DÉTERMINATION DE LA POSITION EN PLAN DU POINT DE SONDAGE
On choisit comme repères sur les bords du lac un certain nombre de points trigonométriques (autant que possible des points de premier ou de second ordre), on les reporte sur une planchette et, à i'aide de ces points, on lève les rives du lac. A défaut de points trigonométriques, on mesure une ou plusieurs bases dont on jalonne les sommets qui servent alors de points de repère. Le contour du lac étant ainsi dessiné, il s'agit de se déplacer sur ce lac, et de lever aussi méthodiquement que possible un terrain qu'on ne voit pas. Voici comment j'ai procédé :
Mon bateau était muni d'un mât gradué en décimètres et dont la hauteur était soit de 5 mètres, soit de 7 mètres, suivant la largeur du lac; ce mât servait de mire. Le mât de 7 mètres était en bois ; le mût de 5 mètres était formé de plusieurs tiges de bambou s'emboltant l'une dans l'autre. A terre, un opérateur, installé avec la planchette, dirigeait, au moyen de signaux convenus, le bateau suivant des profils déterminés d'avance ; le bateau s'arrêtait pour sonder, et, lorsque la sonde touchait le fond, l'opérateur, averti par un signal, visait le mât au moyen d'une ahdade stadimétrique ; il avait ainsi la direction du bateau et sa distance à la planchette, et il pouvait marquer immédiatement sur celle-ci le point où le coup de sonde venait
d'êtredonné. La figure 11 représente ces opérations, faites au lac de Loogemer, dans les Vosges. Cette méthode, très exacte et très expéditive, n'était guère applicable que jusqu'à une distance de 1 kilomètre ; au delà, les visées devenaient trop incertaines. On se repérait ators, du bateau même, en visant au sextant les points trigonométriques, tout en continuant à se laisser diriger, suivant les profils, par les signaux de l'opérateur installé sur la rive.
Le choix des profils n'était d'ailleurs nullement arbitraire; ceux-ci étaient, en général, perpendiculaires à la côte, et distants entre eux de 50, 100, 200 mètres suivant la nature d u lac . Très rapprochés près des bords, les coups de sonde étaient plus espacés au large, là où, comme nous le verrons plus loin, laprofondeurvariepeu sur une grande étendue Certaines régions, où se rencontraient des accidents topographiques intéressants, étaient particulièrement fouillées. Le lever du fond
d'un lîlC comporte d'ailleurs p,„ „ opérations de sondages au lac de Longemer (Vosges).
la détermination d'un bien ^' ■"*' *^^^-
(D'sprts oae phatographio de A. DeuœbcqdiO
plus grand nombre de points
qu'un lever topographique ordinaire ; car l'hydrographe, à l'inverse du topographe,
ne voit pas le terrain qu'il explore.
11 est bon de remarquer que cette manière d'opérer donne des résultats absolument exacts, même si, sous l'influence du vent ou des courants, le bateau dévie du profil suivant lequel on cherche à le diriger. L'emplacement du coup de sonde n'en est pas moins rigoureusement déterminé ; seulement le point, au lieu d'être pris sur le profil même, est pris un peu en dehors de ce profil.
Le nombre de coups de sonde par kilomètre carré pourrait être une mesure de la précision obtenue, si certains lacs, d'un relief très tourmenté, ne nécessitaient pas un lever particulièrement minutieux. Ce nombre est en conséquence très variable ; pour le Léman, il a été de 20, pour le lac du Bourget de 75, pour le lac d'Annecy de 123, pour le lac d'Aiguebelette de 212.
n. — Résultats obtenus et leur représentation.
Les méthodes que je viens d'exposer m'ont permis de faire le lever d'un certain nombre de lacs du territoire français. J'ai dû me borner aux plus importants. Si
Ton réfléchit en effet qu'en France les massifs des Alpes et des Pyrénées renferment chacun plusieurs centaines de lacs, que le Jura en possède près de quatre-vingts et le Plateau Central près de quarante, sans compter ceux des Vosges, des Landes, et des autres régions de notre territoire, on comprendra facilement que plusieurs vies d'homme seraient nécessaires pour faire un travail complet.
J'ai dressé les cartes hydrographiques détaillées de 32 lacs. Ces cartes ont été publiées, sous le patronage du Ministère des Travaux Publics, dans un Atlas' formé de H planches :
PI. I. — Lac de Genève ou Léman *.
PI. n. — Lac du Bourget.
PI. III. — Lac d'Annecy.
PI. IV. — Lac d'Aiguebelette (Savoie).
PI. V. — Lac de Paladru (Isère).
PI. VI. — Lac desBrenets ou de Chaillexon, lacs de Saint-Point, de Remoray et de Malpas (Doubs).
PI. VII. — Lacs de Nantua, de Sylans et Genin (Ain).
PI. VIU. — Principaux lacs du département du Jura : lac de Chalain, lac Dessus bu du Val, lac Dessous ou de Chambly, lacs de Narlay, de la Motte, du Grand-Maclu et du Petil-Maclu.
PI. IX. — Lacs de Laffrey et de Petit-Chat (Isère), de laGirotte (Savoie).
