HTPÉRËMIE ET DILATATION SECONDAIRE DU COEUR
revêtent une physionomie particulière dont voici les principaux traits : au début, accès de palpitations, avec gène marquée de la respiration, survenant à l'occasion d'une fatigue et accompagnés d'étourdissements,'de bourdonnements d'oreilles, de sensation de faiblesse» d'un léger tremblement des membres ; pulsations artérielles fréquentes et faibles, battement du cœur sourds et confus ; plus tard, si le mal n'est pas arrêté, œdème progressif et quelquefois bruit de souffle se faisant entendre particulièrement à l'orifice mitral ; oppression et dyspnée croissantes, mort lente ou même subite. En voici deux exemples :
Ces. CLVIII. Dilatation avec hypertrophie eardlaqne. Mort anhlte. — Th. . . , charretier, âgé de cinquante-cinq ans, né dans les Vosges, est admis à THôtel-Dieu, salle Sainte- Jeanne, n^ 20, le 28 noTembre 186/i. C'est un homme bien constitué, qui n*a jamais eu la moindre attaque de rhumatisme, et qui dit s'être bien porté jusques il y a trois ans, époque à laquelle il fait remonter la maladie dont il est atteint. Depuis trois mois, il est plus sérieusement affecté, et ses jambes ont commencé à enfler il y a environ quinze jours. Il tousse depuis huit jours à la suite d'un refroidissement, et aujourd'hui, date de son entrée à l'hôpital, expectoration abondante et colorée, absence de mouvement fébrile. L'œdème est considérable, il s'étend depuis les pieds jusqu'à la région des reins. Les extrémités sont froides et cyanosées, la respiration est embarrassée, et depuis longtemps le malade ne peut se coucher que sur le côté droit. Le pouls est faible, dépressible ; les battements du cœur sont confus, inégaux ; un bruit de souffle se fait entendre à la pointe. Le 29 et le 30, même état; l'affaiblissement progresse. Le 1*' décembre, il y a un peu de mieux; l'œdème est moins considérable. Le 5, vers sept heures du soir, ce malade était levé, lorsque, se sentant atteint d'un léger malaise, il essaye de monter sur son lit, et tombe mort.
AiUopsie. — Augmentation générale du volume du cœur, dilatation de toutes ses cavités et même des orifices auriculo-vcntriculaircs, substance musculaire jaunâtre, léger état granulé des fibres musculaires. Bronchite et congestion des poumons ; hypérémie secondaire du foie, de l'estomac, de la rate et des reins, intégrité des autres organes.
Dans ce fait, où j'avais diagnostiqué une lésion mitrale, à cause du souffle entendu à la pointe, je fus un peu surpris de l'instantanéité de la mort. L'autopsie vint tout expliquer en montrant l'intégrité de la valvule et la dilatation des cavités du cœur, circonstance favorable, comme on sait, à la production d'une syncope. Ici, comme dans trois autres cas qui me sont personnels, le cœur se distingue nettement par ses caractères anatomiques. Non-seulement ses cavités droites sont dilatées, mais les cavités gauches présentent la même modification, sans qu'il soit possible de dire exactement quelles sont les premières atteintes. Le cœur, augmenté devolume, conserve sa forme et ne revôt pas cette apparence de gibecière, qui est le propre de la dilatation des cavités droites. C'est là, par conséquent, une aîTection différente de cette dernière, tant par son origine que par ses caractères anatomiques et symptomatiques.
Obs. GLIX. DUatatloB avec hypertrophie dem deux cœurs. — D..., âgé de cinqoante-six ans, est depuis nombreuses années porteur d*eau et conséquemment obligé à des efforts souvent considérables. A part la maladie qui Taméne à Thôpital et sur le début de laquelle il ne donne que des renseignements incertains, il se serait toujours bien porté. 11 n'a pas eu de rhumatisme articulaire aigu et ne pense pas que cette affection ait atteint aacun membre de sa famille. It entre àTHôtel-Dieu, salle Sainte-Agnès, n» 22, dans le mois de juillet 1866, pour im œdème étendu qui, des jambes, a peu à peu gagné le tronc. Les reines jugulaires sont dilatées; le pouls est large, faible, irrégulier; cœur volumineux; souffle systolique tout à fait à gauche et dans une faible étendue. La digitale est employée, «mais elle reste sans effet sur rœdème, qui s'accroît tout d'abord et qui cède peu de temps
après sous Tinflaence du vin diurétique. Un peu plus tard, TcBdème reparaît, mais cette fob il persiste malgré remploi de la même préparation. L'oppression s*accrott de plus en plus, les veines se distendent, Tinfiltration œdémateuse est plus considérable que jamais, lorsque ce malade essaye de se faire lever et meurt tout à coup au moment où on le replaçait sur son lit
Autopsie. — Le cœur, hypertrophié et volumineux, présente sur sa surface antérieure et surtout à droite plusieurs plaques blanchâtres, laiteuses ; ses parois sont épaissies, son tissu est ferme et coloré. L'orifice mitral n'est pas tout à fait suffisant; l'une des lames de la valvule correspondante est épaissie, tandis que l'autre est plutôt amincie ; les cordages tendineux sont grêles. L'orifice aortique est peu modifié. L'orifice de l'artère pulmonaire a un décimètre de circonférence, il retient l'eau ; l'orifice tricuspide est élargi, et, malgré l'intégrité de ses valvules, il n'est pas tout à fait suffisant. Les cavités auriculaires et ventriculaires sont notablement dilatées. L'orifice de la veine coronaire est large, il permet l'mtroduction da petit doigt et se trouve incomplètement fermé par la valvule de Thébésius. L'artère pulmonaire est élargie ; l'aorte l'est plus encore, elle mesure 8 centimètres et demi de circonférence au niveau de la région thoracique. Les veines sont dilatées. Les poumons sont œdématiés et les bronches sont remplies d'un liquide visqueux, aéré. La plèvre droite renferme une faible quantité de sérosité. Le foie est le siège d'une hypérémie ancienne ; son lobe droit est volumineux, son tissu ferme présente des marbrures violacées ; la capsule de Glisson est épaissie. L'estomac est large, sa muqueuse est pâle et recouverte d'un mucus épais. La rate est congestionnée comme le foie. Les reins, indurés, présentent quelques kystes à la base des pyramides. La cavité du bassin contient un peu de sérosité. Les ganglions des aines et le corps thyroïde sont volumineux, mais sans altération appréciable.
Il s*agit, dans ce fait, d'un malade exerçant une profession pénible et qui, exempt de tout rhumatisme antérieur, succombe à une affection caractérisée par la dilatation des cavités avec hypertrophie des parois du cœur. AiicuDe cause spéciale ne venant rendre compte de cette altération, il est légitime de se demander si la profession du malade n'a pu, par les efforts auxquels die expose, contribuer au développement du désordre cardiaque. En présence d'un seul fait, nous nous serions certainement abstenu de toute conclusion ; mais quelques autres cas de dilatation cardiaque générale survenue sans cause appréciable chez des individus adonnés à des travaux rudes nous conduisent à penser que cette affection peut bien avoir pour origine les efforts que nécessite une profession pénible.