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EN ORIENT ET EN OCCIDENT

Parmi les faits qui, dans l’ordre scientifique, servent à caractériser le mouvement des esprits depuis les premières années du xix° siècle, il en est deux surtout que f archéologue jaloux des progrès de la science qu’il cultive, ne peut constater sans éprouver une vive satisfaction. D’une part les observations des plus habiles géologues sont venues donner une éclatante confirmation au récit de la Genèse, qui, dans un style sublime par sa simpbcité, déroule à nos yeux le tableau de la création du monde et la succession des êtres sur le globe terrestre. D’autre part les résultats obtenus à l’aide de fapplication de la méthode comparée aux investigations philologiques et archéologiques, témoignent non moins hautement de la véracité de la Bible touchant les races humaines, les langues quelles parlaient, les divinités qu’adorèrent et les guerres qu’entreprirent plusieurs nations païennes, limitrophes ou voisines des tribus d’Israël. Ainsi succède à un siècle détracteur du livre éternellement vi’ai une ère scientifique, qui restituant à ce livre une part de f autorité qui lui est due,

replace sur le sol de l’Asie, berceau du genre humain et d’une civilisation primitive, la recherche de l’origine des idiomes, des idées, des institutions religieuses et civiles, des sciences, des arts qu’on voit se former, naître ou se modifier dans les différentes parties du monde, après le déluge et la dispersion des peuples. Telle ne fut pas la marche des études durant le moyen âge et le siècle fortuné qui vit renaître les lettres, les arts et les sciences. Telle n’a pas été non plus la direction des esprits pendant le cours des deux siècles suivants. Méconnaissant ses origines asiatiques, et se croyant fille seulement d’Athènes et de Rome, f Europe, jusqu’à nos jours, n’a cherché que dans les écrits grecs ou latins les éléments d’une civilisation dont elle éprouvait le besoin. Si parfois elle se permit quelques incursions dans le domaine des lettres orientales, ce fut le plus souvent pour emprunter à cette source des traités d’astrologie, des traités de médecine et de chii’urgie médicale, que condamnaient à l’avance la morale divine de l’Évangile ou les immortels écrits d’Hippocrate. Parmi les hommes studieux qui rompant avec la scolastique, dirigèrent leurs recherches vers le vaste champ d’études que leur offraient la Grèce et l’Italie, plusieurs, non contents de lire et de commenter les écrits des auteurs anciens, eurent 1 heureuse idée de recueillir et d’interroger les médailles, les inscriptions lapidaires, les monuments figurés que nous ont légués l’antiquité grecque et l’antiquité romaine. Durant le moyen âge, cette branche particulière de fétude du passé n’avait rencontré dans les esprits que de f indifférence, du dédain, parfois même une superstitieuse répugnance ; mais vers la fin du xv'" siècle , nous découvrons dans les écrits du temps quelques traces d investigations mythologiques. Et même à cette époque une mention expresse du dieu des Perses, Mithra, adoré chez les

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Romains depuis l’expédition de Pompée contre les pirates de Ciiicie, se trouve dans une dissertation' sortie de la plume d’un écrivain longtemps célèbre, Pietro Riccio^, plus connu sous le nom latinisé de Pelrus Crinitus. C’est pour la première fois, ce semble, que depuis les Pères de l’Eglise une telle mention se fait remarquer dans un écrit chrétien. Nous parvenons presque au milieu du xvi“ siècle sans en rencontrer une seconde, sans apercevoir nulle part f indication d’un monument dédié au dieu des Perses; mais les observations recueillies en Italie, de i545 à 1 5 5 1 , par Mai’tin Smet ^ , nous offrent une description du grand bas-relief'* qu’il avait vu au fond de la grotte consacrée à Mitlira dans les flancs du Mont Capitolin. Peu d’années après Smet, et antérieurement à i558, Pigbius ou Pigbi, pendairt un premier séjour à Rome, décrit à son tour le même basrelief^. En présence de ce précieux monument, les deux savants antiquaires hollandais n’hésitent pas à y reconnaître Mitlira sous les traits du jeune dieu qui plonge son poignard dans le cœur d’un taureau. Leur opinion cependant n’obtient pas tout d’abord f autorité qui lui semblait assurée. En i564 paraît à Rome le premier dessin qui ait été publié en Europe, d’un bas-relief mithriaque d’époque romaine®; et dans le recueil d’antiquités^

' De honesta disciplina, V, xiv; 0pp. omn. l.I, p. 97; edlt.Lugdun. i543, i544.

^ Né à Florence vers i465, et disciple de Politien.

^ Elles ont été publiées par Juste Lipse.

* Il est figuré sur ma planche LXXV.

^ Sa description et le dessin qui l’accompagne sont insérés dans le Spicilegium antiqaitatis de Béger ( Colon. Brandenburg. 1692, 1 vol. in-fol. fig.). Ses manuscrits se conservent à la bibliothèque royale de Ber¬

lin; Grûter en a tiré plusieurs inscriptions pour les placer dans le recueil qu’il a publié en 1601, notamment celles qui se rapportent au culte de Mithra chez les Romains.

® Ce monument était alors déposé dans le palais du sénateur Ottavio Zeno , et pa raît s’être perdu. Il est figuré , d’après Lafréry ^ sur ma planche LXXXK.

’ Specalam Romanæ magnificentiæ omnia fcre quæcamgae in arhe monumenia extant,

INTRODUCTION A L’ÉTUDE où le graveur français, Antoine Lafréry, avait placé ce dessin, le monument original est désigné, non comme une l’eprésentation du dieu Mithra , mais comme un simple tableau d’agriculture. Treize ans plus tard, en lôyy, un médecin de Nuremberg, Joacbim Camérarius, le reproduit d’après Lafi’éry*, l’intitule Pictiira hieroglyphica , ojjîcium boni coloni, et le commente dans le sens de cette désignation, prenant l’image de Mithra pour celle du bon laboureur. Bientôt après, sous le pontificat de Sixte- Quint, le sculpteur romain Flaminio Vacca inscrit dans son journal, à la date des années i585 à ^5g4^ cp^ielques notes relatives à une statue et à un bas-reliefs représentant chacun une divinité léontocéphale, et provenant fun et fautre de fouilles exécutées dans un vallon situé entre le Mont Quirinal et le Mont Viminal. 11 y inscrit aussi, d’après le témoignage de son précepteur Vincent de Rossi, la mention du grand bas-relief qui se voyait au fond de la grotte du Mont Capitolin, lorsque les débris tombés des édifices antiques du Capitole n’avaient pas encore rendu inaccessible aux curieux l’entrée de cette grotte. Telle était, même vers la fin du xvC siècle, fignorance de la plupart des personnes qui cultivaient les lettres et les beaux-arts, qu’aucun des trois monuments dont je parle, tous trois consacrés à Mithra, n’est rapporté au dieu des Perses dans la narration de Rossi , ni dans le journal de son élève. Le premier prend le bas-relief de la grotte du Mont Capitolin pour fenlèvement d’Europe par Jupiter métamorphosé en taureau : le second, Flaminio Vacca, ne se permet aucune interprétation; il se borne à raconter que la statue

accuratissime deîineata,t'eprœsent(ins; ionise, 2 Montfaucon , Diar. Italie.^. 170, 196,

i554-i564, I vol. gr. in-fol. 197.

