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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Presque toutes les autopsies nous ont donné les mêmes résultats. L’abdomen contenait 500 à 800 grammes de sérosité purulente, et de nombreuses fausses membranes tirant sur le jaune, comme si l’on y eût dû rencontrer le Staphylocoque doré. Cette sérosité a donné, sans exception, une culture pure de Streptocoques.

Les bases pulmonaires étaient splénisées, partiellement atélectasiées, et leur surface présentait quelques fausses membranes fibrinopurulentes.

Le foie, jaunâtre, surtout en certains points, pesait jusqu’à 1850 gr. Les points jaunes correspondent sur les coupes à de nombreux infarctus microbiens, sans la moindre prolifération cellulaire.

Les reins volumineux, congestionnés, surtout dans la zone des pyramides de Ferein.

La rate tantôt grosse (350 gr.), tantôt de petit volume, sans que son hypermégalic présente le moindre rapport avec la marche ou la durée du processus infectieux.

L’utérus mal revenu sur lui-même — presque toujours sanieux par suite de la putréfaction pendant la vie des liquides de sa cavité. —

l. Mémoire présenté à l’Académie de médecine de Paris le 15 mars 1888.

STREPTOCOQUES

L’incision des cornes montre d'ordinaire une certaine quantité de pus dans les vaisseaux et les trompes. Le pavillon est souvent enflammé, ainsi que les ovaires, qui se montrèrent dans un cas énormes, œdématiés et infiltrés de Streptocoques dans toute leur épaisseur.

Nous signalerons particulièrement deux cas où la cavité utérine n’exhalait aucune odeur fétide, et le médecin traitant pensait avoir réalisé, en raison de cette particularité, une antisepsie rigoureuse. Jamais nous n’avons trouvé plus de Streptocoques.

Fig. 490.

Fièvre puerpérale suraiguë. Sérosité péritonéale. (Gr. 1000 diam.

Nous nous sommes d’ailleurs toujours placés dans les meilleures conditions pour éviter toute altération cadavérique et la plupart de nos cultures et examens ont été faits pendant la vie ou immédiatement après la mort.

RAPPORTS ENTRE LA FIÈVRE PUERPÉRALE, LES ABCÈS A STREPTOCOQUES ET L’ÉRYSIPÈLE

ÉTÜDE BACTÉRIOLOGIQUE ET EXPÉRIMENTALE

A. chaque autopsie, nous avons pratiqué la culture immédiate du liquide péritonéal, des parenchymes du foie, des reins, de la rate, de l’urine de l’uretère et de la vessie, etc., etc.

Nous avons recueilli d’autres cultures sur des malades présentant des formes bénignes de l’infection puerpérale : abcès multiples — pleurésie, etc., etc.

Toujours et sans exception nous avons obtenu le môme microbe, répondant à la description du Streptococcus erysipelatis de Fehleisen et du Streptococcus pyocjenes de Rosenhach. — Le pus du péritoine seul nous a donné des cultures impures dans deux ou trois cas où il avait

Fig. 491.

Mammite puerpérale à Streptocoques. Acini remplis de zooglées.

(Gr. 80 diam.)

été étudié tardivement, c’est-à-dire quelques heures après la mort.

L’examen des coupes a toujours montré des embolies microbiennes considérables dans les capillaires des principaux viscères. Ces embolies sont constituées uniquement par des masses de Streptocoques.

Nous citerons particulièrement une pièce curieuse de suppuration de la glande main maire dans sa totalité, chez une malade atteinte de lièvre puerpérale. Cette pièce a été recueillie iiar notre collègue Ilallé, dans le service du IR Guyot, à Beaujon, en 1884.

STREPTOCOQUES

Fig. 492.

Fièvre puerpérale suraiguë.' Zooglée du foie ayant donné une culture pure de Streptocoques. (Gr. 800 diam.)

Fig. 493.

Infection streptococcique. — Zooglée de Streptocoques dans le rein. (Gr. 800 diain.)

Les coupes de la muqueuse utérine, surtout au niveau de l’insertion placentaire, se montrent criblées de chaînettes. Deux fois nous y y avons rencontré en même temps des follicules tuberculeux avec les bacilles caractéristiques, ces derniers en petit nombre.

Nous avons recueilli également des cultures pures du Streptocoque puerpéral dans une pustule sous-épidermique du doigt d’une sagefemme qui venait, après avoir soigné quelques jours avant plusieurs

li^H

Fig. .494. Fie-. 495. Fig. 496. Fig. 497.

Streptocoque pyogène. Streptocoque puerpéral. Streptocoque de l’érysipèle.

Cultures sur gélatine.

femmes prêtes à succomber, d’inoculer inconsciemment la fièvre puerpérale à une jeune parturiente de 17 ans (voir fig. 513).

