‹ Atlas d'embryologieChapitre 2 sur 27 · D254 ATLAS · texte numérisé non relu

D254 ATLAS

Sommaire. — Objet de cet atlas; exposé général du contenu des planches. — Mode de disposition des figures représentant les coupes transversales ou longitudinales; lignes de repère et chiffres correspondants. — Mode de représentation de chaque feuillet et de ses dérivés.

Orientation des coupes transversales ; distinction des organes de la moitié gauche et de la moitié droite de l'embryon. — Manière de Lire les figures des planches. — Texte explicatif; répertoire alphabétique.

Technique. — Couveuses. — Extraction et préparation de la cicatricule, du blastoderme et de l'embryon. — Pratique des coupes (méthode de l'inclusion au collodion). — Montage définitif des préparations.

L'étude de l'embryologie est devenue aujourd’hui fondamentale pour toutes les branches des sciences anatomiques. On ne saurait plus aborder une question de morphologie générale, d’histologie, d'anatomie pathologique, sans se préoccuper d'abord de l'évolution embryonnaire de l'organe considéré ; quant à la tératologie, elle n’est devenue réellement scientifique qu’en rattachant les anomalies et monstruosités à des arrêts et accidents du développement normal. D'autre part, les classifications zoologiques n’ont pas de plus sûr criterium que les caractères tirés de l'évolution embryonnaire, en même temps que l'étude de cette évolution est devenue la source la plus sérieuse des arguments en faveur de la doctrine transformiste, à laquelle se rallie aujourd'hui l'immense majorité des biologistes.

Le développement du poulet dans l'œuf a été le point de départ de toutes les recherches d’embryologie. Aujourd’hui encore c'est à lui qu’il faut revenir pour toutes les questions, à cause de la facilité à se procurer les matériaux d'étude, de manière à avoir tous les stades du développement d’un organe, sans qu'il y ait lieu à combler par des hypothèses aucune lacune d'observation. L'embryologie du poulet est donc et restera peut-être toujours la base et l'introduction à toutes les

recherches d'embryologie générale et comparée. Elle devra être connue de l’ana- Atläs d'Embryvlogie. 1

tomiste et du médecin, qui, sans se livrer à des études spéciales d’embryologie, ont besoin de connaître les origines blastodermiques et l'évolution des organes ; elle devra être également familière au zoologiste qui entreprend des recherches spéciales sur le développement de n'importe quel vertébré.

Mais la lecture des rares traités didactiques que nous possédons sur ce sujet est, à juste litre, réputée difficile et laborieuse ; les apparitions et transformations des divers organes se font simultanément, dans une étroite dépendance les unes des autres, et cependant la description n’en peut être faite qu’en divisant le sujet, pour traiter, chapitre par chapitre, de chaque formation particulière. Si les figures qui accompagnent ces descriptions sont la reproduction exacte de préparations, elles ne peuvent jamais être assez nombreuses pour donner une idée suffisante de tous les stades successifs, et si elles sont schématiques, elles ne répondent plus à la nature même des faits, mais à l’idée théorique adoptée par l’auteur.

Plus que toule autre étude anatomique, l'étude de l’embryologie serait donc singulièrement facilitée par un atlas complet, dont les nombreuses figures seraient méthodiquement disposées de manière à présenter les faits absolument comme ils se succèdent et s’enchainent sous les yeux de l'observateur. Me livrant depuis douze ans à des recherches d’embryologie, je me suis trouvé à un moment donné en possession d’une collection complète de préparations sur le développement du poulet, et lorsque quelques-uns de mes élèves ont étudié cette collection, j'ai été frappé de la facilité avec laquelle ils comprenaient les processus les plus compliqués du développement, alors que les descriptions des auteurs ne leur en avaient donné qu'une idée incomplète ou fausse. Il était donc tout indiqué de mettre une semblable collection à la large disposition de tous, en la publiant sous forme de figures réunies en planches. Le point capital était de disposer ces planches d’une manière pratique, c'est-à-dire que la lecture en fût facile et pour ainsi dire courante. Ce point a été l’objet de nombreux essais, de combinaisons diverses, et, enfin, nous croyons avoir trouvé des dispositions qui répondent au but proposé. En expliquant ici ces dipositions nous donnerons en même temps la manière de se servir du présent allas.

D'abord il fallait un format pratique. Un grand atlas est embarrassant sur la table étroite de l'étudiant ou sur la table encombrée du laboratoire ; on hésite parfois à le consulter, on ne le lit pas comme un livre didactique. Or le présent ouvrage est réellement un livre dans lequel on lira la succession des figures comme on lit la succession des idées dans un texte: Et cependant l'étendue du blastoderme, celle de l’ensemble de l'embryon et de ses annexes exigent des figures très étendues, c'est-à-dire de grandes planches. Nous avons satisfait aux deux conditions, format moyen et planches grandes, en pliant ces dernières et les collant sur onglet, et nous avons fait en sorte que jamais le pli de la planche ne vint couper une figure dans ses parlies essentielles.

La première planche est composée de manière à donner au lecteur une vue d'ensemble du sujet, depuis l'œuf dans l'ovaire et l’oviducte, jusqu’au poulet près de l’éclosion, c’est, vu à l'œil nu, et sans autres procédés de préparation que l'écartement des parties, l'indication des objets qui vont être étudiés ensuite par le microscope et à l'aide de coupes.

Les deux planches suivantes sont consacrées à la structure de l'œuf, à sa segmentation, à la formation du blastoderme. Chaque partie est d’abord représentée à un faible grossissement, parfois de grandeur naturelle, puis, par exemple pour le blastoderme, sa constitution. à chaque stade, est étudiée par des figures spéciales, à un fort grossissement, le chiffre de chacune de ces figures reproduisant un chiffre indicateur, placé, sur la vue d'ensemble, dans la région même dont l'analyse histologique est ainsi faite sur la figure en question (voir par exemple pl. I, fig. 37, les chiffres 38 et 42 qui renvoient aux figures 38 et 42). Quand on à une fois lu un pareil groupe de figures se commandant réciproquement, la lecture du reste de la planche devient on ne peut plus facile, sans qu'il y ait lieu de se reporter continuellement au texte explicatif pour voir ce que représente une figure. Le texte n’est ainsi à consuller que lorsqu'il y a lieu de rechercher non la signification d'une figure, mais celle de ses détails et le nom des parties. Ajoutons que ce nom des parties est facile à retrouver, car chacune d'elles est désignée, dans toute la série des planches, toujours par la même lettre, laquelle est autant que possible l'initiale de ce nom.

Les planches IV à X représentent le blastoderme et l'embryon dans leur configuration extérieure : chaque planche débute par la représentation du blastoderme et de l'embryon tels qu'on les aperçoit à l'œil nu aussitôt après l'ouverture de la coquille: les contours de celle-ci sont indiqués, pour rendre compte de la manière dont l'embryon est orienté dans l'œuf. Puis viennent des séries de figures représentant ce blastoderme détaché, par section circulaire, de la surface jaune, recu sur une lame de verre et examiné par transparence au microscope à un faible grossissement, de manière à distinguer l'ensemble des organes : quelques-uns de ces organes ou parties de l'embryon sont repris à un grossissement plus fort Par cette succession de figures, le débutant lui-même suit sans difficullé Ja démonstration; en effet il assiste pour ainsi dire aux manipulations qui permettent de distinguer tel ou tel détail : il sait à chaque moment où il en est de la démonstration, et ne peut se trouver égaré en face d'une préparation dont il ignorerait la provenance et les rapports avec ce qu'on voit à l'œil nu.

Vient alors la série des planches qui forment la partie la plus considérable du présent ouvrage, et qui sont destinées à l'étude de la constitution du blastoderme et de l'embryon, tels qu'ils ont été représentés, quant à leur configuration extérieure, dans les planches précédentes. Celte étude ne peut se faire qu'à l’aide de coupes microscopiques transversales et longitudinales. Ici plus que jamais nous avons voulu que les figures représentant ces coupes pussent être lues sans avoir

incessamment recours au texte explicatif, c’est-à-dire que, du premier coup d'œil, on reconnût à quel embryon appartenait une coupe, à quel niveau et dans quelle direction elle a été faite. A cet effet nous donnons pour chaque planche une ou deux figures destinées à rappeler les contours et la forme extérieure de l'embryon (précédemment représenté avec détails dans les planches précédentes) auquel vont être empruntées les coupes repoduites dans la planche maintenant en question. Sur cette esquisse de l'embryon sont tracées des lignes rouges transversales ou longitudinales, porlant chacune un chiffre également en rouge ; or ces lignes indiquent la direction et le niveau des coupes qui sont représentées dans les figures adjacentes, et le chiffre rouge attaché à chaque ligne n’est autre chose que le numéro d'ordre de la figure, c’est-à-dire de la coupe correspondante. Si nous ajoutons qu'en général les figures représentant des coupes longitudinales sont disposées sur la partie gauche de la planche, et orientées longitudinalement (de haut en bas), tandis que les figures de coupes transversales sont rangées sur la parlie droite et transversalement (de gauche à droite), et qu'elles se succèdent régulièrement, dans leur ordre naturel, sans interposition, on comprendra que ces dispositions répondent aussi complètement que possible à ce que nous avions en vue. Il suffira de s'être une fois exercé à lire une de ces planches (la planche XIIT ou XIV par exemple, prises comme types) pour qu'aussitôt la lecture des autres planches devienne d’une extrême facilité (1).

