‹ Atlas des lacs françaisChapitre 70 sur 360 · Communication de M. J. Hôrnlimann · texte numérisé non relu

Communication de M. J. Hôrnlimann

formera un delta torrentiel analogue à celui de la Dranse. Or cette condition paraît être remplie beaucoup mieux pour le Rhône et le Rhin que pour les affluents des lacs de Brienz, des Qua Ire-Cantons et Majeur, et surtout que pour ceux du lac de Sils. Tous ces fleuves glaciaires ont, en effet, à Textrémité inférieure de leur cours, une pente qui varie de 2 à 3 p. 1000 et qui est suffisante pour permettre le transport de matériaux relativement gros, surtout en été, lorsque les eaux sont abondantes par suite de la fonte des glaciers; mais un coup d'œil jeté sur la carte de la Suisse montre immédiatement que le Rhône et le Rhin ont, avant d'arriver aux lacs qu'ils alimentent, un parcours beaucoup plus long que les autres fleuves glaciaires; il en résulte que les matériaux charriés ont le temps de s'user davantage*.

L'abondance des glaciers dans le bassin ne parait pas jouer d'ailleurs un rôle très important, car le rapport de l'aire occupée par les glaciers à la superficie totale du bassin est d'environ* :

1/2 pour TAar (superficie totale : 612 kil. carrés; superficie glacée ; 1/5 — le Rhône — 5342 — —

1/6 — la Reuss — 860 — —

1/13 — leTessin — 1675 — —

1/25 — le Rhin — 6632 — —

294 kil. carrés)

On voit, d'après ce tableau, que le rapport est sensiblement plus faible pour le Rhin, qui forme un ravin sous-lacustre admirablement développé, que pour l'Aar et la Reuss, qui n'en forment pas^

Ce n'est pas tout. Nous avons supposé que, au contact des eaux courantes du fleuve et des eaux dormantes du lac, il se produit une précipitation des alluvions ténues que le fleuve sous-lacustre tient en suspension ; nous avons admis implicitement que cette précipitation est possible. Or des expériences bien connues de M. Schlœsing^ ont montré que, lorsque la teneur d'un milieu liquide en bases alcalino-terreuses, chaux et magnésie, descend au-dessous de 0^,06 par litre, la préci-

1. On trouve, à l'embouchure môme du Rhône, de gros galets calcaires, pesant environ 2 kilos, et des galets cristallins, du poids approximatif de 1 kilo. Il est toutefois possible que ces galets aient été, non pas charriés par le Rhône, mais apportés de la côte de la Savoie par les courants provoqués par les vents du nord-ouest.

2. Les superficies glacées m'ont été obligeamment communiquées par M. Forel, d'après les chiffres de la commission hydrométrique de la Société helvétique des Sciences naturelles; quant à celles des

bassins, elles ont été mesurées au planimètre sur une carte au gô^ôôô* ^^^^^ ^^ ®^^* évidemment qu'approximatives, mais suffisamment exactes toutefois pour les conséquences que nous avons à en tirer.

3. Je dois cependant citer ici une remarque importante qui m'a été faite par M. le D' Léon du Pasquier. Le Rhin reçoit une assez forte charge d'alluvions provenant de la trituration des schistes lustrés que traversent plusieurs de ses affluents, notamment la NoUa. 11 se peut que ces alluvions compensent la pauvreté des apports glaciaires. Elles ont, paraît-il, une couleur noirâtre caractéristique que j'ai retrouvée dans les eaux de TArc (Maurienne), torrent qui traverse aussi des schistes lustrés.

4. ScHLŒsiNG, Encyclopédie chimique, t. X. Contribution à Vètude de la Chimie agricole, p. 62 et seq.

pitation des argiles que ce milieu tient en suspension ne se fait qu'avec une extrême lenteur. Il en résulte que, si un fleuve comme le Rhône, chargé d'alluvions glaciaires dont une notable partie consiste en argiles provenant des roches cristallines du Haut Valais, débouche dans un pareil milieu, la précipitation de ces alluvions ne se produit qu'après un temps très long et sur l'ensemble de la cuvette, lorsque les eaux du fleuve se sont entièrement diffusées dans celles du lac ; au contraire, si la teneur du milieu en bases alcalino-terreuses est supérieure à 0^,06, le dépôt peut se former assez rapidement, à une distance limitée de l'embouchure et avant que cette diffusion ait lieu ; les digues nécessaires à l'existence du ravin sont alors susceptibles de se constituer. Or voici les chiffres que j'ai trouvés pour les eaux des lacs de Constance, de Genève, des Quatre-Cantons, Brienz et Majeur, que des correspondants obligeants ont bien voulu prendre à mon intention.

LAC

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