^ Dans son Traité De re rustica (Nu- ® Voyez ma planche LXXJ, n” 2. remberg, 1677, 1 vol. in-4®, fig.).

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léonlocéphale, découverte de son temps et fortement soupçonnée d’être l’image du diable, fut sans retard livrée aux flammes d’un four à chaux'.

L’erreur se perpétue, quant à la signili cation des sculptures où nous voyons Mithra, sous une forme humaine, sacrifiant un taureau; et, en 1700, Montelatici^ classe parmi les monuments relatifs à l’agriculture le grand has-relief qui naguère décorait le Mithræuin du Mont Capitolin. Ce has-relief, jeté sur la place du Capitole, et abandonné là sans aucun soin, avait enfin été transporté à la villa Borghèse, d’où il est passé dans le Musée du Louvre. On aurait dû croire que les notes de Smet publiées en i588 par Juste Lipse^, celles de Pigliius insérées dans le Spicilége de Béger en 1692, et le recueil de Grüter" imprimé dès fannée 1601, avaient définitivement restitué à Mithra ce beau

monument, plusieurs autres bas-reliefs du même genre, et un nombre considérable d’inscriptions lapidaires. De son côté Capaccio, dans son Histoire de Naples®, avait en 1607 publié un monument analogue, déclarant, sans hésiter, que celui-ci offre la représentation figurée du dieu des Perses, Mithra. Aju’ès lui, une seconde édition de fHistoire de la ville et du royaume de Naples, écrite par Summonte®, avait reproduit, en 1676, ce dernier basrelief, confirmé fattribution que lui avait reconnue Capaccio, et ajouté aux citations tirées par celui-ci de quelques autem's anciens, un certain nombre de passages grecs ou latins qui n’avaient

^ Montfaucon, Diar. Italie, p. 197.

^ Villa Borghese descritta, etc. Rome, 1700 , 1 vol. in-8®, fig.

^ Inscriptionum antiquaram qaæ passim per Europam liber, etc. ex officin. Planlin. i588, 1 vol. in-fol. Amstelocl. 1707, 1 vol. in-fol.

* Inscriptiones antiqaœ iotius Orhis Bo-

mani, etc. ex officin. Commel. 1601, '1 vol. in-fol. fig.; réimprimé à Heidelberg en i6o3. La seconde édition est datée d’Amsterdam , 1707, 2 vol. in-fol. fig.

^ Neapolitanœ historiœ; Neapoli, 1607, 2 vol. in-4°, fig.

® Historia délia citta e regno di Napoli; Napoli, 1676, 5 vol. in-4®, fig.

pas encore été produits dans la question de Mithra. Enfin, pendant qu’à Rome Montelatici se refusait, en 1700, à désigner le grand bas-relief de la villa Borghèse comme un monument représentant la personnification de Mithra, la même année un savant évêque d’Hacü’ia, del Torre ou délia Torre, et un célèbre orientaliste , le D'’ Thomas Hyde, faisaient paraître, fun à Rome, fautre à Oxford, deux ouvrages^ où les monuments figurés du culte romain de Mithra sont restitués à cette divinité. Sa légende y est même étudiée avec plus d’érudition qu’à cette époque l’étal des connaissances littéraires et archéologiques ne permettait ^leut-être de 1 espérer. Deux ans plus tard fut imprimée à Paris la relation du voyage de Montfaucon en Italie. Elle nous apprend^ qu’arrivé a Rome, en 1698, ce savant bénédictin avait, de son côté, reconnu la véritable attribution qu’il convenait de donner et aux figures léontocéphales décrites dans les notes de Vacca, et an grand bas-relief de la villa Borghèse.

De. 1702 à 1 770, plusieurs écrivains, pai'ini lesquels nous retrouvons le P. Montfaucon^, s’occupent de Mithra et des monuments mithriaques d’époque romaine, dans des onvrages généraux d antiquité, de mythologie ou de philosophie, et dans quelques dissertations pai'ticulièi’es ^ Aucune lumière nouvelle ne jaillit de ces publications. Deux bases essentielles manquaient encore

' Monum. veter. Antii; Romæ, 1700, 1 vol. in-4° , fig. Veter. Persar. et Parthor. et Medor. religionis historia; O.xonii, 1700, 1 vol. lig. En 1760 il a paru

à Oxford une seconde édition de ce dernier ouvrage.

^ Diarium Italicum, p. 170, 196-202.

^ Dans son grand ouvrage intitulé, L’antiquité expliqaée.-'P&Tis, 1719, 5 vol. in-fol.

fjg-

* La plupart de ces ouvrages et de ces dissertations sont indiqués aux pages 89 , 4o et 4 1 de mes Nouvelles observations sur le grand bas-relief mithriaque du Musée royal de Paris (Paris, 1828, in-4”, fig.). Je compléterai cette indication dans la Bibliothèqae mithriaque qui sera placée à la suite du second volume de mes Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra.