Mais il ne nous suffisait pas de réaliser ainsi la lecture simple et pratique des figures d’une planche dans leur succession et leurs rapports avec la configuration extérieure de l'embryon. Il fallait qu’ensuite les détails de chaque figure fussent lus et interprétés avec une égale facilité. Ces détails sont en somme de deux ordres: ils se rapportent d'abord aux épaississements, courbures, inflexions, goutlières que présente le blastoderme; à ce point de vue la comparaison de la coupe avec la région correspondante de l’embryon, région qu’on retrouve aussitôt par la présence de la ligne rouge de renvoi, permet tout de suite de constater que tel épaississement, telle courbure du blastoderme, correspondent à tel ou tel détail de la configuration du blastoderme ou de l'embryon. En second lieu, les détails de chaque figure se rapportent à la part que prend chaque feuillet du blastoderme à la constitution des parties. Or.le mésoderme s'associe si intimement, par ses lames fibro-cutanée et fibro-intestinale, à chaque formation du feuillet externe et du feuillet interne, qu'il fallait, pour faire saisir du premier coup d'œil ce qui revient à chaque feuillet, employer des couleurs différentes pour la représentation de chacun d'eux. C'est ce qu’on ne manque pas de faire dans les grandes figures murales destinées aux démonstrations d’un cours d'embryologie. C’est ce que nous avons fait également ici, mais avec parcimonie. Il a suffi que le mésoderme, et tout ce qui est de provenance mésodermique, fût figuré en rouge; ce feuillet, s’interposant

(4) Nous avions inauguré ce mode de disposition de figures en embryologie dans les planches de notre mémoire sur La ligne primitive (Annales des sciences naturelles, A8T8).

INTRODUCTION. 0) partout entre les deux autres, ces derniers pouvaient dès lors être tous deux en noir, sans que la confusion fàt possible entre eux. Cependant, pour plus de netteté encore, nous avons adopté pour le feuillet externe ou ectoderme un dessin plus foncé, c'est-à-dire que ses couches sont ombrées d’un fond granuleux, tandis que le feuillet interne ou entoderme est d’un ton clair, les contours des cellules étant “seuls tracés, sans fond granuleux. Du reste, ce mode de représentation se trouve bien correspondre à l'aspect naturel des éléments ectodermiques et entodermiques. Enfin, comme les vaisseaux, qui forment un véritable feuillet vasculaire, viennent encore compliquer ces superpositions de lames blastodermiques, nous avons représenté ces vaisseaux en un noir foncé, qui contraste bien avec l'aspect clair de l’entoderme ; or c’est précisément avec l'entoderme seul que les vaisseaux sont

en contact pendant les premières phases du développement ; il importait donc que la distinction des deux ordres d'éléments fût facile au premier coup d'œil.

Ce tirage en rouge du feuillet moyen, et ces teintes plus ou moins foncées données aux autres feuillets, sont tout ce qu'il y a de schématique dans nos figures. Il est à peine besoin, en effet, de dire que celles-ci ont été très soigneusement dessinées à la chambre claire, qu'elles sont la reproduction exacte de nos préparations et qu'ainsi elles ne sont absolument pas schématiques, dans aucun détail. Quant à la clarté qui résulte du tirage en rouge du feuillet moyen, le lecteur s’en convaincra facilement en considérant par exemple la planche XXI et notamment les figures 338 et 339, qui seront un type montrant combien serait facile la confusion des divers feuillets si tous avaient été représentés de même couleur et de même teinte.

A une certaine époque du développement les origines blastodermiques sont

bien définies, achevées et closes; chaque organe, composé de ce qu’il a emprunté à chaque feuillet, continue pour son compte son évolution; dès lors il devenait superflu d’insister sur ces origines blastodermiques suffisamment précisées antérieurement. C'est pourquoi les planches XXX à XXXVII ne sont plus faites à l'aide de tirage en couleur.

Il nous faut dire encore un mot de la manière selon laquelle ont été et devaient être orientées les figures représentant des coupes transversales. Soit un embryon (fig. 1 en A) vu par la face supérieure ou dorsale, sur lequel va être faite une coupe selon la ligne æx, c’est-à-dire au niveau des fossettes auditives et de la partie supérieure du cœur. En B on voit, en raccourci, la surface de la section : en faisant une coupe paralièlement à cette surface de section, nous obtenons une mince

tranche qui pourra être couchée à plat soit dans la position représentée en C, soit en celle de D. Ici il n’y a pas d’hésitation à avoir, c'est la position de C que nous choisirons, c’est-à-dire que nous dirigerons en haut la région dorsale, l’ectoderme, et en bas la région ventrale, l'entoderme ; alors la coupe concordera comme position avec le dessin sur lequel est tracée la ligne de repère xx, dessin qui représente l'embryon vu de dos, c’est-à-dire la face dorsale en haut.

Mais s’il s’agit plus spécialement d'étudier le cœur ou tout autre organe mieux visible par la face ventrale, nous représenterons, vu par la face ventrale, l'embryon sur lequel doit être tracée la ligne de repère xx (en E, fig. 2); dans ce cas la surface de seclion se montrera {elle qu'on l'aperçoit en F (fig. 2), et la coupe obtenue pourra êlre couchée soit dans la position présentée en G, soit en celle figurée en H. D'après le principe qui nous a guidé précédemment, c'est la position G que nous devrions choisir ; mais alors la figure ainsi obtenue serait difficilement comparable

INTRODUCTION. î

avec les autres figures, et l'expérience nous a montré qu'on se trouvait comme désorienté en présence de coupes dont les unes avaient la région dorsale en bas (G) et les autres la région dorsale en haut (C); il faut que toujours la partie dorsale de la coupe regarde le haut de la planche. Nous choisirons donc, dans le cas actuel, la position H. Mais alors il faut remarquer que l’anse cardiaque est dirigée vers le côté gauche de la planche el non vers le côté droit (comme en €, fig. 1). Cette fois l’inversion ne présente pas d’inconvénient pour la comparaison des figures, comme on pourra s’en convaincre par l'inspection de la planche XVIH; en faisant la lecture des figures de cette planche, on comprendra de suile que si, dans quelques-unes, le cœur est à gauche, el non à droite (sa position réelle), c’est que les lignes de repère des figures en question sont fracées sur un embryon vu par la face ventrale, et sur lequel, par suite, l’anse cardiaque fait saillie vers la gauche (de la planche) et non vers la droite.

Un dernier cas se présente :

c’est lorsque l'embryon, à partir du troisième jour, commence à se courber sur le côlé gauche, présentant en haut son côté droit. Dans les figures qui portent les lignes de repère des’ coupes l'embryon est toujours représenté vu par la face latérale droite ou supérieure. Soit en A (fig. 3) un tel embryon, et en æx, une ligne repère de section ; en B on voit l'aspect de la surface d’une section faite selon cette ligne : une coupe détachée de cette surface pourra être couchée selon la position C ou la position D, Nous n'hésiterons pas entre ces deux dispositions et choisirons celle figurée en C, parce qu’elle représente dirigées vers le haut les parties qui sont en effet dirigées en haut sur l'embryon couché sur son côté gauche : c’est pourquoi dans la figure C (comme par exemple dans toutes les figures des planches XXXVIT et XXXVIID), le foie, qui est à droite, se trouve dans la partie supérieure de la figure, tandis que l'estomac (E), qui est à gauche, se trouve dans la partie inférieure. Cette disposition devait absolument être adoptée, puisque seule elle permet une comparaison facile avec la figure repère, dans laquelle nous avons parfois retracé le contour des viscères (pl. XXXVIT et XXXVIIL par exemple), et qu'il fallait absolument qu'il y ait concordance entre les deux ordres de figures. Et cependant le choix de la position C pourrait désorienter au premier abord le lecteur, qui a l'habitude de voir, dans les ouvrages d'anatomie, les organes orientés tels qu'ils le seraient si nous avions choisi la position D (fig. 3); mais une fois prévenu de ce fait, que nous représentons en bas

le côté gauche et en hant le côté droit, pour concorder avec la vraie posilion de l'embryon sur l'œuf, le lecteur ne sera plus exposé à une confusion à cet égard et reconnaîtra parfaitement, dans les organes non symétriques, ceux qui sont à droite, c’est-à-dire en haut, et ceux qui sont à gauche, c’est-à-dire en bas.

