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3. Le seul lac naturel de la Bretagne, à Texception de ceux du littoral qui sont formés par des dunes ou par un cordon littoral, et de ceux de Murin et peut-être de Glénac, qui sont au milieu des alluvions, parait être le lac de Grandlieu. Sa profondeur ne dépasse pas actuellement deux mètres cinquante, mais elle était autrefois beaucoup plus considérable ; car, d'après des sondages exécutés par le service des ponts et chaussées, et que m'a obligeamment communiqués M. l'ingénieur en chef Mille, on ne rencontre, dans certaines parties du lac, le fond rocheux qu'à la profondeur de 20"*,50. Cependant on ne peut affirmer qu'on se trouve là en présence d'une véritable cuvette rocheuse ; car nulle part l'Acheneau, l'émissaire du lac, ne coule sur la roche en place ; son lit est constamment sur les alluvions. A la vérité.
satisfaisante n'a pu, jusqu'à présent, être donnée de leur origine, beaucoup de personnes ont attribué celle-ci à l'excavation par les glaciers.
11 est peu de questions qui aient été aussi discutées que celle de savoir si les glaciers ont la faculté de creuser des cuvettes dans la roche, et mon intention n'est point d'ajouter quelques pages de plus aux nombreux volumes qui ont été écrits pour ou contre cette théorie. Malheureusement, comme nous n'avons pas encore pu
pénétrer sous les glaciers, l'observation, qui met souvent à néant les hypothèses les plus ingénieuses, ne peut venir à notre secours. D'ailleurs, même si l'on trouvait des cuvettes sous les glaciers, on ne saurait en conclure que ceux-ci lèsent creusées; elles pourraient avoir une origine très différente. Seule l'absence de cuvettes, si elle
la vallt;e de l'Aclieiieau, ouverte au milieu des gneiss, priîsenle plusieurs élranglemenls, nolammenl k l'ort- Saint-Père et à Pilon; m ce derDier point, l'espaco compi'is ciilre les deux versîinls n'atteint pas 150 mètres ; mais cependant on ne voit point entre ces deux versants un seuil rocheux continu. Dans ces conditions, l'existence d'un bassin creusé dans la roche en place est liés problématique, et le lac de Grandlieu peut très bien ne pas élre un vérilable lac et ne constituer que la partie élargie d'une vallée dont la pente était autrefois continue et qui a été envasée par les alluvions. Cet envasement a été, d'après H. Ch. Barrois, dont les belles éludes sur la Bretagne sont bien connues, facilité par une submersion générale de la ré^'ion, qui atteint une vingtaine de mètres. Telle est aussi l'opinion de M. le général de la Noé (iVofe sur la géographie ancienne de l'embouckure de la Loire, in BtUl. Giog. Hist. et Scientif., 1889, n° I).
était constatée, prouverait que les glaciers n'ont pas le pouvoir d'excaver la roche. Nous savons bien qu'un glacier peut, par l'intermédiaire des cailloux qu'il charrie dans sa moraine proFonde, user sou lit, soit en le polissant, soit en le striant; mais il y a loin de tfi & creuser des gouffres de 120 mètres de profondeur comme le lac Bleu (fig. 137), de 100 mètres comme le lac de CaïUaouas {Pig. 138), de 85 mètres comme le lac d'Artousle (fig. 139), de 72 mètres comme le lac de Naguille, de 70 mètres comme le lac Colepen (fig. 108), de 67 mètres comme le lac d'Oo
Fio. 138. — Lac de CaïUaouas (doutea-Pyrénées). A droile de la cabane, l'éniissaîre du lao.
(D'après une photographie de U. E. Belloc.)
(fig. 140). Même au pied des cascades, là où la force excavatrice doit atteindre sa plus grande intensité, la pression de la glace ne saurait être très considérable ; car, ainsi que l'a montré M. Heim', pour peu que le glacier ait une épaisseur un peu considérable, sa température, au point de contact avec le sol, doit être égale à zéro, et, h cette température, la glace se liquéfie facilement par la pression. Toutefois, je le répète, l'observation directe n'est pas possible, et nous connaissons si mal ce qui se passe sous les glaciers qu'il serait dangereux de se prononcer d'une façon absolue.
Cependant, s'il est bien difficile d'admettre que la glace puisse excaver la roche dure, on ne peut se refuser k reconnaître qu'elle est capable d'entamer des roches