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X. — Lac de la Laguë (Plateau des Landes

Plus jaune que XL — Lac de Troupins (Plateau des Landes).

L'eau de ce dernier lac a une couleur noirâtre, tirant sur le rouge, qui ne rentre dans aucun des numéros de la gamme de Forel.

Les couleurs de la gamme de Forel qui correspondent à ces divers chiffres ne

1. La couleur des lacs marqués d'un astérisque a été observée par M. A. Magnin [Lacs du Jura, p. 48).

représentent pas toujours exactement la couleur du lac. Ainsi, j'ai trouvé les lacs de la Girotte, de lignes, d'Issarlès, Bleu, de CaïUaouas, d'Aubert, de Naguille, de la Laguë, plus clairs que les teintes correspondantes de la gamme ; parfois il en a été de même pour le lac de Nantua ; par contre, les lacs de Retournemer, de Gérardmer, des Corbeaux, de la Landie, de Guéry m'ont paru plus foncés.

La couleur d'un même lac est loin d'ailleurs d'être invariable. Ainsi, M. Magnin* a trouvé VU! pour les lacs de Saint-Point et de Remoray, tandis que j'ai trouvé X pour le premier et IX-X pour le second; il a trouvé VI-VII pour le lac d'Armaille et moi VIII; enfin il donne VII-VIII pour le lac de Nantua et moi XI. Ces écarts ne paraissent pas provenir de ce que les observations ont été faites par deux personnes différentes, car je les ai constatés de mon côté à diverses reprises; ainsi j'ai trouvé trois fois XI au lac de Nantua (les 22 octobre 1893, 25 février et l^»" juin 1894), une fois X (le 24 décembre 1893) et trois fois VlII-lX (les 10 octobre 1891, 25 février 1892 et 15 août 1894). Au lac d'Aiguebelette, j'ai trouvé VI le 26 août 1891 et X le 15 février 1894. Enfin, au lac du Mont-Cenis, j'ai observé Vll-VIlI le 2 octobre 1893 et III le 8 août 1894; au lac de Laffrey, X les 21 et 26 mai 1892, et VII le 25 mai 1892. On voit que les écarts peuvent être considérables.

3^ CAUSES PRINCIPALES QUI DÉTERMINENT LA COULEUR DEs] LACS

Nous savons que la couleur naturelle de l'eau pure est le bleu d'azur; mais cette couleur peut être modifiée par la présence de corps étrangers et notamment :

A. — Par des substances organi<j[ues dissoutes.

Ces substances sont les acides humique, ulmique, etc., des tourbières qui si souvent bordent les lacs. M. ForeP a démontré leur influence sur la couleur de l'eau des lacs de la manière suivante. Il a fait infuser dans de l'eau distillée un bloc de tourbe et a mélangé, par doses progressives, la solution jaune ainsi obtenue avec l'eau bleue du lac de Genève ; les mélanges successifs possédaient la couleur des différents lacs verts et jaunes du Jura. Les constatations faites dans la nature s'expliquent assez bien par cette expérience de laboratoire ; en effet, les lacs de liaute montagne aux rives rocheuses sont en général bleus, tandis que beaucoup de lacs du Jura, entourés de tourbières, sont verts et même jaunes; de plus, le lac de Genève, qui reçoit une forte proportion d'eau descendue des glaciers et probablement peu chargée de matière organique, est bleu. Par contre, le lac de Constance, qui paraît

i. A. Magnin, ks Lacs du Jura^ p. 49. 2. Léman, t. II, p. 479.

être dans les mêmes conditions d*alimentation que le lac de Genève, est franchement vert * (VI à VU).

B. — Par des organismes végéiauj: et animaux colorés.

Il est possible que le lac de la Landie, où j*ai fait une pêche d'animaux microscopiques extraordinairement abondante, doive sa coloration jaune foncé à la présence de ces êtres minuscules en nombre infini. Peut-être les différences observées aux lacs de Nantua et d'Aiguebelette tiennent-elles à une variation dans Tintensité de la vie organique. M. Spring^ a d'ailleurs constaté que de Teau distillée, de couleur bleue, perdait assez rapidement sa coloration et devenait verte, tandis que la même eau, additionnée d'un dix-millième de bichlorure de mercure, conservait indéfiniment sa couleur. Comme le bichlorure de mercure a la propriété de détruire les matières organiques, Tinfinence de ces dernières sur la couleur de Teau parait bien mise en évidence par Texpérience de M. Spring.

C. — Par les al lavions impalpables que les eaux tiennent en suspension.

Ces alluvions font souvent virer la couleur des lacs du bleu au vert^; ou s'en aperçoit facilement au voisinage de l'embouchure des affluents, lorsque ceux-ci charrient beaucoup. Parfois, après une forte crue du Rhône ou de la Dranse, le lac de Genève, qui est naturellement bleu, prend une couleur verte sur une très grande étendue. Lorsque j'ai sondé l'un des petits lacs situés sur le glacier de Gorner*, je m'attendais à trouver la couleur de son eau absolument bleue ; or, à ma grande surprise, elle m'a paru verdâtre, elle se rapprochait du numéro V de la gamme de Forel. Celte eau, dont la température était de 0*" et qui résultait de la fonte de la glace du glacier, était évidemment très pure et ne contenait pas d'acides organiques ni d'organismes végétaux ; seules, les alluvions qu'elle tenait en suspension, et qui la rendaient peu transparente, lui donnaient une teinte verdâtre. Par contre, il semble que certaines alluvions rendent seulement la couleur du lac plus claire, sans en changer le ton; ainsi le 30 juillet 1895, au lendemain d*une forte pluie, j'ai constaté que le lac de Tignes, dont les eaux étaient très troubles ^ avait la couleur IV, mais notablement plus claire.

i. F.-A. Forel, Transparenz und Farbe des Boden^ees. (XXIL Heft der Schriften des Vereins fur Geschischle des BodenseeSj 1893, p. 45).

2. Sur l'origine dc:i phénomènes de coloration de Veau de la mer et de Veau des lacs [BulL Acad. roy. de Belq., 3« stM'ie, t. XII, iiM2, 1886).

3. Voir les expi'iieiictîs de M. Spiing, ihid., 3« s«'rie, t. V, 1883.

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