Pour les deux dernières planches, il n’y à pas lieu de donner ici des explications spéciales ; la lecture en est simple et facile, soit pour les figures qui représentent le développement morphologique des viscères (pl. XXXIX), soit pour celles qui donnent le schéma des annexes de l'embryon (pl. XL) et dans lesquelles a été soigneusement représentée la formation du sac placentoïde, que j'ai découvert en 1884 (1).

Tout ce qui précède montre assez que nous avons voulu faire un atlas dont les planches pussent être lues comme on lit un texte imprimé. Au lieu de lire des idées et des théories on lit ici la succession des faits, leurs rapports et leur enchaînement. Certes, les théories sont précieuses et séduisantes, en embryologie plus encore que dans toute autre branche des sciences biologiques et, pour ma part, je ne me suis pas privé de développer ces théories, soit dans d’autres publications, soit dans mon enseignement à l'école d'anthropologie (cours d’anthropogénie ou embryologie comparée des vertébrés) ; mais ce n’était pas ici le cas. Aussi cet atlas ne comportait-il pas de texte à proprement parler, mais seulement une explication des planches, figure par figure, et un répertoire alphabétique.

L'Explication des planches débute par la liste alphabétique des lettres de renvot, lettres avec lesquelles le lecteur sera bien vite familiarisé, puisque le même organe est toujours désigné par la même initiale. Puis vient, pour chaque planche, une explication aussi brève que possible de chaque figure. Cette explication a surtout pour but de signaler toute nouvelle formation au moment de son apparition; c’est alors seulement qu'il est donné quelques détails sur cette formation, et, pour les figures ultérieures où on la retrouve, il est renvoyé aux explications données une première fois pour toutes.

Enfin, nous avons joint à ce Lexle un répertoire alphabétique, dont voici le but : le lecteur qui voudra consulter latlas en vue d'y suivre la formation d'un organe particulier, du cœur par exemple, n'aura qu'à chercher le mot Cœur dans ce répertoire, et il y trouvera indiqué sur quelle figure on assiste à la première apparition du tube cardiaque, puis à sa torsion, etc.; sur quelles figures on voit sa constitution histologique, la part que prend le mésoderme à sa formation, etc. En indiquant ces figures nous renvoyons souvent à l'explication de l'une d'elles en particulier. Cela veut dire que c’est dans cette partie du texte qu'on trouvera les détails géné-

(4) Sur un organe placentoïde chez le poulet (Comptes rendus de l'Académie des sciences, À8 février 1884). — Pour l'histologie de célte formation nous renvoyons au mémoire complet sur ce sujet : Études histologiques et morphologiques sur les annexes des embryons d'oiseaux, avec quatre planches (Journ. de l'anat. et de la physiol: de Ch: Robin et G; Pouchet, n° de mai 1884). À

raux donnés une fois pour toutes, relativement à l'organe en question, comme il vient d’être dit ci-dessus.

Cet atlas étant un ouvrage pratique, c'est-à-dire de laboratoire aussi bien que de cabinet, nous devons terminer cette introduction par quelques indications techniques sur les procédés de travail que nous avons employés, c’est-à-dire sur les couveuses, sur le maniement des œufs pour l'extraction du blastoderme ou de l'embryon, et enfin sur la pratique des coupes et leur montage en préparations.

Couveuses. — Au début de nos recherches, ne disposant pas d’un laboratoire, c'est-à-dire de gaz et d'étuves perfectionnées, nous avons pratiqué l’incubation artificielle avec une simple couveuse à eau chaude, sans feu. Ces appareils, dont il existe dans le commerce divers modèles (couveuses Deschamps, couveuses Frémond, couveuses Roullier-Arnould), se composent essentiellement d’une caisse cubique en bois, à doubles parois pour éviter la déperdition de chaleur. Cette caisse est divisée en deux étages, dont l’un est occupé par un tiroir où on place les œufs, l’autre par un réservoir où on verse de l’eau chaude. Nous passons sous silence les divers détails de construction et les dispositions de robinets qui varient avec chaque constructeur (1). Le principe en est toujours le même : maintenir dans le tiroir à œufs une température à peu près constante de 40 degrés, en réchauffant matin et soir (ou parfois en été seulement une fois par jour) l'eau du réservoir, A cet effet on commence à mettre l'appareil en train en remplissant le réservoir de trois quarts d’eau bouillante, et un quart d’eau froide, ce qui donne une température d'environ 40 degrés dans le tiroir; pour entretenir cette température, il suffit de retirer malin et soir une certaine quantité d’eau du réservoir, de la porter à l'ébullition et de la reverser dans l'appareil : avec quelques essais on détermine la quanlité d'eau à retirer et réchauffer, et du reste chaque constructeur donne à ce sujet des indications précises dans la notice jointe à l'appareil. Pendant deux ans, nous avons incubé avec un appareil de ce genre, et il nous à donné les résultats les plus satisfaisants.

Dans les mêmes conditions de non installation du gaz, on peut faire usage de la couveuse Carbonnier (le pisciculteur bien connu du quai du Louvre), laquelle ne diffère des précédentes qu’en ce que la température de l’eau du réservoir est maintenue par une petite veilleuse, dont on règle la flamme en faisant varier la hauteur et l'épaisseur de la mèche.

Mais du moment qu'on dispose du gaz, comme dans un laboratoire, on doit faire usage d’une étuve à température constante, et qui, une fois réglée, ne demande

(1) Couveuse-éleveuse Deschamps, sans feu, T1, rue Fondary (Paris, Grenelle). — Appareils perfectionnés, systèmes Frémond, 5, avenue Rapp, Paris. — L’incubation artificielle, par Voitellier (Mantes, chez Beaumont frères, 1880). — Guide pratique illustré pour l'éclosion et l'élevage artificiel des oiseauæ, par Roullier et Arnoult (Paris, 4878, 7, rue des Canettes), — Les hydro-incubateurs à Gambais, par Roullier et Arnoult (Bullet. de la Société d'acclimatation, décembre 1875). — La culture intensive de l'œuf, visite à Gambais, par E. Gayot (Paris, 4878, Firmin Didot).

plus aucun soin. À cel égard la couveuse de d'Arsonval (à Paris, chez Wiesnegg. 64, rue Gay-Lussac) nous à paru la plus simple et la plus pratique à tous égards : nous la décrirons seule.

Cette étuve (fig. 4), dite à régulateur direct, se compose de deux vases cylindroconiques concentriques limitant deux cavités : l’une centrale, qui est l'enceinte qu'on veut maintenir constante, l’autre annulaire, que l’on remplit par la douille et qui constitue le matelas liquide soumis à l’action du foyer. Ce matelas d’eau distribue régulièrement la chaleur autour de l'enceinte et l'empêche de subir de brusques variations de température; il mérite donc bien le nom de volant de chaleur que lui a donné M. Schlæsing.

M. d'Arsonval a eu l’idée d'utiliser les variations du volume de cette masse énorme de liquide pour régler le passage du gaz allant au brûleur. C’est là ce qui constitue l'originalité de ses appareils en même temps que leur exquise sensibilité.

Pour cela, la paroi externe de l’étuve porte (en 2, 5, 7, fig. 4) une tubulure latérale qui, communiquant avec l’espace annu-

laire, se trouve fermée, à l'extérieur, par une membrane verticale de caoutchouc (2) : celte membrane constitue, une fois la douille du haut bouchée, la seule portion de paroi qui puisse traduire à l'extérieur les variations de volume du matelas d’eau en les totalisant.

Or, le gaz qui doit aller au brüleur est amené —— —— par un tube (4, fig. 4) qui débouche norma- Fig. 4 lement au centre de cette membrane et à une faible distance de sa surface externe dans l'intérieur d'une boîte métallique, d’où il ressort par un autre orifice (5) qui le conduit au brûleur. Tube et membrane constituent de la sorte un robinet très sensible dont le degré d'ouverture est sous la dépendance des variations de volume du matelas d’eau, et qui ne laisse aller au brûleur que la quantité de gaz strictement nécessaire pour compenser les causes de refroidissement. Dans celte combinaison le combustible chauffe directement le régulateur qui, à son lour, réagit directement sur le combustible; ainsi se trouve justifiée l’épithète

appliquée à ces régulateurs qui, de la sorte, ne peuvent être paresseux à régler. Pour mettre l'appareil en train el le régler les opérations sont les suivantes : 1° Après avoir ouvert la douille du haut (3) qui communique avec l’espace annulaire (1), on remplit cet espace d’eau récemment bouillie en dehors de l’étuve et,

par conséquent, privée d'air. Ce remplissage est fait une fois pour toutes.

2° Sans fermer la douille, on plonge un thermomètre dans l’eau, et, après avoir ajusté les tubes de caoutchouc, on allume le brüleur (6); la température s'élève peu à peu.

