APERÇU GÉNÉRAL SUR LES RICHESSES HOUILLÈRES DU MONDE
Cinq cents millions de tonnes de houilles ont etc extraites et brûlées dans le monde en 1890. Quelques régions privilégiées du vieux et du nouveau continent participent seules à cette création d'une richesse qui peut certainement être estimée à plus de cinq milliards de francs* Notre planche n° 1 permet de saisir d'un coup d’œil la situation de ces pays privilégiés ; et ce nest pas sans quelque inquiétude que plus d'un se demandera ce que sera une pareille carte dans cinquante ou cent ans, et quelle sera alors la situation relative des grands producteurs actuels*
Ces vastes continents, dont les rivages étaient, hier encore, a peine tracés, dont les vallées et les montagnes n’étaient, pour la plupart, que grossièrement indiquées ou absolument inconnues, que recèlent-ils dans leurs flancs? De hardis explorateurs nous parlent avec enthousiasme des riches affleurements qu'ils ont entrevus au sud et vers le centre de l'Afrique ou en bien des points de la Chine* Nos marins et les pionniers qui les ont suivis ont déjà attaqué les gisements du Tonkin, et des ingénieurs formés à nos écoles commencent à livrer des tonnages importants de houilles dans les ports du Japon* Le inonde africain et le monde asiatique semblent donc appelés* peu à peu, à compter sur le marché houiller, et peut-être à y jouer, dans un avenir plus lointain, un rôle important, grâce aux conditions spéciales de la main-d’œuvre*
L'Amérique du Nord n’a eu besoin que de trente ans pour décupler sa production, et, la portant de 15 à 150 millions de tonnes, prendre, à côté de l’Angleterre, un rang tel que peu d’années suffiront pour enlever à îa Grande-Bretagne sa situation de premier pays houiller du monde.
L’accroissement si subit et si considérable que prenait, de 1850 à 1870, la production houillère dans notre vieux continent, n’a pas été sans surexciter les imaginations et susciter bien des pronostics sinistres.
Pour combien de temps, s’esl-on demandé, les gisements houillers sont-ils en mesure de satisfaire à des besoins croissants dans de telles proportions ?
L’épuisement prochain des combustibles minéraux avait vivement préoccupé les économistes, il y a vingt ans, quand, après la guerre, sévit dans toute l’Europe une crise houillère que certains esprits timorés ou irréfléchis présentaient comme le prélude du temps où le combustible allait faire défaut* À ce moment-là, certains statisticiens, se,basant sur ce que, dans les cinquante ou soixante années antérieures, la consommation de la houille doublait en Angleterre tous les quinze ans, admettaient, sans plus discuter, que cette progression se maintiendrait, c’est-à-dire que, partant de la production anglaise de 120 millions de tonnes en 1872, Us prévoyaient qu’elle serait de 240 millions en 1887 et de 480 millions en 1902*
Il est intéressant de rapprocher de ces chiffres les résultats réels et de montrer combien avaient raison ceux qui, dès 1875 et 1875, réfutaient ces calculs qui, pour être fantaisistes* n’en avaient pas moins ému l'opinion publique.
En 1887, au lieu de 240 millions, la production a été de 162 millions de tonnes, et en 1892, elle n'a pas atteint 182 millions de tonnes, alors que la théorie fixait à 280 millions la production probable.
On voit donc qu'en vingt ans l'écart entre l'hypothèse et la réalité a atteint 100 millions de tonnes, et il convient de remarquer que, d'année en année, la production, loin d’augmenter suivant la même loi, comme le supposaient ces hardis prophètes, tend, au contraire, à croître de moins en moins. Il semble donc que cette autre hypothèse qu'exposait, avec des preuves si judicieuses à l'appui, le vénéré président d'honneur du Congrès de l'Industrie minérale de Douai en 1876, a bien des chances d'être confirmée parla réalité. « Tôt ou tard, disait-il, on devra atteindre, dans tout pays, un maximum de production houillère forcément limité par la nature môme des choses. En Angleterre, ce maximum ne me parait guère devoir être supérieur à 250 millions de tonnes ; il suppose déjà un million de mineurs et une population ouvrière de cinq millions d’âmes 1 * »
Tour la France également, malgré la remarquable expansion prise par l'industrie minière dans le Nord et le Pas-de-Calais, la production a été bien loin de doubler, non pas en quinze, mais môme en vingt ans.
De 15 800 000 tonnes en 1871, elle n’a pas dépassé 26 millions de tonnes en 1892; et s'il était peut-être timide de fixer à 50 millions le maximum de la production de la France, il semble bien probable qu’il faudra encore bien des années pour que ce chiffre soit beaucoup dépassé.
Répondant, en 1890, à ces mêmes préoccupations, M. de Làppàrent 2 a montré, lui aussi, statistique en mains, qu 1 « il y a ralentissement très sensible dans l'augmentation de la production charbonnière, et que ce ralentissement ne peut que s'accentuer encore. La chose s'explique sans peine, ajoute-t-il ; car il y a une limite à cette expansion industrielle, qui n'est autre chose que la mise en pleine valeur des richesses naturelles d'un pays. Cette limite est bien près cVôtre atteinte Je jour où le réseau des voies de communication se trouve assez serré, d’une part, pour que les éléments nécessaires à la production arrivent partout à bas prix, de 1 autre, pour qu'aucun produit n’éprouve de gêne à se rendre au point où il peail y avoir le plus d’intérôt à le faire consommer. C'est donc l'état de viabilité, et, avant tout, celui des voies ferrées, qui gouverne le développement économique, et le dernier est assuré de grandir aussi longtemps que le premier peut encore recevoir de l'accroissement ».
Blais si, dans la partie occidentale de notre vieux continent, le développement de la production houillère nest déjà plus très loin de son maximum, il n'en est
Congrès de 1 industrie minérale à Douai en 1S7G.
Discours présidentiel par L. Grimer, président d’honneur. Bulletin de la société de VIndustrie minérale. série, L VI, p. 50.
s La question du charbon de terre , par M. de Lapparent Savy, 1800.
plus de même au fur et à mesure que Ton avance vers l'Est.
Marcher vers l'Est, c'est, on quelque façon, remonter la série des temps ; nous voyons déjà; en Allemagne, l’expansion industrielle ne se produire qu'à partir de la seconde partie de ce siècle, et, en Russie, le bassin houiller du Donetz, qui est appelé à un si grand développement, était à peu près inconnu en 1870, et sa mise en exploitation est à peine ébauchée à l'heure actuelle.
Au delà de l'Océan, nous trouvons aux Etats-Unis une confirmation plus éclatante encore de cette vérité, mais là le progrès se fait à pas de géant, ainsi que le témoignent les quelques chiffres ci-dessous :
ANNÉES
HOUILLES GRASSES