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à tous les travaux entrepris sur le culte public et les mystères de Mithra : la connaissance des livres sacrés des Perses, et celle des monuments figurés asiatiques qui se rattachent à ce culte et à ces mystères. Le D'' Thomas Hyde interrogeant l’Orient sui’ la question de Mithra, n’avait pu consulter que des ouvrages arabes ou persans qui ne remontent joas au delà du x® siècle de notre ère. On sait avec quelle défiance il faut lire la plupart des écrivains orientaux de ces époques, lorsqu’ils parlent des temps anciens de la Perse. Les plus instruits, les plus véridiques d’entre eux ne fournissent sur les religions primitives que des notions confuses et incomplètes. Mais le moment approchait où la première des deux lacunes que je viens de signaler devait être comblée : Anquetil du PeiTon, avec un dévouement dont bien peu de vies scientifiques offrent un aussi bel exemple, avait copié et traduit, au milieu même des Parsis de l’Inde, le Zend-Avesta et le Boun-Déhesch. Ces Parsis, personne ne f ignore, descendent des fidèles sectateurs de Zoroastre qui , après l’invasion de la Perse par les Arabes musulmans , aimèrent mieux aljandouner leur patrie et chercher un asile au delà de l’Indus, que de se soumettz'e à une loi religieuse qui leur était apportée le glaive et la flamme à la main. Doué de cette énergie, de cette persévérance que peut seule donner une âme fortement trempée, Anquetil triomphe de tous les obstacles que lui suscitait la défiance des Parsis réfugiés ; il se procure une copie exacte de leurs livres sacrés écrits en zend ou en pehlwi; il obtient que leurs prêtres les lui traduisent verbalement, au moyen de la langue persane, qu’il avait apprise; il rapporte en France ces trésors littéraires acquis au risque de sa vie, aux dépens d’une fortune plus que mécüocre; il les dépose, en 1762, à la Bibliothèque du Roi, et présente, cinq ans après',

* Au mois de mai 1767.

INTRODUCTION A L’ÉTUDE à l’Académie des inscriptions, un grand travail intitulé, Exposition du système théologicjiie des Perses, tiré des livres zends, pehlvis et parsis Ce travail avait été précédé de trois dissertations partielles : les deux premières sur les langues anciennes de la Perse la troisième sur le système théologique des mages selon Plutarque^. Il fut suivi de trois autres mémoires'*, dont un contient des recherches sur le temps auquel a vécu Zoi’oastre, et le dernier une dissertation sur l’authenticité des ouvrages que les Perses lui attribuent. En 1771 Ancpietil couronne son œuvre : il publie, sous le titre àe Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, le livre qui a rendu immortels et le nom du législateur des Perses, et le nom du traducteur fi'ançais. Après un intervalle de soixante-deux ans, les admirables travaux de M. Eugène Burnouf sur les textes zends de l’Avesta® sont venus démontrer que si une judicieuse critique, le secours d’une version sanscrite et l’emploi 'de la méthode comparée ont conduit f habile commentateur à introduire dans la traduction d’Anqnetil un bon nombre d’importantes corrections, ces corrections n’altèrent pas le caractère fondamental des dogmes dont le disciple français des destours parses invoque le témoignage dans son exposition du système théologique de Zoroastre.

De la publication des travaux d’Anquetil, sujet éternel de gloire pour la France littéraire, date une nouvelle ère, quant à f étude

' Mém. de l’Acad. roy. des inscriptions et lelles-lettres , t. XANVII, p. 671-709.

2 Ibid. i. xxsi, p. 339-392, 393-

Ibid. t. XXXIV, p. 376-416.

* /ftid. t. XXXV, p. 160-170; t. XXXVII, p. 710-264. Journal des Savants, mai et juin 1769.

^ Commentaire sur le Yaçna, t. I. i''et

2" partie (Paris, Imprimerie royale, i833 et i836). Journal Asiatique, II' série, t. III, p. 321-349; t. IX, p. 53-6i ; t. XIII, p. 56- 86; III' série, t. X, p. 6-62, 237-267, 320-358; IV' série, t. IV, p. 449-5o5 ; t. V, p. 249-808, 409-436 ; t. VI, p. i48- 161; t. VII, pag. 5 et suiv. io5 et suiv. 244 et suiv. Journal des Savants, ann.

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de la religion des Perses et du cvdte de Mithra en particulier. Les savants d’outre-Rhin le comprirent ainsi; et dès l’année 1776 parut à Riga le premier volume d’une traduction allemande du Zend-Avesta, composée sur la version française par Kleuker, professeur à l’université de Kônigsberg'. Achevée dans le cours des deux années suivantes, cette traduction fut réimprimée en 1786; et profitant d’un exemple analogue, donné par le président Brisson, lorsrpi’en 1690 il mettait au jour son traité sur le gouvernement des rois de Perse^, le traducteur allemand plaça sous les yeux du lecteur les passages qu’il avait pu recueillir dans les auteurs grecs ou latins qui nous parlent de la religion des PersesL Après les publications d’Anquetil et de Kleuker, la France et 1 Allemagne dotèrent la science archéologique de plusieurs ouvrages, dont les auteurs prenant plus ou moins le Zend-Avesta pour base de leurs investigations, ont exposé, avec des succès divers, leurs idées sur le culte public et les mystères de Mithra. Il faut principalement citer Sainte-Croix, Silvestre de Sacy, d’Hancarville, Zoëga et son savant éditeur M. F. G. Welcker, Visconti, Gôrres, Rhode, le D'' Jean Labus, M. de Hammer, et surtout M. Frédéric Creuzer et son haljile traducteur M. Guigniaut. Malm-é ce concours heureux de tant de savoir, de tant d’efforts, les difficultés les plus graves de la question de Mithra restaient encore sans solution. Aucun des érudits que je viens de nommer n’avait eu la pensée d’examiner s’il existe ou non quelque accord entre les doctrines théologiques et cosmologiques du Zend-Avesta et les

* Zend-Avesta, Zoroaster’s lehendiges Wort, aus dem Franz, ûbs. von J. F.

Kleuker; Riga, 1776-1778, 4 parties en 3 vol. in-4°.

^ De regio Persarum principata lihri III; Paris, iSgo, in-8“. Ce traité a eu cinq édi¬

tions. La dernière est de 1710, 1 vol. in-12 ; elle a été publiée à Strasbourg par Lederlin.

^ \oy. Kleaker’s Anhang zur Zend-Avesta: Riga, 1781-1783, 5' partie, 2 vol. in-4°.

jQ introduction a L’Étude

idées exprimées sur les monuments de l’art qui sont encore debout sur le sol de la Perse. Personne n’avait songé à constater si ces monuments peuvent ou non fournir, sur le culte et les mystères de Mithra, quelques-uns des renseignements que l’on cherche en vain dans les documents écrits. Faute d’avoir puisé à la source précieuse des représentations figurées, Anquetil et ses successeurs n’ont pu ni éclaircir et compléter les passages qui nous restent des livres de Zoroastre, ni suppléer au laconisme, aux réticences des écrivains grecs ou latins. Le traductem' français du Zend- Âvesta a même ignoré, il faut bien le dire, quelle place élevée Mithra occupe réellement dans le système théogonique du disciple des Chaldéens : il n’en fait qu’un génie, tandis que Mithra, j espere le démontrer, est une des trois divinités dont se compose la triade placée au sommet de f Olympe des Perses. L’opinion d Anquetil devait exercer une fâcheuse influence sur fesprit des savants : après lui, le rôle de Mithra continue d’être méconnu; les monuments figurés de la Perse ne sont point étudiés; ou s ils le sont, ce n’est pas dans le but d’y trouver de nouvelles lumières sur le culte et les mystères de ce dieu ; on se borne a chercher quelques rapports entre les documents écrits et les seuls monuments consacrés à Mithra par les Romains. Nous voyons même un savant orientaliste de funiversité de Gôttingue^ soutenir publiquement qu’entre le Mithra de Rome et le Mithra des Perses, il n’y a de commun que le nom. Un autre écrivain^ veut trouver sui les monuments asiatiques que je me crois autorise a rapporter au culte de Mithra, des sujets qu’il explique tantôt par des formules