3° Lorsque l'appareil est à la température désirée, on retire le thermomètre el l'on replace sur la douille le bouchon avec le tube de verre (3) qui le surmonte.

L'appareil se trouve définitivement réglé pour cette température, et voici par quel Mécanisme : le tube (4) qui amène le gaz porte un petit disque mobile qui, s’appliquant sur la membrane de caoutchouc sus-indiqué (2), tend sans cesse à l’éloigner de l’orifice d'arrivée du gaz, grâce à l’élasticité d’un petit ressort à boudin. Tant que la douille du haut est ouverte, l'eau provenant de la dilatation s'écoule au dehors, et, le gaz continuant d’affluer au brüleur par la tubulure (5), la température s'élève d’une façon continue ; mais, lorsque l’on met le bouchon surmonté du tube, l’eau provenant de la dilatation, au lieu de se perdre, monte dans le tube de verre, et celte colonne d’eau exerce sur la membrane une pression de plus en plus forte, qui, surmontant graduellement l'étasticité du boudin, rapproche de plus en plus la membrane de l'orifice d'arrivée du gaz dont le passage se trouve ainsi réglé.

On place les œufs dans l'enceinte centrale, dans laquelle il est bon de faire plonger un thermomètre, afin de s'assurer chaque jour que l'appareil fonctionne bien. Quant à la disposition des œufs, elle se fait dans de petites corbeilles ou paniers qu'on peut superposer, de manière à en faire tenir plus ou moins dans l'enceinte à température constante.

Les auteurs qui se sont occupés de l’incubation arlificielle au point de vue de l'élevage donnent avec raison diverses indications sur la nécessité de retourner de temps en temps les œufs el de maintenir une certaine humidité dans l'enceinte incubatrice. Pour les recherches d'embryologie, où l'on utilise les œufs principalement dans la première semaine de l’incubation, ces divers soins sont inutiles, et si leur absence produit parfois des embryons monstrueux, comme l’a montré Dareste, ces accidents ne sont pas un inconvénient, mais bien plutot une bonne

fortune pour l'observateur.

Extraction et préparation de la cicatricule, du blastoderme de l'embryon. — Les procédés d'extraction et de préparation des pièces destinées à être ensuite débitées en coupes diffèrent selon qu'il s’agit de la cicatricule de l'œuf et du blastoderme avant l'apparition de la ligne primitive, ou bien du blastoderme avec ligne primitive et embryon bien dessiné, ou bien enfin de l'embryon développé et enveloppé de ses annexes.

1° Cicatricule et blastoderme avant l'apparition de la ligne primitive. — Nous nous sommes toujours attaché à bien orienter les coupes, c’est-à-dire à bien préciser si elles sont faites transversalement ou longitudinalement, orientalion très importante même pour la cicatricule, car, dès l’époque de la segmentation avancée, les processus de formation ne sont pas les mêmes dans la future région antérieure de

l'embryon et dans la future région postérieure (1). Cette orientation est facile sur un blastoderme où la ligne primitive est visible, surtout quand on peut enlever ce blastoderme (en excisant sous l’eau la partie correspondante du jaune, voir ci-après) et l’examiner par transparence. Mais sur l'œuf non incubé et dans les quinze premières heures environ de l’incubation, on ne peut avec succès essayer d'isoler la cicatricule du jaune, et l'examen de cette cicatricule en place, par la lumière réfléchie, ne présente pas, au premier abord, des traits caractéristiques qui permettent de lui distinguer une région antérieure et une région postérieure. Nous avons tourné la difficulté grâce à la connaissance de l'orientation future de l’embryon sur le jaune, par rapport au gros et au petit bout de l'œuf. Ainsi qu’il résulte des observations de Balfour, de Külliker, et de celles que nous avons faites en très grand nombre, l'embryon, alors que son extrémité céphalique est bien reconnaissable, se trouve couché sur le jaune perpendiculairement au grand axe de l'œuf, et de telle manière que le gros bout de l’œuf est à sa gauche et le petit bout à sa droite: l'orientation est la même lorsque l'embryon n’est encore représenté que par la ligne primitive. Il est donc certain que cette orientation est chose tout à fait originelle, et que, par exemple, dans un œuf non incubé, la cicatricule, homogène en apparence, tourne, lorsqu'on tient l'œuf devant soi, avec la grosse extrémité à gauche, et la petite à droite, tourne vers l'observateur la future région postérieure et à l'opposé la future région antérieure.

Connaissant ainsi la signification (antérieure ou postérieure) des parties d'une cicatricule mise à nu en ouvrant l’œuf avec soin sur l'étendue de 1 ou 2 centimètres carrés de la région moyenne de la coquille, il faut durcir, en conservant celte orientation, la cicatricule qui se présente précisément au centre de l'ouverture (l'ouverture étant dirigée en haut, on sait que les densités relatives des diverses parties du jaune sont telles que la cicatricule se présente nécessairement aussi en : haut), Plonger l'œuf en entier, avec albumine et coquille, dans les liquides dureissants n'est pas pratique, car alors il faut souvent renouveler le liquide et cette manœuvre amène {oujours des déplacements par rotation latérale de la sphère vitelline. D'autre part, en dégageant la sphère vitelline et la plongeant seule dans le liquide durcissant, on se met dans l'impossibilité de reconnaître ultérieurement non seulement l'orientation, mais même la place de la cicatricule. Il faut donc marquer sur la sphère vitelline des signes reconnaissables après durcissement et qui permettent de distinguer les régions reconnues comme future partie antérieure ét future partie postérieure,

A cel effet on construit, avec une petite bande de papier large de 5 millimètres et longue de 50 millimètres, une sorte de cuvette triangulaire sans fond, c’est-à= dire en se bornant à plier cette bandelette de sorte qu’elle figure les bords d’une cuvette triangulaire (fig. 5). Alors, l'œuf étant ouvert, on enlève avec une pipette

(4) Voir à cet égard notre mémoire De la formation du blastoderme dans l'œuf d'oiseau (Annales des Sciences naturelles, 488%, &, XVIII, n° 1, 2 ef 3, avec 5 planches et 66 figures dans le texte):

INTRODUCTION. 13 la mince couche d’'albumine qui recouvre à cette époque la région de la cicatrieule, el sur la surface ainsi dégagée on applique le triangle de papier en l’orientant de façon que sa base réponde à la future région antérieure el son sommet à la future région postérieure du blastoderme. On appuie un peu avec une pince sur ce triangle pour le maintenir en place, pendant qu'on remplit la cuvetle ainsi formée (dont le fond est alors constitué par la région de la surface vitelline renfermant la cicatricule) avec une solution d'acide osmique à 1 p. 100, et on continue à le maintenir pendant les quelques minutes nécessaires à l’action du réactif. Quand le fond de la petite cuvette commence à noircir, on dépose la pièce entière (œuf avec reste de coquille) dans un large cristallisoir plein de solution chromique à 3 p. 1000 ; le CETTE) papier se détache; on isole de son albu- / mine et de sa coquille la sphère vitelline, qui, à l’aide d’un verre de montre (rès creux, peut être transportée dans une nouvelle solution chromique où s'achève le durcissement. Mais, grâce aux opéra- pig. ; Fi lions précédentes, cette sphère vitelline es{ marquée d’une surface triangulaire noire (fig. 6), et nous savons non seulement que la cicatricule est au milieu de ce triangle, mais encore que sa future région antérieure correspond à la base, et sa future région postérieure au sommet de ce triangle. On pourra donc, après durcissement suffisant dans la solution chromique, découper sur la sphère vitelline un fragment contenant ce triangle, en achever le durcissement dans l'alcool, puis pratiquer des coupes qu’on saura orienter lransversalement ou longitudinalement, en même temps que pour ces dernières on saura où est la région antérieure, où la région postérieure.

Si, dans le but d’avoir une pièce où la coloration des noyaux soit plus facile, on veut dureir uniquement par l'alcool, on fait encore usage du petit triangle de päpier, et, sur l'œuf ouvert, on l’applique comme précédemment, mais sans avoir fait aucune tentative pour enlever de l’albumine ; avec une pipette on arrose d'alcool absolu la cavité de la cuvette; l'albumine s’y coagule rapidement et bientôt ne forme plus, avec le triangle de papier, qu'une seule masse compacte adhérant fortement à la sphère vitelline. On peut alors plonger le tout dans l'alcool absolu, où, par économie, faire couler la plus grande partie de l’albumine restée liquide sur les parties latérales du jaune, et se servir de la coquille comme récipient de l'alcool destiné à durcir la surface du jaune. Toujours est-il qu'au bout de quelques heures les couches périphériques du jaune sont assez durcies pour former une coque résistante dans laquelle on découpe et extrait la partie correspondant à la masse triangulaire formée par la cuvette de papier et son albumine. Si le papier se détache pendant cette opération, la présence de la masse triangulaire d'albumine constitue une marque suffisante pour permettre l'orientation des coupes; s'il ne

se détache pas, on le laisse en place crainte d'accident de brisure de la pièce par des manœuvres de traction; la pièce n’en est que mieux marquée comme orientation, et ce fragment de papier se coupera facilement au rasoir quand on débitera ultérieurement la coupe.