PI. X. — Principaux lacs du Plateau Central : lacs d'Issarlès (Ardèche), du Bouchet (Haute-Loire), Pavin, Chauvet, de la Godivelle-d'en-Haut et de Tazanat (Puy-de-Dôme).
PI. XI. — Principaux lacs du département des Vosges : lacs de Gérardmer, de Longemer, de Retournemer^ et des Corbeaux.
Les Planches IV à XI ont été publiées à l'échelle du Î0500 î ^^s planches II et III à ce"e du 2ô^; la planche I à celle du ^^.
Tenant, pour faciliter l'intelligence du relief, à représenter un lac entier sur une seule feuille, j'ai dû naturellement employer une échelle plus petite pour les lacs de grande surface.
Les courbes isobathes ont été espacées soit de 5 mètres, soit de 10 mètres; dans ce dernier cas, j'ai intercalé en pointillé des courbes intermédiaires de 5 mètres, là où la forme du relief immergé l'exigeait. Même pour quelques lacs (lacs de Saint-Point, de Paladru), j'ai tracé dans certaines parties les courbes de
1. Atlas des Lacs Français, gravé par Erharcl (Baudry, 15, rue des Saint-Pères, à Pai4s, éditeur). Des réductions de ces cartes sont données dans ce livre.
2. La partie suisse du lac Léman a été levée par M. J. Hornlimann, sous la haute direction du colonel Lochmann, chef du bureau topographique fédéral à Berne. Mes courbes se sont raccordées d*une manière très satisfaisante avec celles de cet habile topographe.
3. Les premiers sondages sérieux des lacs de Gérardmer, Longemer et Retournemer ont été faits par M. J. Thoulet (BulL S. G. P., 7« série, t. XV, p. 557, 1894). Grâce aux méthodes plus exactes que j'ai employées, j'ai pu reviser et compléter les cartes dressées par ce savant océanographe.
mètre en mèlre. Des teintes bleues, dont l'intensité augmente avec la profondeur, facilitent la lecture de ces cartes. Enfin (et c'est une innovation qu'on devrait, à mon sens, introduire sur toutes les cartes hydrographiques), j'ai, sur le conseil de M. F.-A. Forel, représenté par un point noir l'emplacement de chaque coup de sonde. Je n'ai pas inscrit la cote de chacun des points ainsi marqués, ce qui aurait surchargé les cartes bien inutilement; mais le nombre et la disposition de ces points permettent d'apprécier le degré de confiance qu'on doit accorder aux courbes isobathes.
J'aurais voulu pouvoir représenter aussi le relief du sol émergé tout autour de ces lacs. Il paraît irrationnel en effet d'arrêter la représentation du terrain juste à l'endroit où il commence à être visible; comme le dit très bien M. Vidal de la Blache* dans une critique qu'il a faite de mon travail, « il y a quelque chose de peu géographique à séparer ce qui est vraiment inséparable ». Je partage entièrement l'avis du savant sous-directeur de l'École Normale. Sur les magnifiques cartes au làôô ^^ ^^ 5Ô5ÔÔ ^^ Bureau Topographique Fédéral, les courbes sous-lacustres ne sont que le prolongement des courbes du terrain émergé, et même, en général, le contour du lac ne coïncide pas avec une de ces courbes. Il en est de même dans l'Atlas des lacs autrichiens*. En France, malheureusement, les courbes de niveau n'existent point ; nos cartes d'élat-major ne sont point assez parfaites pour permettre la reproduction exacte du terrain aux échelles adoptées pour mes cartes hydrographiques. J'ai donc dû, à mon grand regret, m'arrêler au rivage, espérant qu'un jour les topographes viendront poursuivre mon travail sur la terre ferme.
A côté de ces lacs, que les cartes font connaître dans tous leurs détails, j'ai • exploré d'une façon sommaire un certain nombre de lacs, soit de moindre importance, soit plus difficilement accessibles. Sans en faire le lever topographique, j'ai cherché à déterminer exactement leur plus grande profondeur et à connaître approximativement la forme de leur relief.
Ce sont :
Dans les Alpes :
Dans le département de la Haute-Savoie : le lac de Montriond.
Dans le département de la Savoie : les lacs de Sainte-Hélène, de la Thuile, de Saint-André et de Tignes.
Dans le département de l'Isère : les lacs de Cos, Cotepen, Carré, de la [ Motte, Noir, Blanc, Jeplan, de la Sagne et de la Corne (Sept-Laux); les lacs Crozet,
du Grand-Doménon, du Petit-Doménon, Merlat, David, Longet, Claret, Robert
^. Ann, Géogr., Bibliographie de l'année 1893, p. 67.
2. Atlas der GEsterreichischen Alpenseerif publié par A. Penck et Ed. Richter, !'• et 2« livraisons, Hôlzel's Geogr, Instilutf Vienne, 1895-96. Sur les cartes de lacs dressées par le bureau topographique fédéral, les cotes inscrites représentent non pas des profondeurs, mais des altitudes au-dessus du niveau de la mer. Les soustractions qu'on est obligé de faire pour avoir les profondeurs rendent parfois pénible la lecture de la carte. C'est un léger inconvénient.