‘ M. Eichhorn. Voy. Comment. Societ. de l'Orient (Oiserv. sur quelques monum. de reg. scient. Gotling. recent. {De Deo Sole Perse), t. I , p. 209-2 16 ; Vienne , 1809. Invicto Mithra), 1. ffl; Gotting. 1816, De l'étude des hiéroglyphes ; Paris , 1812, in-4», fig. 5 vol. in-12.

2 Feu le chevalier de Palin. Voy. Mines

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propres à la Bible, tantôt par les représentations figurées des divinités égyptiennes. D’autres, avairt lui, avaient pris pour les emblèmes de nations domptées par les rois de Perse, ou pour autant d’images d’Abriman et de ses dews, les animaux symboliques que l’on voit l’eprésentés sur les murs de Persépolis, sur les cônes et les cylindi’es asiatiques.

De telles lacunes, de telles erreurs, ne pouvaient rester longtemps inaperçues au sein de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres. Toujours attentive à provoquer des travaux utiles au progrès de la science, elle proposa, en 1828, pour le sujet d’un prix extraordinaire, la question que voici : Rechercher l’origine et la nature du culte de Mithra; déterminer leurs rapports avec la doctrine de Zoroastre et les autres systèmes religieux répandus dans la Perse; décrire les cérémonies et les emblèmes du culte; faire connaître l’époque et les causes de son introduction et de son extension dans l’empire romain; désigner les changements qu’il y a éprouvés en se combinant avec les opinions religieuses et philosophiques des Grecs et des Barbares; enfn, en tracer l’histoire, aussi complètement qiiil sera possible, d’après les auteurs, les inscriptions et les monuments de l’art ' .

Je me décidai, non sans hésitation, non sans une juste défiance de moi-même, à entreprendre le travail ardu que demandait lAcadémie. La collection d’antiquités asiatiques que j’avais formée en 1 807, 1 808 et 1 809, pendant mon séjour dans l’Asie Mineure, l’Arménie, la Perse et le Caucase; la collection d’empreintes que j’avais ajoutée à celle-ci ; l’étude particulière que je venais de faire du Zend-Avesta et des autres systèmes théogoniques et cosmogoniques de l’Asie occidentale; les obsen ations que j’avais recueillies sur certaines cérémonies religieuses ou civiles, d’origine fori an-

^ Mém. de VAcad. roy. des inscriptions et belles-lettres , t. IX, p. 4i-

cieiine, qui de nos jours encore se pratiquent chez les Peisans, la conviction où j étais que chacun de nous ne peut connaître que la plume k la main l’inventaire exact et la valeur réelle de ses idées; et, le dirai-je aussi? un penchant, une sorte dinstinct, qui me faisaient préférer à toute autre recherche la solution des énigmes nombreuses et compliquées que Ion rencontre a chaque pas dans l’étude des antiquités asiatiques ; tout concourut à me donner fespoir qu’à l’aide de ces avantages, et avec ces dispositions d’esprit, je pourrais, dans le délai accordé aux concurrents, acquérir, sur quelques points du moins, un peu du savoir qui me manquait pour répondi’e convenablement à la question proposée. J’étais soutenu dans une pareille tâche, je l’avoue, par la double ambition de recevoir la palme que décerne l’Académie dans ses solennités littéraires, et si j’avais le bonheur de la mériter, de m’en faire plus tard un titre pour solliciter l’honneur insigne de prendre rang dans cette compagnie. Grâce à l’indulgence de mes juges, le succès dépassa mes espérances : le long mémoire que je présentai au concours fut couronné en 1826, et m’ouvrit, cinq ans api’ès, les portes de l’Académie. La conscience de ce qui manquait à mon travail, non moins que les indications et les sages conseils qui me furent donnés après le concoui’s, m’imposaient l’obligation de revoir avec soin toutes les parties de ce mémoire. Je pris la ferme résolution de ne point le livrer à fimpression sans avoir rigoureusement déterminé la valeur et complété le nombre des preuves qui avaient servi d’appui aux idées nouvelles ou aux résultats nouveaux que je venais de soumettre au jugement de f Académie. Je ne négligeai rien pour accomplir cette obligation ; mais en i83o des circonstances dont je m’abstiens d’entretenir le lecteur, me forcèrent d’ajourner la publication que j’étais à la veille d’entreprendre. C’est aujourd’hui seulement

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qu’il m’est permis de la commencer. Toutefois 1 intervalle des dix-sept années qui viennent de s’écorder n’aura pas ete perdu pour famélioralion de mon travail. Durant cette période, les principaux musées d’Europe et quelques collections particulières se sont enrichis d’un nombre considérable de monuments asiatiques, désoi'mais recueillis avec soin par les voyageurs, et jadis presque complètement délaissés. Au lieu, par exemjde, dune vingtaine de cylindres assyriens ou persépolitains que jusqu’alors on pouvait compter en Europe, il s’en trouve maintenant plusieurs centaines dans les seules collections publiques de Paris, de Londi'es et de la Haye. A la vue des nouvelles richesses archéologiques arrivées de l’Asie occidentale depuis i83o, le nombre et la valeur de mes preuves se sont considérablement accrus ; mes idées ont pu s’étendre , mes opinions acquérir plus de solidité , et parfois se modifier ou se rectifier. En 1887, les encouragements que je reçus du ministre qui dirige pour la seconde fois en ce moment le Département de f Instruction publique ‘, me permirent de livrer à l’impression une partie de mes recherches sur le culte de Vénus en Orient et en Occident. Cet ouwage est une introduction, pour ainsi dire, indispensable à f histoire du culte de Mithra, puisque le double témoignage des documents écrits et des monuments de fart nous montre le second de ces deux cultes dérivant du premier. Divers travaux littéraires dont je me suis trouve chargé par f Académie des inscriptions et par le ministère de l’Instruction publique, m’ont, depuis 1887 jusqu a ce jour, obligé d’interrompre la publication de mes Recherches sur le culte de Vénus. Grâce aux facilités nouvelles que vient de m’accorder le même ministre qui, en 1887, avait bien voulu etendre jusqu a mes travaux archéologiques la protection eclairee que trouvent ^ M. le comte de Salvandy.

