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ACTION DES EAUX SOUTERRAINES

Les eaux souterraines jouent probablement un rôle beaucoup plus efficace dans la formation de certains lacs. Souvent, en effet, des masses importantes d'une roche soluble, ou bien encore de sables ou d'argiles facilement délayables, sont peu à peu emportées par les eaux souterraines ; le plafond qui les surmonte devenant trop mince, un effondrement se produit, laissant à la surface une cavité qui se remplit d'eau et devient un lac.

Les roches les plus sujettes à être ainsi dissoutes sont le gypse et surtout le sel gemme ; le carbonate de chaux, quoiqu'on parle souvent de sa disparition par voie d'érosion chimique, est en général beaucoup moins attaquable. La raison en est que» comme je l'ai fait observer plus haut\ la plupart des eaux qui circulent à la surface des régions calcaires sont sursaturées de carbonate de chaux, parce qu'elles proviennent de terrains agricoles où l'atmosphère confinée est riche en acide carbonique ^ Ces eaux, en pénétrant dans les profondeurs, ne trouvent pas en général une atmosphère aussi chargée de ce gaz, et, au lieu de continuer à dissoudre le carbonate de chaux, elles doivent au contraire en déposer. Elles ne pourront poursuivre leur œuvre de dissolution que dans deux cas, ou bien dans les régions volcaniques où Tacide carbonique se dégage en abondance, telles que TAuvergneou le Vivarais', ou bien dans les hautes régions où la terre végétale fait défaut et où, de plus, l'eau pure séjourne pendant une notable partie de l'année sous forme de neige. Cette dernière est en effet capable, à la faveur de l'acide carbonique de l'atmosphère, de dissoudre le calcaire et de produire les crevasses bien connues sous le nom de « lapia? ».

Ces effondrements ont été maintes fois constatés ; un des plus remarquables en France est celui qui s'est produit en janvier 1878 à 4 kilomètres au nord-ouest de Draguignan, en une localité appelée les Clapes. Dans l'espace d'une journée, un énorme entonnoir ovale, ayant à l'orifice supérieur un diamètre moyen de 40 mètres,

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2. Voir ScHLŒsiNG, Contribution à Vétude de la chimie agricole [Encyclopédie chimiquef t. X, p. 147).

3. Mofettes de Giermont et de Uoyat, grotte du Creux-de-Souci (Puy-de-Dôme). Voir E. A. Martel, A. Delebecque et G. Gaupillat, Sur le gouffre du Creux-de-Souci (C. H., t. CXV, 1892, p. 72) ; E. A. Martel (le Creux de Souci, la Nature^ 1892, 2*^ semestre, p. 165, et les Abimes, p. 389).

et dont la profondeur était de 36 mètres, s'est ouvert dans l'infralias, en même temps qu'une masse de terre évaluée à 18000 mètres cubes élnit engloutie'. De nombreux mouvements de même nature, mais de moindre importance, se sont produits non loin de là et s'expliquent par ce Tait que l'infralias repose sur les marnes irisées du trias renfermant de nombreuses lentilles de gypse*.

Dans la même région, aux environs de Brignoles, les entonnoirs si étranges du Grand-Lautien' (fig. 42, p. il5) et du Petit-Laulien*, qui s'ouvent comme des cratères d'explosion au milieu d'une plaine rocheuse dont l 'horizon la li lé est presque

Flii. im, — Lac, lie la Gimllc. Vue prise ilu roi Je Véry. (U'aprc.s UDC phuiu^-rapliio do H. Bticnnb Kitthr.)

parfaite, les deux lacs de Tourves', le lac de Besse' (profondeur 7 mètres) et les dépressions qui renferment les lacs, ou plutôt les marais, de Gavoti ', de Gonfaron* et de Itedon * (près de Besse) sont dus probablement aussi & des efTondremenls provoqués par des dissolutions souterraines. Tous ces lacs se trouvent en elTet dans les marnes irisées et dans le muschelkalk, et ces deux étages sont, comme on sait, riches en gypse et en gisements salifères.

On peut, avec beaucoup de vraisemblance, rapporter à la même cause le lac de la Girotte ((îg. 119), l'un des plus profonds des Alpes (99°',40) ; ce lac se trouve en

1. pANKsuonsE, Happort à la Sociclé d'f^tudes srienti/iques et archéologiques de Drognignan, séance du Il liivrier 1878, in A. i.WKr, Comps et le caii-m del'Arluby [Ann. C. A. F., 1804, p. 86).

2. Carte géologique au jj^,. feuillu Dnigui|;naii, par Zuirher.

3. Ibid. Les noms de tWanii et île Pi-lil-l.autiiii irn ligui-ent jias sur celte carte, mais seulemeut sur la carte M. I. ; les deux enloniioii s se Irouveiil eiilie tes villajies de Garéoult et de la Roquebrussanne.

4. Carie géologique au ;;;j\^, feuille Draj.'uigiian. D'après M. Léon Tlertrond, les petits lacs d'Agnel au pied du pas de la Cavale, dans la liiiule vallée de la Tinée (Alpes-Maritimes), ont une origine analogue. Ce sont des entonnoirs creusés dans des couches de lerrain liasiquc qui i-ocouvrent le gypse et la cargneule du trios. L'un d'eux, qui est à sec, a un dianiètie de GO à 80 mètres et une profondeur de 25 à 30 mètres.

effet traversé par deux bandes de cargoeule triasique ', et l'on sait que, dans les Alpes, le gypse est presque toujours associé à cette roche. Nous avons vu d'ailleurs' que les eaux profondes de ce lac sont riches en sulfate de chaux, ce qui semble bien prouver la présence souterraine du gypse. Peut-être aussi faut-il ranger parmi les lacs de cette catégorie les lacs de Tignes (37", 50) (fig. 120) et du Mont-Cenis (31 mètres) (Bg. 121), sur les rives desquels de nombreux affleurements de gypse sont visibles, bien que, comme nous l'avons vu plus haut^, on puisse leur assigner une autre origine. Peut-être aussi a-t-on affaire ici à des lacs mixtes, dont la cuvette primitive, résultant d'un effondrement parles eaux souterraines, aurait

Fio. 120. — Lac de Tignes el Grande-Motle. (U'aprAi uM photographie do A. Dbuibkcqub.j

été exhaussée soit par une moraine, soit par les alluvions d'un torrent latéral.

Le lac de Soings*, dans la Sologne, a peut-être une origine analogue. Il se trouve dans une dépression assez large, mais dont la profondeur ne paraît pas dépasser une quinzaine de mètres, qui s'ouvre au milieu des sables de la Sologne. Mais, au-dessous de ces sables, on peut voir, un peu à l'est du lac'', les marnes blanches du calcaire inférieur de Beauce. Il est possible que ces marnes aient été délayées par les eaux souterraines et qu'il en soit résulté un eRondrement qui a donné naissance au lac de Soings.

On peut encore ranger dans ce groupe les petits lacs de Mouriscot (fig. 122)

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