’écartement des lèvres de la plaie. L’épaisseur de l’épiderme et de la peau, du fascia superficialis remplide graisse fait que les plaies de la plante du pied atteignent difficilement l’aponévrose plantaire ou la dépassent: de là une protection accordée aux organes profonds qui sont les plus importants pour les fonctions.
Eu égard aux agents vulnérants, ils peuvent être poinlus, aigus, tranchants, contondants, durs ou fragiles. Les clous, les fragments de verre ou de pierre, des tiges d’arbres ou d’arbustes, sont très-souvent des causes de blessures de la plante du pied. Les plaies par arrachement ou par écrasement n’y viennent guère que par la face dorsale. L’absence de vaisseau volumineux dans la couche que nous étudions nous rend compte du peu de sang qui accompagne ces plaies.
Néanmoins il est un accident qui suit quelquefois ces plaies et qu’il faut signaler, c’est l’intlammation et la suppuration.
Ces lésions vitales auront en effet un caractère tout particulier. Si la blessure n’est pas bien soignée, si le malade continue à marcher, il surviendra une inflammation qui gagnera le tissu cellulo-graisseux. Mais ce dernier tissu confiné dans les mailles des fibres de l’aponévrose plantaire ne pourra pas se distendre, se gonfler aisément, de là des phénomènes d’étranglement comme dans les anthrax. De plus, la peau étant recouverte d’un épiderme épais, ne traduira pas au dehors par sa rougeur plus ou moins grande tous les degrés de son inflammation; il en résultera un peu d’incerlitude sur l’opportunité d’une médication. Ajoutons encore que le pus se formera souvent dans le tissu sous-cutané, qu’il perforera assez facilement Te derme, mais qu’il ne pourra pas en faire autant pour l’épiderme épais et corné. Le pus se réunira dès lors en deux foyers communiquant par un trajet court creusé dans le derme, et l’on aura ainsi, comme à la paume de la main, des abcès dits abcès eu boulon de chemise. La peau de la région plantaire est riche en vaisseaux de toutes sortes, elle peut donc être le siège de l’érysipèle, de l’angioleucite, mais ces affections ne se traduisent pas comme ailleurs aux yeux du chirurgien. En effet, la rougeur et la tuméfaction ne peuvent guère s’y montrer à cause des conditions anatomiques que nous avons déjà signalées dans l’épiderme trop épais.
Des lésions organiques spéciales se développent fréquemment dans cette région; nous voulons parler des cors, des oignons, des tumeurs papillaires et du mal dit ulcère perforant du pied. Les deux premières affections se prêtent facilement à une explication. Par la marche, par le frottement incessant des chaussures, l’épiderme se durcit en s’épaissisant ; bientôt le derme s’amincit et constitue même une sorte de membrane séreuse ou synoviale qui facilite les glissements de cette sorte de corps étranger représenté par l’épiderme épaissi. Or, il peut arriver que l’inflammation se manifeste au-
dessous du cor, qu’elle se propage en profondeur ou qu’elle produise un abcès. Cet abcès s’ouvre le plus souvent du côté de la peau, mais au bout d’un temps assez long parce que l’épiderme résiste. Avant de s’ouvrir, l’abcès se dévoile aux yeux du chirurgien par une teinte male ou bien par une couleur jaunâtre et quelquefois rougeâtre, comme lorsque du sang s’est épanché dans le foyer. Quand on voit ces symptômes il faut donner issue au pus, soit en perforant l’épiderme, soit en le ramollissant au moyen de bains alcalins. Si on laisse marcher l’abcès il peut arriver qu’il gagne en profondeur, qu’il traverse l’aponévrose et le tissu sous-cutané, devienne profond et atteigne jusqu’aux os ou aux articulations. Ainsi se produit quelquefois le mal perforant du pied.
Le tissu cutané est très-riche en papilles qui donnent à la plante ^du pied cette sensibilité spéciale si nécessaire pour la marche. Ces papilles s’altèrent quelquefois par inflammation ou par hyperthrophie et constituent des excroissances dont le développement est arrêté par l’épiderme et par la compression incessante qui résulte nécessairement de la marche. Or comme ces papilles ne peuvent faire saillie du côté de l’épiderme, elles sont enfoncées à travers le derme, usent l’aponévrose, atteignent les organes profonds, puis elles suppurent et amènent ainsi un mal perforant du pied. Voilà un second mécanisme de production de cette affection singulière; nous en verrons bientôt deux autres.
L’aponévrose plantaire elle-mêine est sujette à la rétraction comme l’aponévrose palmaire, et cette rétraction peut cire totale ou partielle. On a l’habitude d’inciser les brides rétractées avec un ténotome, soit des parties superficielles vers les parties prfondes, soit d’une manière inverse. Cette opération ne sera guère utile que lorsque l'affection est de date récente.
B. J. BÉRAUD, ANAT. CHIRURG