INTRODUCTION A L’ÉTUDE auprès de lui les lettres et les sciences, je j^uis aujourd’hui tout à la fois commencer la publication de mes Recherches sur le culte de Mithra, et continuer l’impression de mon ouvrage sur le culte de Vénus. Le moment m’a paru très-opportun pour mener de front ces deux publications. D’une part les travaux entrepris avec le plus heureux succès par MM. Eugène Burnouf, Lassen, Westergaard et Rawlinson, pour le déchiffrement des inscriptions en caractères cunéiformes, attestent, comme aussi les collections de monuments formées depuis quelques années, que fattention des savants se porte sérieusement vers fétude des antiquités de 1 Asie occidentale, étude si importante et néanmoins si longtemps négligée. MM. Pascal Coste et Eugène Flandin, envoyés en Perse aux finis du Gouvernement français, sur la demande de f Académie des inscriptions, ont exploré les antiquités de ce pays, et rapporté, en i843, des dessins et des plans que leur exactitude, comme leur nombre, met bien au-dessus de ceux qu’en 1820 Sir Robert Ker Porter avait publiés à Londres. Toutefois il reste au voyageur anglais le mérite d’avoir le premier publié les monuments antiques de la Perse, avec assez de fidélité pour détruire les fausses idées qu’on s’était faites du style et de la composition de leurs sculptures, à la vue des dessins plus que médiocres qui accompagnent les relations de Chardin, de Corneille le Bruyn et de Niebuhr. D’un autre côté, la curiosité publique est excitée au plus haut degré par un événement qui occupera une bien grande place dans 1 histoire des sciences archéologiques : la découverte d’un palais assyrien, retrouvé par M. P. E. Botta à Khorsabad près des ruines de Ninive; découverte qui tout récemment en a fait naître une autre non loin de ces mêmes ruines. La publication des lettres et des esquisses de M. Botta', fai'rivée à Paris des

‘ Journal Asiatique, mai i843 — février i845. Lettres de M. Botta sur ses découvertes

DU CULTE DE MITHRA

beaux dessins exécutés sur les lieux par M. Eugène Flandin, et d’une partie des colosses et des bas-reliefs originaux qui décol’aient le palais de Kborsalsad , ont apporté un nouvel élément de discussion dans les questions archéologiques de l’ordre le plus élevé. Bientôt à leur témoignage s’ajoutera celui des sculptures que le Musée britannique attend des fouilles pratiquées a Nimroud par M. Layai'd, qui témoin du brillant succès de M. Botta et marchant sur ses traces, a découvert les ruines contiguës de deux autres palais assyriens , fun moins ancien que celui de Khorsabad, fautre d’un âge plus reculé.

Cette dernière découverte, et celle qui lavait devancée et préparée, auront sur les études archéologiques une bien plus grande influence que peut-être en ce moment on n’est porté à le prévoir. Depuis une vingtaine d’années, une révolution se préparait dans fesprit des hommes voués à ces graves études. Étendraiton les investigations au delà du cercle des monuments qui appartiennent à f histoire ou à la mythologie des Grecs, des Romains, des Étrusques, des Égyptiens? Persisterait-on à jeter une espèce d’interdit sur l’étude des antiquités asiatiques? Persisterait -on à classer ces antiquités parmi les produits d’un art resté dans l’enfance, ou né de limitation grossière des chefs-d’œuvre de lEgypte et de la Grèce ? Renoncerait-on à placer exclusivement dans ces deux dernières contrées le berceau des lettres, des sciences et des arts? En dehors des représentations purement historiques, continuerait-on à ne considérer les monuments figurés que comme de simples produits du goût, du caprice ou de limagination des peuples et des artistes ? S’obstinerait-on à ne pas les reconnaître pour un second mode de langage né du besoin d’exprimer des

àKhorsahad près de Ninive, publiées par Paris, Imprimerie royale, i845, i vol. M. J. Mohl (extraites du Journal Asiatique) ; in-8“, ûg.

INTRODUCTION A L’ÉTUDE idées par un procédé cpii pût agir plus fortement sur l’imagination des hommes que ne le savent faire les phrases écrites ou parlées? Frapperait-on de réprobation tout essai qui aurait pour but de montrer c|ue les types primitifs des monuments figurés furent inventés , dans les sanctuaires cfune religion savante , par des prêtres beaucoup plus soucieux de satisfaire à ce besoin, que préoccupés du désir d’imiter la beauté des formes? Se refuseraiton à comprendi’e que le but élevé des études de tout archéologue digne de ce nom, est de chercher à la fois dans les textes et dans les antiquités figurées fbistoire de fesprit humain, ou en d’autres termes, finventaire des idées qui dans fordi'e intellectuel, dans forcb’e physique et dans fordi’e moral, eurent cours chez les diverses nations de f ancien monde? Reléguerait-on parmi les rêveries des illuminés toute tentative faite avec fintention de prouver que les textes sacrés et les monuments figurés, religieux ou tout à la fois historiques et religieux, sont susceptibles d’une interprétation symbolique? Nierait-on enfin les symboles et cette série nombreuse de notions théologiques, cosmologiques et philosojihiques qvii sont cachées sous le voile des hiéroglyphes idéographiques? Telles sont les principales questions cjui dans ces derniers temps ont agité les esprits, et qui les divisent encore. Plus peut-être que tout autre archéologue, s’il m’est permis de le rappeler ici , j’ai contribué à sordever ces questions en exposant dans divers écrits, et jarincipalement dans mes Recherches sur le culte de Vénus , les idées et les observations que m’a suggérées une longue étude des antiquités asiatiques. On verra, dans le nouvel ouvrage dont j’entreprends aujourd’hui la publication, comment, en comparant entre eux les grands bas-reliefs de Persépolis et les petits monuments exhumés du sol de la Perse, de Rabylone et de Ninive, j’ai pu devancer ou prédire, en 1825 et 1887, la modifi-