2 Blastoderme avec ligne primitive ou embryon. — ci il n'y a plus à faire de marques pour établir l'orientation, la ligne primitive ou l'embryon étant bien visible sur le blastoderme examiné par transparence. Il s’agit donc seulement d’extraire ce blastoderme et de le préparer pour l'étude à la lumière transmise. Nous avons employé plusieurs procédés.

L'œuf étant ouvert à sa partie supérieure sur l'étendue circulaire d’une pièce de 2 francs au plus, on peut le placer dans un cristallisoir plem d’eau tiède et renfermant en solution 1 p. 200 de chlorure de sodium ou de sulfate de soude. Avec de fins ciseaux pointus, dont on plonge l'une des pointes dans la périphérie du blastoderme (en dehors de l'air opaque), on découpe circulairement ce blastoderme, qu'on fait alors glisser, en le tirant légèrement avec une pince fine, dans l'eau du cristallisoir. Pendant qu'il flotte dans cetle eau, la membrane vitelline se sépare du blastoderme, et il est facile de s’en débarrasser complètement à l’aide de quelques petites manœuvres avec deux pinces. Le blastoderme est alors recueilli sur une lame porte-objet. Ce mode de préparation a l'avantage de permettre d'observer l'embryon vivant, c'est-à-dire qu'on voit battre le cœur en portant la préparation sous le microscope, et, en la maintenant à une température de 38 à 10 degrés (en l’arrosant de temps en temps avec la solution chaude de sulfate de soude), on peut prolonger pendant des heures l'observation des battements cardiaques; on est maître de les ralentir ou de les accélérer selon qu'on produit un réchauffement trop fort ou trop faible. Quand on à fini ces observations, on arrose le blastoderme d'alcool à 36°, puis d'alcool absolu; ou bien on le traite d'abord par le liquide de Kleinenberg (solution picro-sulfurique, voir les traités de technique histologique), puis successivement par l'alcool à 36° et l'alcool absolu. On achève en tout cas le durcissement par un séjour de plusieurs heures dans l'alcool absolu, en un verre de montre. La pièce est ensuite colorée en masse, soit par le pierocarmin, soil par le carmin aluné de Grenacher, puis montée dans de la glycérine, entre lame et lamelle, en préparation provisoire. Par préparation provisoire nous voulons dire lutée seulement à la paraffine, de sorte qu'il soit ultérieurement facile de défaire la préparation, pour reprendre le blastoderme et en faire des coupes. comme il sera dit plus loin.

Mais quand on ne veut pas observer les mouvements du cœur, il est plus avanlageux de traiter le blastoderme par les réactifs fixateurs (acide osmique ou alcool absolu) avant de l’extraire de l’œuf. A cet effet, la coquille élant ouverte comme précédemment, on arrose, à l’aide d’une pipette, le blastoderme avec une solution osmique à 1 p. 100. Dès que la surface arrosée commence à s’assombrir, on place l'œuf dans un cristallisoir plein d’eau, el avec des ciseaux on découpe cireulaire-

ment le blastoderme : en le faisant alors glisser de dessus le jaune il arrive presque toujours que la membrane vitelline se sépare complètement, et en tout cas elle s’isole quand le disque blastodermique flotte dans l’eau. Recueilli sur une lame porte-objet, ce disque blastodermique est arrosé d’alcool absolu; puis, comme précédemment, on en achève le durcissement par un séjour dans l'alcool absolu, on le colore en masse et le monte en préparation provisoire. — Pour fixer par l'alcool absolu, sans usage préalable de l'acide osmique, on arrose, après ouverture de la coquille, le blastoderme avec de l'alcool absolu, opération qu’on renouvelle à plusieurs reprises; puis, quand tout le blastoderme est devenu d’un blanc éclatant, on en opère l'isolement dans l’eau, et procède pour le reste comme ci-dessus. Il arrive, par cet emploi unique de Falcool, que la membrane vitelline adhère fortement au blastoderme et n’en saurait être séparée sans accident. — Enfin on peut encore varier les procédés, en fixant le blastoderme en place par le liquide de Kleinenberg, le sectionnant dans un cristalisoir plein de ce liquide, puis le traitant successivement par l'alcool à 36° et l'alcool absolu.

Par tous ces procédés, et nous donnons la préférence soit à l'emploi de l’acide osmique puis de l'alcool, soit à celui du liquide de Kleinenberg puis de l'alcool, nous avons, pour nos études, fait une collection très considérable de blastodermes recueillis à toutes les heures de l’incubation, depuis le début du premier jour jusque vers la fin du cinquième jour. Cette collection de préparations provisoires devait nous servir à étudier et dessiner l'embryon sous ses formes extérieures et à le débiter en coupes pour examiner sa constitution intime.

Toutes ces préparations portaient une étiquette indiquant le nombre d'heures d'incubation, c'est-à-dire l’âge de l'embryon. Mais c'est un fait bien connu que, surtout pendant les premiers jours de l’incubation, deux œufs examinés après un séjour exactement égal dans la couveuse peuvent présenter des degrés de développement très différents. Aussi, quand on étudie des phénomènes de formation qui se succèdent à court intervalle, comme l'apparition de la gouttière médullaire, il serait illusoire de croire que deux blastodermes vont être arrivés exactement au même degré d'évolution parce que tous deux ont été retirés après un séjour égal à la température de 39 degrés. Pour établir l'identité de développement de deux embryons, il faut constater directement (de visu) cet état identique. C’est pour cela que nous faisions cette très nombreuse collection de préparations provisoires. En passant en revue cette collection, nous groupions ensemble les embryons parvenus exactement au même degré de développement, dont il est facile de juger par exemple par l'état du cœur, le nombre des prévertèbres, ete., et il fallait que pour chaque stade nous eussions au moins trois embryons identiques. Ces trois embryons identiques recevaient alors le même chiffre ou numéro d'ordre.

De ces trois préparations provisoires identiques, chacune était destinée à un sorl différent : 1° l’une était en montée préparation définitive, c’est-à-dire que le blastoderme, extrait de la glycérine, était déshydraté par l’action successive de l'alcool

16 ATLAS D’'EMBRYOLOGITE.

à 36° puis de l'alcool absolu, éclairci par l'essence de girofle, et enfin monté en préparation permanente dans le baume du Canada. Cette préparation définitive était destinée à l'étude et au dessin de l'embryon vu en surface, et, comme cette étude se fait à de faibles grossissements, l'épaisseur de la lame porte-objet n'était pas un obstacle à l'examen microscopique du blastoderme sur chacune de ses faces, en retournant simplement la préparation sur la platine du microscope; 2° les deux autres, retirées également de la glycérine, étaient placées dans l'alcool absolu, puis montées dans le collodion pour être coupées l’une en travers (perpendiculairement à l'axe de l'embryon), l’autre en long (parallèlement à cet axe).

3° Embryon développé et muni de ses annexes. —- À partir du sixième jour l’embryon est trop gros pour être conservé entre kme et lamelle et examiné par transparence. Il faut donc en faire collection dans de petits flacons bien bouchés, comme pour toute autre pièce anatomique. L’extraction de l'embryon se fait en ouvrant largement la coquille par en haut : on la plonge dans un cristallisoir plein d’une solution de sulfate de soude, et, avec des pinces, rien n’est plus facile que d'isoler l'embryon, avec ou sans annexes, c’est-à-dire par exemple avec l’allantoïde à l'état de vésicule (Voy. pl. IXet X), ou bien avec son amnios. Recueilli dans un verre de montre, il peut être aussitôt examiné à cet état au microscope ou à la loupe, car alors ses tissus, encore vivants, présentent une grande transparence et c’est alors seulement qu'on voit bien le trajet des gros vaisseaux gorgés de sang rouge: on distingue également l'intestin, le foie, le cœur, les vésicules cérébrales et oculaires, etc. Après cet examen, l'embryon est placé dans le liquide de Kleinenberg où il séjourne vingt-quatre heures; il est placé ensuite pendant douze à vingt-quatre heures dans l'alcool à 36°, puis dans l'alcool absolu, et c’est dans ce dernier liquide qu'on le conserve. Ainsi durci l'embryon n'est plus transparent, mais ses formes extérieures sont très nettement dessinées. Il servira pour faire des coupes, ou bien encore, s'il est très avancé (après le huitième jour), il pourra être soumis à une véritable dissection, pour l'étude de la disposition des viscères (Voy. pl. XXXIX).