(Belledonne); le lac de Lovitel, les lacs d'Hiëres, de Moras, de Saye et Crucillieux. Dans le département des Basses-Alpes : le lac d'AUos.
Dans le Jura :
Dans le département du Jura : les deux lacs de Clairvaux, les deux lacs d'Etival, les lacs des Rousses, de TAbbaye, de Bonlieu, du Fioget, du Vernois.
Dans le département de TAin : les lacs de Bare, de Barterand, de Chavoley, d'Arboréaz, d'Ambléon, d'Armaille.
M. Ant. Magnin*, professeur à la Faculté des sciences de Besançon, a continué Tétude de ces mêmes lacs; il a aussi exploré les autres lacs de la région; de sorte que, à peu d'exceptions près, les profondeurs de tous les lacs du Jura sont exactement connues.
Sur le Plateau Central:
Dans le Cantal : le lac de la Crégut.
Dans le Puy-de-Dôme : les lacs de Servîères, de Montcyneire, de la Landie, d'Aydat, de Guéry, de Bourdouze, de la Godivelle-d'en-Bas.
Dans la Haute-Loire : le lac d'Arcône ou de Saint-Front.
Dans la Lozère : les lacs de Saliens, de Saint-Andéol, de Bord.
La plupart des autres lacs du Plateau Central ont une profondeur manifestement très faible, de sorte que, ici encore, le nombre des lacs inexplorés est très restreint.
Dans les Pyrénées :
Dans les Basses-Pyrénées : le lac d'Artouste.
Dans les Hautes-Pyrénées : les lacs de Lourdes, d'Estaîng, de Miguelou, de Gaube, d'Estom, d'Orédon, de Cap-de-Long, d'Auberl, d'Aumar, de Tracens (Néouvieille), d'Escoubous, Bleu (ou de Lesponne) et de CaïUaouas.
Dans la Haute-Garonne : le lac d'Oo.
Dans TAriège : le lac de Naguille.
Dans les Pyrénées-Orientales : le lac Lanoux.
M. Belloc* a, de son côté, fait, avant moi, une exploration très complète des lacs d'Oo, de CaïUaouas, d'Estom et de Lourdes. Il a étudié aussi récemment le plus important des lacs de Venasque, celui d'Et Boum d'El Port.
i. Ant. Magnin, Contributions à la limnologie française. Les lacs du Jura, Ann. Géogr., 3* année, p. 20 et 213, 15 oct. 1893 et 15 janvier 1894. — Les lacs du Jura, Paris, J.-B. Bailière et lils, 1895.
2. E. Belloc, le Lac d'Oo, Bull. Géogr.hist. et descript,, 1890. — Les lacs de CàillaouaSj desGours Blancs et de Clarabide, Ass. fr.. Congrès de Besançon, 1893. — Origine, formation et comblement des lacs des Pyrénées, Ass. /V., Congrès de Pau, 1892. — Nouvelles études lacustres, Ass. fr,, Congrès de Besançon, 1893. — Recherches et explorations géographiques et lactistres dans les Pyrénées Centrales, Anni C. A. P., p. 424, 1894. — Sur certaines formes de comblement observées dans quelques lacs des Pyrénées^ C. JR.,'t. CXV,p. 196, 1892, etc.
Sur le littoral atlantique :
Dans les Basses-Pyrénées : les lacs de Mouriscot, de Marion et de Brindos.
Dans les Landes : les lacs Noir, Blanc, de Hardy, de Garros, d'Irieu, d'Âureilhan, de Parentis et de Cazaux.
Dans la Gironde : les lacs de Lacanau et d'Hourtin.
Les autres lacs du littoral atlantique sont très peu profonds.
Sur le littoral méditerranéen :
Dans le département des Bouches-du-Rhône : les étangs de l'Olivier, d'Engrenier, de Lavalduc, d'Entressens, de Dézeaumes.
L'étang de Thau et l'étang de Berre ont été sondés par le service hydrographique de la marine; j'ai, de mon côté, fait exécuter quelques nouveaux sondages dans le premier.
Les autres étangs du littoral méditerranéen sont très peu profonds ; ils ont fait l'objet d'études, soit de la part du service des ponts et chaussées, soit de la part de la Compagnie des Salins du Midi.
Dans les autres régions du territoire français : •
Sur le plateau des Landes : les lacs de la Laguë et de Troupins. — Les autres nappes d'eau ne paraissent pas être très profondes.
En Provence : les lacs de Besse*, de Gavoti, Redon et de Gonfaron. Dans la Soloyne : le lac de Soings.
i. Le lac de Besse est un lac artificiel situé dans un bassin naturel. Il est alimenté presque exclusiyement par une dérivation de la rivière l'Issole, qui coule à quelques centaines de mètres de distance. Sans cette dérivation, la cuvette qu'il occupe ne recevrait que les eaux de quelques sources et serait peut-être souvent à sec comme celle des lacs voisins de Gavoti, de Redon et de Gonfaron.