DU CULTE DE MITHRA

cation profonde que la découverte récente des palais assyriens de Kliorsabad et de Nimroud apporte dès à présent à certaines idées, à cei'tains systèmes admis jusqu’à ce jour par le plus grand nombre des archéologues: Les sculptures religieuses et symboliques qui ornent le palais de Khorsabad; leur analogie avec celles des deux édifices de Nimroud, analogie qu’atteste la correspondance de M. Layard; et enfin cette circonstance, bien digne de remarque, que le taureau et le lion, ces deux symboles qui sont la clef du langage idéographique inventé par les Chaldéens d’Assyrie, décorent sur le sol de Ninive les ruines de trois anciens édifices royaux, comme ils servent à caractériser le système de décoration symbolicpe que nous offrent, à des époques plus récentes, le palais de Persépolis et les tombeaux des Achéménides ; tout concourt à nous montrer que les Assyriens, et les Perses à leur exemple, employaient, dans la composition de leurs monuments historiques et religieux, des figures symboliques conçues dans un esprit éminemment synthétique. Ces figures, personne ne peut plus le révoquer en doute , étaient les mêmes chez les deux peuples, et ne devaient rien aux conceptions des Egyptiens ni des Grecs. Par là se trouve justifiée de nouveau l’opinion où j’ai toujours été qu’il faut prendi’e à la lettre, et avec toute fextension dont il est susceptible, le passage classique d’Hérodote’, qui assigne au culte de Mithra chez les Perses une origine assyrienne. Si, depuis fannée 182 5, je n’ai cessé de soutenir que Zoroastre, élève des Chaldéens d’Assyrie ^ avait introduit en Perse un système théogonique et cosmogonique fondé sur les dogmes que pro-

1 i3i. qu’elle sert à désigner un vaste empire qui

^ J’attribue ici à la dénomination d'Às- comprenait, avec l’Assyrie proprement dite, Syrie toute l’extension que lui donnent les la Chaidée, la Babylonie, la Syrie, etc. écrivains anciens de la Grèce; c’est-à-dire

18 introduction a L’étude

fessaient ses illustres maîtres; si j’ai avancé que le langage symbolique du Zend-Avesta est emprunté à celui dont on se servait, dès une haute antiquité, dans les sanctuaires de Ninive et de Babylone ; si j’ai considéré les ligures symboliques des monuments de la Perse comme une imitation , comme une copie même des types religieux inventés par les Chaldeens d Assyrie, les témoignages qui résultent des belles sculptures assyriennes trouvées à Khorsabad et à Nimroud, viennent aujourd’hui s’ajouter aux temoi- «■nages non moins irrécusables que m avaient fournis , bien des années avant les brillantes découvertes de M. Botta et de son emule M. Layard, les cylindres et les cônes exhumés du sol antique de la Perse et de la Turquie d’Asie. Le temps, cette grande épreuve des opinions et des hypothèses, se chargera de montrer si je ne me SUIS pas trop avancé en disant aussi, des lannee iSSy , que l’Égypte, la Grèce et l’Étrurie, comme la Perse, avaient reçu des Chaldéens , ou des Assyriens , ou des Phéniciens , leurs principales divinités, la plupart de leurs emblèmes religieux, de leurs figures symboliques, et lem's premières connaissances en astronomie. Déjà, en présence des sculptures de Khorsabad récemment inaugurées au Musée royal du Louvre, les archéologues les moins disposés à admettre 1 influence de 1 Asie occidentale sur la Grece, les artistes les plus habitués à considérer l’école grecque comme la source unique et primitive de toutes les œuvres de lart, déjà, dis-je, ces archéologues, ces artistes, reconnaissent que fécole grecque, ou du moins l’école égin étique, est fille de lecole assyrienne.

Bientôt, grâce à la libéralité du Gouvernement français, le monde savant va se trouver en possession de trois ouvrages qui s’exécutent aux frais de fÉtat, et qui sont intitulés, l’un. Description de l’Ar-

* Beckerches sur le culte de Vénus, Introduction, p. x-xili, xxi-xxvi.

DU CULTE DE MITHRA

ménie, de la Perse, etc. par M. Ch. Texier; l’autre, Voyacje en Perse par MM. Eugène Flandin et Pascal Caste; le troisième, Monument de Ninive découvert par M. P. E. Botta , mesuré et dessiné par M. E. Flandin. Ou ne s’attend pas sans doute cà trouver dans ces trois ouvrages l’interprétation scientifique des monuments qu’ils renferment. Cette interprétation ne peut résulter que du rapprochement de ces antiquités avec les sujets gravés sur les petits monuments asiatiques, tels que cylindres, cônes, hémisphéroïdes, médailles, etc. Or le plan adopté pour les publications de MM. Texier, Flandin, Coste et Botta, ne permettait d’y faire entrer ni ces petits monuments, ni les nombreuses observations qu’ils suggèrent. On les trouvera dans mes Recherches sur le culte de Vénus, et principalement dans mes Recherches sur le culte de Mithra, deux ouvrages destinés, comme je fai dit ailleurs h à se prêter un mutuel appui, et à présenter, fun, avec f exposition du système théogonique et cosmogonique des Chaldéens d’Assyrie, la légende de Vénus dans les diverses parties du monde connu des anciens; l’autre, avec f exposition du système théogonique et cosmogonique des Perses, tout ce qui se rapporte en particulier au culte public et aux mystères de Mithra en Orient et en Occident.

Dans ce dernier travail, je le répète, je prends pour point de départ le passage classique d’Hérodote que je citais tout à f heure. Je procède en rapprochant tous les témoignages que fournissent, d’une part, les langues et les documents écrits; de l’autre, les antiquités figurées. Cette méthode dérivé du principe que les monuments de l’art exécutés d apres des prescriptions hiératiques sont un second mode de langage, c’est-à-dire un second mode d’expression des idées; principe fondamental, qui déjà avait été posé dans mes Recherches sur le culte de Vénus, el

^ Hecherches sur le culte de V énus , iDtrocluctioD j p. xxvïi-sxis.

20 introduction a L’étude

dont l’application sera toujours féconde en résultats aussi nouveaux qu’inattendus. Car à chaque objet symboliquement employé dans la composition d’un monument figuré, soit religieux, soit historique et religieux, correspond, dans la langue écrite ou pailée , un mot susceptible de présenter tout a la fois 1 idee pi opi e de l’objet, et les diverses acceptions symboliques ou philosophiques attribuées à ce même objet. Telle est la clef des hiéroglyphes idéographiques ; tel a été le mode constitutif du langage hiératique simultanément employé dans les livres, dans l’enseignement oral et sur les monuments figurés.