Pratique des coupes etmontage des préparations. — C’est la méthode du collodion qui nous à toujours servi pour l'inclusion des pièces et la pratique des coupes. Nous l'avons fait connaître pour la première fois dans une communication à la Société de biologie (1° février 1879). Depuis cette époque (1), nous avons apporté à l'emploi du collodion une série de perfectionnements qui ont été publiés successivement dans divers mémoires. Nous pouvons done donner aujourd'hui les indica-

lions complètes sur l’usage de ce précieux moyen d'inelusion et de fixation des coupes (2).

(1) De l'emploi du collodion humide pour la pratique des coupes histologiques (Journal de l'anat. et de la

physiol. de Gh. Robin, 4879). — De quelques perfectionnements à l'emploi du collodion en technique histologique (Soc. de biologie, 1880). — La corne d'Ammon, morphologie et embryologie (Archives de neurologie, n° 6, 1881-82). — De la formation du blastoderme dans l'œuf d'oiseau (Annales des sciences naturelles, 1884).

9) Que 1 p ‘volooistes alle s Toi S i 1 il pti (2) Quelques embryologistes allemands (Voir par exemple : Sarasin, Reifung und Fürchung des Repti-

Nous avons été amené à faire usage du collodion en présence des inconvénients présentés par la gomme, que nous avons employée d’abord selon la méthode classique, en durcissant l’enrobage par l'immersion dans l'alcool. Le plus désagréable dans la gomme, comme dans toutes les autres masses à inclusion (mélange de cire et d'huile, de savon et d'huile, de paraffine, de savon, de gélatine, ete.), c’est d'abord le défaut de transparence, ne permettant pas à l'opérateur de se rendre exactement compte du niveau et de la direction selon laquelle il dirige sa coupe, quelque soin qu'il ait pris d'indiquer par des marques de repère la situation et l'orientation de l'embryon inclus dans la masse solidifiable, C'est ensuite la nécessité de débarrasser de ce mélange la coupe obtenue, avant de pouvoir la monter entre lame el lamelle, ce qui nécessite des lavages compliqués dans la série desquels les coupes conservent rarement leur intégrité. C’est enfin le peu d'adhérence de ces mélanges à la substance même de la pièce anatomique, de telle sorte que si cette pièce (embryon) est de très pelite dimension, formée de feuillets distincts, d'organes flottants, le passage du rasoir y détermine de petits déplacements qui sont incompalibles avec la régularité nécessaire à une série de coupes successives. Au contraire, la {transparence et la ténacité du collodion devaient attirer sur celte substance l'attention des microtomistes; mais en même temps, sa rétractilité et sa dureté à l’état sec n’en indiquaient guère l'usage pour des

lieneier ; Arbeiten aus dem zoologiseh-zootomischen Institut in Wurzburg, 1883, p. 160) citent, à propos de l'emploi du collodion, les noms de Mason et de Schiefferdecker, de sorte que j'ai cru un moment me voir dépossédé de mon litre à l'introduction du collodion dans la technique de la microtomie. D'autre part l'usage du collodion s’est {très répandu en Allemagne, mais on l’emploie sous une forme qui porte le nom de celloïdine, de facon qu'avec le nom de collodion disparait en même temps le mien, et qu'il n’est plus question que de la méthode à la celloïdine de Schiefferdecker. Or, en se reportant au mémoire même de ce dernier auteur (Ueber die Verwendung des Celloïdins in der anatomischen Technik. Arch. f. Anat. und Entwickelungsgeschichte von His u. Braun, 1882, p. 199), on voit que cet auteur ne présente sa méthode que comme une légère modification de la mienne, qu'il a mise en usage dès sa première publicalion, et que sa celloïdine n’est qu'une forme de collodion qu'on trouve à l'état sec dans le commerce en Allemagne. Rabl-Ruckhard, qui a été l’un des premiers à apprécier l'emploi du collodion, a soin de déclarer que la celloïdine de Schiefferdecker n’est autre chose que le collodion de Duval (Das Grosshirn der Knochenfische und seine Anhangsgebitde. — Arch. de His et Braun, 1883, page 282). D'ailleurs les récents traités de technique histologique m'ont rendu complètement justice à cet égard, et m'épargnent toute revendication de priorité. IL me suffira de citer les deux suivants :

Hermann Fol (Lehrbuch der vergleichenden mikroscopischen Anatomie. Leipzig, 4884 : erste Lieferung, p. 418) s'exprime en ces termes : « L'emploi du collodion a été trouvé par Duval, et ensuite perfectionné par Merkel et Schiefferdecker, de telle sorte que le collodion est aujourd'hui une des plus précieuses méthodes d'inclusion, » — Bolles Lee et F. Henneguy (Traité des méthodes techniques de l'anatomie microscopique, Paris, 4887) disent de leur côté (p. 186) : « La très importante méthode de l'inclusion au collodion est due à M. Duval (Journ. de l'unat., 1879). La celloïdine, recommandée plus tard par Merkel et Schiefferdecker (Arch. f. anat. u. Physiol., 1882, p. 200), n’est autre chose qu'un collodion pharmaceutique qui présente l'avantage d'être livré sous forme de plaques solides qui sont solubles en diverses proportions dans un mélange à parties égales d’éther et d'alcool absolu. La celloïdine s'emploie pour les inclusions de la même manière que le collodion ordinaire, et nous ne ferons pas de distinction dans ce qui suit entre les deux substances. »

J'ajouterai que j'ai aussi Tait venir d'Allemagne des plaques de celloïdine et que je n'ai trouvé à cette substance aucun avantage sur le collodion. Avec elle on obtiendrait, dit-on, plus facilement des masses dures et résistantes ; il n’en est rien : avec du collodion très épais, on arrive aux mêmes résultats, et la masse au collodion est toujours bien transparente; ce n'est pas le cas pour la celloïdine.

parties aussi délicates que le blastoderme ou l'embryon. Il ne saurait à cet effet ètre question du collodion sec, mais bien du co/lodion humide, c’est-à-dire auquel on ne laisse pas perdre tout l'alcool qu'il renferme, de facon qu'alors il ne se rétracte pas. Si en effet on laisse tomber, dans une cupule pleine d'alcool à 36°, une goutte assez consistante de collodion, on constate que ce collodion reste dans l'alcool sous la forme d’une petite sphère, ne changeant pas de volume, et présentant la consistance et l’élasticité d’un morceau de caoutchouc, en même lemps qu'une transparence parfaite. C’est que l’éther a diffusé dans l'alcool et s’est évaporé, tandis que la partie solide du collodion (fulmi-coton), demeurant imbibée d'alcool, forme, à la condition de ne point perdre cet alcool par dessiccalion, une masse homogène qui paraît dès lors essentiellement propre à l'inclusion des pièces délicates, destinées à passer par le microtome.

D'une manière générale les pièces sont enrobées dans le collodion par le procédé suivant : relirée de l'alcool où s’est achevé son durcissement, la pièce est placée quelques instants dans un mélange d'alcool et d’éther (1 d'alcool pour 10 d’éther), afin de faciliter la pénétration ultérieure du collodion. Puis elle est placée dans une solution très liquide de collodion normal (non riciné), où son séjour doit être de dix minutes au moins, et de vingt-quatre heures au plus, selon le volume de la pièce; elle estensuite portée dans une solution plus épaisse de collodion, solution qui pourra être depuis la consistance sirupeuse jusqu'à la consistance pâteuse, selon la dureté qu'on désire obtenir pour la masse d’enrobage. Retirée de ce collodion, qui l’a pénétrée, el dont une épaisse couche la revêt, la pièce est laissée à l'air libre pendant une minute au plus, le temps de donner une légère consistance à la surface du collodion qui l’englobe, puis elle est plongée dans l'alcool à 36°, dans un flacon qu'on laisse ouvert ou à demi fermé. Au bout de six à dix heures de séjour dans ce bain d'alcool, le collodion, ayant laissé diffuser tout l’éther qu'il renfermait, forme la masse solide désirée, masse absolument transparente comme du verre, de sorte qu’on peut ensuite, toujours avec du collodion, coller la pièce sur un morceau de sureau en lorientant dans la direction voulue pour la placer dans le tube du microtome et pratiquer des coupes. Comme les coupes au microtome se font en mouillant rasoir et pièce avec de l’alcool, on voit quele collodion reste toujours à l’état humide, et, une fois les coupes obtenues, c’est encore le fait d’avoir inclus dans le collodion qui supprime ou simplifie toutes les manipulations ultérieures, si laborieuses après l’usage des autres masses à inclusion. C’est ce que nous verrons bientôt.