L’analyse bactériologique de tous les cas de fièvre puerpérale mortelle ou d’infection puerpérale bénigne à manifestations variables nous a donc démontré la présence constante et unique d’un même Streptocoque.

Les cultures de ce microbe ressemblent sur tous les milieux à celles du Streptocoque de l’érysipèle et du Streptocoque pyogène ; la colonie

STREPTOCOQUES

est composée de petites sphcrules d’autant plus grêles qu’elles sont plus tassées. Elles peuvent former une colonie presque continue (fig. 496 et 497).

Les Streptocoques de Tune ou de l’autre provenance sont frappés de mort par la dessiccation et se reproduisent uniqueinent par scissiparité. Ils ne résisteni pas à une température de 60" cenligrades et leurs cultures deviennent stériles si on ne prend pas soin de les renouveler tous les deux mois environ.

Fig. 498 et 499. Fig. 500 et 501. Fig. 502 et 503.

Streptocoque pyogène. Streptocoque puerpéral. Streptocoque de l’érysipèle. Cultures sur agar-agar.

Quels rapports existent entre ces trois Streptocoques tellement semblables sur les cultures, que la comparaison impartiale entre une quinzaine de tubes de chaque provenance, dont nous voilions les étiquettes, est toujours restée infructueuse pour la découverte de caractères différentiels bien tranchés et propres à chacun d’eux?

Nous avons pratiqué l’inoculation aux animaux. Afin d’éviter toute lésion mécanique, comme il arrive à la suite de l’injection souscutanée d’une certaine quantité d’un bouillon de culture, nous avons

procédé de la façon suivante : nous pratiquons sous l’épiderme de la face interne de l’oreille d’un lapin blanc une piqûre oblique avec une grosse aiguille de platine, pointue, préalablement stérilisée et bien refroidie.

Aussitôt nous introduisons au fond de cette plaie minuscule quelques traces de culture. Un petit abcès se forme et atteint le volume d’un grain de millet ou d’une lentille.

Fig. 504.

Trois lapins inoculés à l’oreille du Streptocoque de l’érysipèle, du Streptocoque puerpéral et du Streptocoque pyogène, 48 heures après l’inoculation.

Le premier lapin est mourant (Érysipèle infectieux).

Le deuxième est mort 24 heures plus tard (Fièvre puerpérale).

Le troisième n’a présenté qu’uli^petit abcès avec lymphangite de peu d’étendue et a survécu (Phlegmon circonscrit à Streptocoques.)

Les cultures à’éi^ysipèle nous ont en outre donné presque toujours l’érysipèle, parfois suivi de mort, après un gonflement énorme des deux oreilles et de la tête. A l’autopsie : Streptocoques dans le foie, la rate, les reins et l’iirine.

Certaines inoculations sont restées Infructueuses — en ce sens que le petit abcès seul évoluait comme d’ordinaire.

STREPTOCOQUES

Deux de nos Streptocoques, provenant d’érysipèles à forme typhoïde et suivis de mort, sont d’une virulence exceptionnelle. — D’autres donnent des érysipèles plus bénins.

DSïis les cas graves, nous avons observé des phlyctènes et des plaques gangréneuses.

L’anatomie pathologique de l’oreille du lapin atteint d’érysipèle est identique à celle de la peau de l’homme atteint de la meme maladie.

L’inoculation du Streptocoque pyogène nous a toujours donné un petit abcès. Plusieurs fois nous avons obtenu, après l’inoculation de Streptocoques provenant d’abcès chauds, une rougeur érysipélateuse qui ne s’est pas étendue au delà de quelques centimètres; d’autres Streptocoques de provenance analogue ont déterminé un véritable érysipèle des deux oreilles, se comportant comme les érysipèles bien caractérisés, mais de forme bénigne.

L’inoculation du Streptocoque puerpéral nous adonné presque toujours l’érysipèle, et cet érysipèle s’est montré plusieurs fois mortel.

Ces érysipèles du lapin, causés par l’inoculation de Streptocoques provenant indifféremment de Vérysipèle de l’homme, de la fièvre puerpérale, ou des abcès chauds, sont identiques. La dermite infectieuse est simplement plus fréquente et plus grave quand on inocule les Streptocoques provenant des deux premières sources, le microbe paraissant jouir en pareil cas d’une virulence spéciale.

Nous verrons plus loin que ces données sur la virulence variable du Streptocoque pyogène, établies et démontrées en 1888 dans notre mémoire à l’Académie de médecine, ont reçu une pleine et entière confirmation dans les expériences de Marmorek sur l’exaltation de la virulence du Streptocoque de Fehleisen et la sérothérapie de l’infection streptococcique.

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