Mon ouvrage se divise en trois pailies ; dans la première j examine quel fut en Orient le berceau primitif du culte public et des mystères de Mithra; je les trouve établis, dès une haute antiquité, chez lesChaldéens qui habitaient les fertiles contrées que baignent à la fois le Tigre et l’Euphrate. Au vi® siècle qui précéda la naissance du Christ, Zoroastre, leur disciple, apporte en Perse ce culte et ces mystères avec un système religieux dont je montre que jusqu’à ce jour on a méconnu les bases et les traits distinctifs, ■l’essaie de le replacer sur ses véritables fondements; j’en fais ressortir le caractère à la fois théologique, cosmologique, philosojihique, scientifique et moral, en d’autres termes, le caractère encyclopédique. J’indique, sous un point de vue nouveau, la signification qu’il convient d’attacher au dogme du dualisme. Je restitue à Mithra, divinité androgyne et triple, la place élevée que lui avait assignée l’auteur du Zend-Avesta. Je montre que Mithra, dont le nom zend signifie Xdyos ou parole, est une des trois divinités qui composent la triade des Perses restée inconnue à tous mes devanciers. Médiateur entre Ormuzd et les humains, modèle proposé aux rois et à leurs sujets, il rachète par un sacrifice expiatoire le péché du premier couple humain.

' DU CULTE DE MITHRA

Meschia et Meschiané. Les livres sacrés des Perses, postérieurs au Zend-Avesta, les auteurs grecs, les auteurs latins, les Peres de l’Efflise, les écrivains musulmans, me donnent lieu de rendre sensibles les modifications qu’éprouva successivement le mithriacisme, et la diversité des opinions que s’étaient formées les anciens sur le système religieux de Zoroastre et sur le culte de Mithra en particulier.

Analysant les textes sacrés des Perses et lem's monuments figurés, je détermine les symboles, les attributs, les assesseurs de ce dieu , et ses fonctions dans le ciel, sur la terre et aux enfers. Je fais connaître les formes diverses sous lesquelles on le représentait, la liturgie qui se rattachait à sa légende, les rapports et les différences que présentent entre elles , cette légende et celle de la Vénus assyrienne.

Un chapitre divisé en plusieurs sections traite longuement des mystères de Mithra chez les Perses, sujet plein d’intérêt, mais héi’issé de difficultés telles qu’après bien des tentatives renouvelées de siècle en siècle, depuis la renaissance des lettres, la route restait à découvrir et le champ à défricher. Ici 1 antiquité figurée asiatique est encore une fois venue à mon secours ; elle m’a offert une source abondante où n avaient su puiser ni les philosophes modernes, ni les archéologues les plus habiles. J ai eu le bonheur inespéré de retrouver les monuments de lart consacrés aux mystères de Mithra; et je publie, comme preuves justificatives de mon travail, tous ceux qui mont sem à constater quels furent les dogmes propres à ces mystères, les diverses sortes d’épreuves qui précédaient la réception au premier grade, le symbole, le nom, le costume, les armes, les cérémonies, les vases et les appareils affectés à chacun des douze grades dont se compose le cycle des initiations. Ici, parmi toutes les autres difficultés

22 introduction A L’ÉTUDE

inhérentes au sujet, j’en ai rencontré deux qui déjà plus d'une fois avaient arrêté ma plume, lorsque j’essayais d’écrire l’exposition du système théogonique et cosmogonique de Zoroastre : il fallait faire passer dans une langue aussi analytique que 1 est la nôtre , des idées synthétiques exprimées dans l’idiome du Zend-Avesta , idiome qui admet sans limites , pour ainsi dire , la formation des mots composés. Il fallait tenter de rendre en français , par des mots simples, les idées complexes que présentent certaines ligures symboliques placées sur les monuments des mystères, toutes plus ou moins compliquées, et chacune conçue dans un esprit de syntlièse. Je ne me dissimule point que, malgré tous mes efforts, je suis rarement parvenu à triompher de ces deux graves difficultés. Je sollicite humblement, pour cette partie de mon travail surtout, l’indulgence du lecteur; et je le prie, dès à présent, de chercher dans les monuments mêmes que je placerai sous ses yeux, les idées ou les images que j’aurai été impuissant à transporter du langage hiératique des Chaldéens et des Perses dans f idiome de la Fi'ance.

Parmi les monuments ügurés que je rapporte aux initiations, le plus grand nombre appartiennent aux mystères de la Vénus adorée chez les Assyriens, les Babyloniens, les Syriens et les Phéniciens. Cette circonstance et la priorité acquise au culte de Mvlitta , eu égard à la date de l’importation du culte de Mithra chez les Perses, semblaient, au premier aperçu, exiger que tout ce qui concerne les mystères de la déesse assyrienne fût premièrement traité dans mes Recherches sur Vénus. Mais, par une succession de causes qui ne nous sont que très-imparfaitement connues, f antiquité littéraire, comme je l’ai dit au début de ce dernier ouvrage \ ne nous a conservé aucun renseignement pré-

1 Becherches sur le culte de Vénus, Introduction, p. x.rxiv.

DU CULTE DE MITHRA

cis sur les doctrines psychologiques, les grades et les cérémonies propres aux mystères de Vénus, soit en Orient, soit en Occident. Au contraire les auteurs grecs ou latins, et même les inscriptions lapidaires d’époque romaine, nous fournissent plus d’un document précieux pour l’histoire de l’institution, beaucoup moins ancienne, des mystères qui se célébraient en l’honneur de Mithra chez les Perses, les Grecs asiatiques et les Romains. D’auti’e pari les monuments figurés qui appartiennent aux mystères du dieu des Perses, et ceux que revendique la Vénus des Assyriens, des Babyloniens, des Syriens et des Phéniciens, ont entre eux une telle analogie de style et de composition, souvent même une si parfaite ressemblance’, qu’il est impossible de distinguer avec toute certitude leur origine, lorsqu’ils ne portent pas quelque inscription en caractères cunéiformes, ou en caractères empruntés aux écritures nationales des peuples sémitiques. Je me suis donc vu forcé de réserver pour mon ouvrage sur Mithra tout ce que, dans mes Recherches sur le culte de Vénus, j’aurais voulu dire au sujet des mystères dont les Chaldéens d’Assyrie furent les inventeurs. Mais le lecteur se trouvei’a simultanément initié aux mystères de Mylitta, et à ceux de Mithra qui en dérivent, lorsque j’aurai exposé le résultat de mon travail sur ces derniers mystères, et sur les modifications qu’avaient pu éprouver, chacune de son côté, deux institutions liées au culte de deux divinités primitivement identiques. Il reconnaîtra que chez les Perses, comme chez les Chaldéens et les Assyriens, l’existence d’un dieu suprême invisible, incompréhensible, sans commencement ni fin, fimmortalité de fâme , la chute du premier homme , la descente et l’ascension