Mais nous devons d’abord insister sur un perfectionnement {rès important dans certains cas. Souvent il est nécessaire de fixer plus parfaitement encore, au fur et à mesure des coupes, les parties très ténues et fragiles que l'effort du rasoir tend à dissocier. Un exemple, emprunté à un ordre spécial d'études embryologiques, le fera bien comprendre. Les œufs des batraciens, lorsque la segmentation a donné les grosses cellules qui constituent le blastoderme, sont extrêmement difficiles à

débiter en coupes, parce que ces cellules, relativement grosses et pleines de granulations vitellines, se vident de ces granulations lorsque le rasoir les a ouvertes, à peu près comme se viderait un sac de blé éventré. Pour éviter cet inconvénient, il ne suffit pas d’avoir collodionné la pièce en masse (œuf tout entier), il faut co/lodionner après chaque coupe la surface de section de l'objet, de façon que les éléments qui vont faire partie de la coupe suivante se trouvent agglutinés à la face inférieure d’une lamelle de collodion. De même, quand on débite un blastoderme, il peut arriver qu'à un certain moment on s’apercoive que le feuillet interne ne tient pas bien au feuillet moyen par exemple, et que les coupes se disloquent plus ou moins. lei encore on remédiera par co/lodionnage des surfaces de section. À cet effet, quand une coupe vient d’être enlevée, et qu'on à sous les veux la surface de section où va être praliquée une nouvelle coupe, on fait couler sur celte surface de section, avec une pipette, queiques gouttes de collodion très liquide, qui, comme lorsque le photographe prépare une plaque, s’y étale en une mince couche adhérente. On laisse alors (quelques minutes suffisent, selon la température extérieure) se produire une légère dessiccation à l'air libre, puis on se hâte d’arroser d’alcool pour empècher le retrait du collodion (ce qui amènerait un enroulement de la coupe ultérieurement pratiquée). On peut, dès lors, tourner la vis du microtome de la quantité correspondant à l'épaisseur qu'on veut donner à la coupe, puis pratiquer celle-ci, comme d'ordinaire, avec le rasoir chargé d'alcool. Ce procédé n’allonge pas, comme on pourrait le croire a priori, la durée des manœuvres ordinaires du microtome, car le temps nécessaire pour recueillir sur la lame porte-objet la coupe qu'on vient de faire suffit, quand on a collodionné fout aussitôt la surface de section, pour que le collodion déposé sur celte surface se solidifie au point voulu, de sorte qu'il n’y a réellement pas de temps perdu. Du reste, les coupes ainsi obtenues seront traitées comme celles faites sans collodionnage de la surface de section.

Le collodion assure non seulement la solidité des coupes, mais il en facilite singulièrement le montage. En effet, pour cette opération consécutive, la coupe n'a pas à être, comme dans les autres procédés d'inclusion, débarrassée de la substance dans laquelle elle est incluse, c'est-à-dire de la mince lame de collodion avec laquelle elle a été enlevée par le rasoir. En recevant la coupe dans un godet plein d’eau, on peut aussitôt la faire de là glisser sur la lame porte-objet, et cette opération ne produit, quelque délicate que soit la préparation, aucune déchirure, les parties les plus fines, les portions même sans connexion les unes avec les autres élant conservées et maintenues exactement dans leurs rapports réciproques, par la présence du collodion qui remplit tous les vides. Sur la lame porte-objet, si la coupe est recouverte d’une goutte de glycérine puis d’une lamelle, la présence du collodion ne se traduit, au microscope, par aucune apparence optique; ce n’est qu'en portant l'examen vers les bords de la coupe, qu'on reconnaît la présence de la lamelle de collodion, absolument comme on ne constaterait celle d’un fragment de lamelle couvre-objet qu'en ayant l’image de ses bords. On peut donc dire qu’en

emprisonnant la pièce, el en laissant ses coupes emprisonnées dans le collodion. on a employé comme milieu d’'inclusion une substance dont les propriétés optiques sont comparables à celles du verre, mais dont les autres propriétés physiques sont celles du caoutchouc : le collodion, disions-nous dès 1879, est, à ce point de vue, du verre élastique et très facile à couper régulièrement au rasoir. Du reste, la lamelle de collodion, conservée dans la glycérine avec la préparation elle-même, entre lame et lamelle, ne perd rien de sa transparence avec le temps, car nous avons des préparations de ce genre conservées depuis neuf années et qui ont conservé toute leur transparence et leur netteté.

Telle est la technique générale de l'emploi du collodion, et en la donnant ici, nous n'avons fait allusion qu'aux coupes montées ensuite dans la glycérine. En embryologie, où il s'agit de faire de nombreuses collections de coupes, et de les conserver indéfiniment pour des études comparatives, il faul adopter d’une manière exclusive le montage au baume de Canada qui donne des préparations inaltérables et indestructibles. Nous allons donc donner quelques nouvelles indications relatives à l'emploi du collodion spécialement en embryologie, en distinguant deux cas bien différents : 1° coupes de blastoderme avec embryon jusque vers le sixième jour; 2° coupes d'embryons plus volumineux, à partir du sixième jour.

1° Nous l'avons dit précédemment, les embryons, jusqu’à la fin du sixième jour, sont, après durcissement, colorés en masse, et conservés en préparations provisoires. Quand on veut débiter en coupe un pareil disque blastodermique avec son embryon, on le fait passer successivement par l'alcool à 36°, l'alcool absolu, le mélange d'alcool et d'éther, le collodion très liquide et enfin le collodion épais. Alors on taille une surface plane, verticale, sur un fragment de moelle de sureau, el, après avoir arrosé cette surface d’éther, on la plonge dans le collodion épais où repose le disque blastodermique. Avec une aiguille ou la pointe d’un scalpel, on pousse le disque blastodermique et on l’amène sur la surface préparée dans la moelle de sureau, en l'y orientant selon le sens des coupes qu'on veut faire. Avec précaution, on relire sureau et disque blastodermique du collodion, dont une couche englobe le {out, et après une ou deux minutes de dessiccation à l'air, on met le tout dans l'alcool à 36° où le séjour doit être d'au moins vingt-quatre heures avant que la pièce soit soumise à des coupes.

Les coupes, faites avec ou sans collodionnage des surfaces de section, sont reçues, du rasoir, dans une cupule pleine d’eau, et aussitôt on les fait glisser au fur et à mesure sur la lame porte-objet où on les range en ordre. Quand cette lame en à reçu autant qu'elle en doit porter, les coupes sont déshydratées sur place, et montées dans le baume sans être déplacées. A cet effet, les coupes sont d’abord. arrosées avec une pipette d'alcool à 36°, puis d'alcool absolu, à plusieurs reprises avec ce dernier: en opérant avec soin, on arrive facilement à faire ces pelites manœuvres de manière à ne déranger en rien les coupes. Ayant arrosé une dernière fois celles-ci avec de l’alcool absolu bien pur, on les recouvre aussitôt de la lamelle

couvre-objet. On a ainsi, pour le moment, une préparation dans l'alcool absolu, entre lame et lamelle ; mais on se hâte aussitôt de substituer à cet alcool un des dissolvants du baume de Canada. On ne saurait à cet effet employer la térébenthine, qui produit avec le collodion des taches et magmas blancs; mais on peut se servir indifféremment de l'essence de girofle, ou de la benzine.

On se hâte donc de substituer à l'alcool absolu l'essence de girofle, en déposant une goutte de celte essence contre l’un des côtés ou bords de la lamelle couvre-objet, tandis qu'on place un fragment de papier à filtre contre le côté opposé ; le papier pompe l'alcool qui est graduellement remplacé par l'huile essentielle, de nouvelles gouttes de celle-ci étant successivement addilionnées sur le point qui en a déjà reçu. Au bout de vingt-quatre heures, la préparation est parfaitement imprégnée d'essence, à laquelle on substitue définitivement, en procédant comme ci-dessus, du canada en dissolution dans le chloroforme. Si pendant chacune des petites opérations on évite avec soin d'amener la vapeur de l'air expiré sur la pièce en manipulation et si, pour plus de précaution, on fail reposer la lame porte-objet sur un corps légèrement chauffé (une plaque de métal, une brique, un godet de porcelaine), on ne voit se produire dans Îa préparation ni magma, ni nuage blanc, ni tache quelconque, ce qui arrive fatalement si une buée de vapeur d’eau est amenée à se condenser sur la plaque de verre, au contact des bords de la couche d'huile de girofle.

Pendant longtemps nous avons fait toutes nos préparations en employant ainsi l'essence de girofle ; mais, comme cette essence dissout et ramollit le collodion, il arrivait parfois, quoique rarement, que quelques coupes étaient légèrement dérangées par les courants d'essence se substituant à l'alcool absolu. Nous avons donc cherché un liquide qui n’eût pas cet inconvénient, et avec lequel il fût encore plus rare de voir se produire, sous l'influence de l'humidité de l'air, ces buées et taches blanches qu'on n’évite pas toujours assez radicalement en chauffant légèrement la plaque porte-objet pendant les manipulations. La benzine à répondu à ces désidérata et nous avons fini par l’employer exclusivement, en procédant exactement comme nous venons de dire pour l'essence de girofle. Nous avons aussi trouvé avantage à nous servir de canada en dissolution non dans le chloroforme, mais dans la benzine. Il faut seulement ajouter que les benzines qu'on trouve dans le commerce sont innombrables ; nous en avons essayé diverses el ce ne sont pas toujours les plus pures qui nous ont le mieux réussi ; celle qui nous a donné des résultats absolument irréprochables est tout simplement le produit connu sous le nom de &enzine Collas, qu'on trouve partout employée pour enlever les taches de graisse sur les éloffes.

2 Les embryons à partir du sixième jour sont trop volumineux pour qu'on puisse réussir entièrement à les bien colorer en bloc, avant de les débiter ; il faudra colorer les coupes ; d'autre part l'inclusion de ces embryons devra être faite d'une manière spéciale pour pouvoir les coller ensuite solidement sur un morceau de

moelle de sureau. Enfin leur montage en préparations pourra être un peu simplifié. Nous allons préciser ces {rois points.

Un embryon, vu son volume et sa forme, doit être solidement inelus dans un bloc de collodion. À cet effet, retiré de l'alcool où il a été conservé (ci-dessus, page 16), il est mis pendant une heure environ dans le mélange d'alcool et d’éther, puis pendant vingt-quatre heures dans du collodion très liquide, et placé ensuite dans du collodion très épais. Pour faire le bloc d’inelusion, on a soit de petits verres de montre très creux, soit de tout pelits cristallisoirs d’un diamètre de 2 à 3 centimètres. On place l'embryon dans un cristallisoir semblable, qu'on achève de remplir avec du collodion très épais, puis on laisse évaporer celui-ci jusqu'à ce qu'il ait la consistance voulue, et, nous l'avons dit (p. 17), on peut donner au collodion tous les degrés de consistance, de sorte que la celloïdine n’a pas sur lui les avantages qu'on à prétendu. Seulement, cette évaporation doit être faite avec des soins particuliers. Si nous laissions le petit cristallisoir à l’air libre, le collodion s’y durcirait très rapidement à la surface, et sa masse profonde resterait liquide ; puis il se formerait des bulles et des vides dans cette masse profonde, et l'inclusion serait défectueuse. Il faut que la consistance du collodion augmente simultanément et graduellement dans toute sa masse. Or il suffit pour cela que l'évaporation soit très lente. A cet effet on place le petit cristallisoir dans une soucoupe où est une mince couche d'alcool à 36°, et on recouvre le tout d’une cloche ou d'un autre cristalloir renversé. Le collodion est alors dans une véritable chambre humide à l'alcool. Son éther s'évapore, remplit de ses vapeurs l’espace de la chambre humide, et l’évaporation ne se continue qu'à mesure que la tension de ces vapeurs arrive à déprimer le niveau de l’alcool sous la cloche pour que les vapeurs s’échappent en passant sous les bords de la cloche. Un appareil ainsi disposé peut être abandonné à lui-même, sans surveillance. Au bout de douze, de vingt-quatre, de rente-six heures, on examine le degré de cousislance du collodion; si sa masse s'est condensée et que l'embryon en dépasse le niveau, on ajoute de nouveau du collodion très épais, el on referme la cloche. On arrète l'opération quand la masse a la consistance voulue. Alors on laisse le cristallisoir à l'air libre pendant un quart d'heure au plus, puis on remplit d'alcool à 36° l’espace resté libre au-dessus du collodion revenu sur lui-même. Le lendemain, il suffit d'insinuer le manche d'un scalpel entre les parois du cristallisoir et le collodion pour enlever celui-ci en un seul bloc ayant la forme d’un disque épais, puisqu'il a été moulé dans le eristallisoir. Avec un rasoir on taille ce disque de facon à le transformer en un bloc cubique renfermant l'embryon. Les morceaux de collodion ainsi enlevés se redissolvent dans du collodion normal pour le {transformer en collodion très épais. Le bloc cubique obtenu peut être laissé quelques instants à l’air libre, ou plus longtemps sous une petite cloche, dans le cas où on voudrait augmenter encore sa consistance. Enfin le bloc est collé, avec du collodion, sur un morceau de sureau, dans une posilion correspondant à la direction qu'on veut donner aux coupes.

Les coupes se pratiquent comme précédemment avec où sans collodionnage des surfaces de section, selon les besoins. Mais n'oublions pas que ces coupes ont été faites sur un embryon non coloré en masse ; il faut donc les colorer avant de les monter en préparations définitives. Or, la présence du collodion ne met aucun obstacle à une bonne coloration ; par l'immersion dans l'eau, comme par l’immersion dans l'alcool, le collodion ne subit aucune rétraction, et tandis que les éléments anatomiques exercent leur action élective sur les matières colorantes, le collodion ne se colore que peu ou pas, et du reste se décolore par des lavages. Enfin, on peut, et c’est ce qu'il faut absolument faire en embryologie, colorer les coupes sur la lame porte-objet, en les laissant en place, c'est-à-dire régulièrement disposées dans l’ordre de succession où elles ont été recueillies au fur et à mesure qu'elles étaient faites. A cet effet on dépose sur ces coupes de la glycérine mêlée à la solution colorée dont on veut faire usage (picro-carmin, carmin aluné de Grenacher, etc.); grâce à la glycérine, on n’a pas à craindre que la préparalion se dessèche. On peut aussi mettre tout simplement une solution colorée aqueuse, et

placer, pour éviter le desséchement, la préparation dans une chambre humide (cloche renversée sur une assiette pleine d’eau). Dans ces conditions la coloration se fait en vingt-quatre heures environ et de telle sorte que la coupe même fixe très fortement le carmin, tandis que le collodion n’en prend que des traces qui sont facilement enlevées par un léger lavage à l’eau sur la plaque même, sans jamais déplacer les coupes et intervertir leur ordre.

Le montage dans le baume du Canada se fait ensuite par les procédés sus-indiqués, mais avec une variante nécessitée par ce fait que les coupes d’embryon, vu leur largeur, ne seraient pas facilement pénétrées par la benzine et le baume, si ces liquides arrivaient lentement par infiltration entre la lame et la lamelle, comme il suffit de faire pour les coupes du blastoderme et de l'embryon jusqu'au cinquième jour. On opère donc ici de la manière suivante : après avoir déshydralé en arrosant, avec une pipetle, d'alcool à 36° puis d'alcool absolu, on place la préparation sur

une brique chaude (une température que la main puisse supporter) et on arrose une dernière fois d'alcool absolu. Quand celui-ci est à demi évaporé, on se hâle d'arroser avec de la benzine : les coupes en sont aussitôt pénélrées, et on assure

. celte pénétralion en ajoutant encore quelques goulles de benzine, de manière que jamais la chaleur de la brique n'arrive à dessécher la préparation. On verse alors le baume du Canada (avec un pinceau) et on couvre soigneusement avec la lamelle.— On pourrait se demander pourquoi ce procédé, plus expédilif, ne serait pas appliqué aux coupes de blastoderme. C’est que ces coupes sont {rès pelites, et que, au moment où on substitue, à l'air libre, la benzine à l'alcool, on verrait aussitôt ces petites coupes surnager à la benzine, se déplacer et se mêler; ceci n'arrive pas avec les coupes d’une certaine étendue, ou, s’il y a quelques légers déplacements, on peul toujours avec une aiguille remettre en place la coupe dérangée, ses dimensions mêmes Ja rendant maniable.

Tels sont les procédés qui m'ont servi à conslituer une collection certainement unique de préparations sur l'embryologie du poulet, collection qui a fourni les éléments du présent Atlas. Nous n'avons pas voulu pousser ici l'étude plus loin que les phénomènes de formation communs à l'ensemble des vertébrés supérieurs, de sorte que l'embryologie du poulet est prise ici comme type de celle d'un vertébré quelconque, en ayant pour objet principal la recherche des origines blastodermiques. À part quelques organes (voy. par exemple la planche XXXIX), nous ne nous sommes pas occupé de ce qui advient chez le poulet après le huitième jour, car alors il réalise des transformations qui le caractérisent non plus comme vertébré, mais comme oiseau, puis comme gallinacé ; mais nous espérons pouvoir publier à son tour, et sous la mème forme, l'embrvologie du lapin, et la poursuivre alors plus loin, c'est-à-dire jusqu'aux évolutions qui caractérisent le vertébré comme mammifère. Le couronnement de l'œuvre serait alors l'embryologie de l'homme poursuivie jusqu'à son parfait développement fœtal. Quoi qu'il en soit, el quel que puisse être le sort du présent ouvrage, je serai certainement compris de ceux qui connaissent l'attrait des recherches délicates d'anatomie microscopique, en disant que je leur souhaite autant de plaisir à feuilleter cet Atlas, que j'en ai eu à en exécuter les dessins.

Marais DUVAL.

Paris, février 1888.

EXPLICATION

DES PLANCHES

de } A -

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