* Déjà en 1812 M. Cl. James Rich et deux cylindres qui venaient d’être trousignalait cette conformité, en comparant vés dans les ruines de Ninive. Voy. Mmes entre eux plusieurs cylindres babyloniens de l Orient, t. III, pag. 199 et 200.

des âmes, les récompenses et les peines dans une vie future, étaient les bases fondamentales de la doctrine des mystères, doctrine qui ne cessa jamais cfètre enseignée dans les sanctuaires de la religion, et sans laquelle les peuples de 1 antiquité n auraient pu vivre et se perpétuer à fétat de nations civilisées. Le lecteur reconnaîtra, de plus, que sur la signification idéographique attribuée aux animaux dont les grades des mystères empruntent le nom, reposait le dogme d’une métempsycose qui dans son interprétation secrète était fexpression philosophique et vraie de cette autre métempsycose que le vulgaire, étranger au langage symbolique, acceptait dans le sens le plus grossier. Il reconnaîtra enfin que, malgré fopinion contraire d’un savant orientaliste de Vienne \ les mystères de Mithra avaient une origine chaldéenne ou assyi’ienne, et non une origine indienne.

Le chapitre que je viens d’analyser est à mes yeux la partie la plus neuve et la plus importante de mes recherches sur le cuite de Mithra en Orient. Elle servira, je fespère, à combler une fâcheuse lacune qui se fait remarquer dans toutes les dissertations publiées juscpi’à ce jour sur Vénus, sur Mithra, sur les mystères; et, si je ne m’abuse, elle montrera quelles hases solides on peut donner à finterprétation symbolique des documents écrits et des monuments figurés que nous ont légués les castes sacerdotales des peuples civilisés de fantiquité. Dois-je ajouter quelle me semble destinée à jeter une vive lumière sur les diverses institutions de mystères qu’avaient reçues ces mêmes peuples; sur f origine et les hases des différents systèmes philosophiques qui eurent cours en Orient et en Occident; enfin sur les temps héroïques de la Grèce, si souvent étudiés et toujours si peu compris, il faut bien le dire?

1 M. le baron de Hammer-Purgstall.

DU CULTE DE MITHRA

J'ai eu, il y a déjà dix ans, la témérité d’imprimer* que de l’établissement des Phéniciens dans la Béotie datait pour les Grecs une ère nouvelle de civilisation; et que les personnages illustres, qualifiés de héros dans les annales de la Grèce, sont des initiés admis aux divers grades institués dans les mystères qui furent importés, par ces mêmes Phéniciens, avec le culte de la Vénus assyrienne ou chaldéenne. Si je ne me fais illusion sur ce point , la partie de mes Recherches qui traite des mystères de Mithra justifiera une assertion qui, je l’avoue, dut paraître au moins trèshasardée à l’époque où je la rendais publique pour la première fois et sans l’accompagner d’aucune preuve. Après m’avoh’ lu, on comprendra désormais, j’ose l’espérer, comment, dans les initiations aux mystères institués par les Chaldéens d’Assyrie, une gymnastique plus ou moins périlleuse, et un enseignement progressif, fondé sur l’alliance intime de la théologie avec la philosophie et avec toutes les sciences, pouvaient hâter le plus grand développement des facultés physiques, intellectuelles et morales des néophytes, et conduire graduellement jusqu’aux honneurs héroïques, jusqu’aux honneurs mêmes de l’apothéose, ceux des adeptes qui s’illustraient par des services éclatants rendus à la patrie ou à f humanité.

Dès l’année 1 833 , j’avais formé le projet de publier, après mes Recherches sur le culte de Vénus et sur le culte de Mithra, un ouvrage particulier, où j’aurais rapproché des textes et des antiquités figm'ées qui appartiennent aux initiations instituées dans l’Asie occidentale, toutes les traditions écrites, tous les monuments de l’ai’t que fon peut, chez les Grecs, rattacher à la légende d’Hercule, aux légendes des personnages héroïques, aux fables d’origine hyperboréenne , et à celle de Psyché et l’Amour. Mes

^ Recherches sur Vénus, Introduction, p. s et xi.

travaux archéologic[ues ayant ete interrompus depuis les dix dernières années qui viennent de s’écouler, et l’achèvement ou la publication de mes Piecherches sur Vénus et sur Mithra devant m’occuper exclusivement pendant les trois ou quatre années qui vont suivre , l’âge que j ai atteint ne me laisse guère 1 espoir de conserver au delà de ce terme les forces nécessaires pour entreprendre une troisième publication de longue haleine. Si je dois renoncer à mon projet, il me restera du moins la satisfaction d’avoir réuni et coordonné, dans f ouvrage que précède cette Introduction, les matériaux qui seront indispensables a mes successeurs pour accomplir la moitié d’une tâche que j avais voulu m’imposer tout entière.

Plusieurs chapitres de la première partie de mes Recherches sur le culte de Mithra traitent successivement de finitiation des rois et des dynastes de Perse aux grades établis dans les mystères; des rapports intimes qui liaient les institutions civiles aux institutions religieuses de ce royaume; des ressemblances et des différences qui existaient soit entre les mystères de Mithra et ceux de Mylitta, soit entre le système de Zoroastre et les autres systèmes religieux répandus dans la Perse. A cette occasion j explique par la conformité de doctrine, qui sur quelques points essentiels se révèle entre le Zend-Avesta et f Ancien et le Nouveau Testament, la prédilection de la Bible pour Gyrus, et les relations particulières qui s’établirent entre les Juifs et les Perses à deux époques mémorables : la conquête de f empire assyrien par ces derniers, et fairivée à Bethléem des mages venus de la Perse pour adorer Jésus-Christ au berceau.

Un autre chapitre trace fhistoire de fintroduction du culte public et des mystères de Mithra dans l’Arménie, le Pont, la Cappadoce, la Cilicie et quelques autres provinces de fAsie

DU CULTE DE MITHRA

Mineure. Les rapports et les différences que présentent entre eux le mitliriacisme et le système religieux des Phrygiens, l’introduction des mystères de Mithra chez les Grecs asiatiques, les modifications qu’ils éprouvèrent dans l’Asie occidentale avant et depuis la conquête de la Perse par Alexandi’e le Grand, l’influence que le mithriacisme exerça sur les doctrines des gnostiques, la nature du culte que de nos jours les Guèbres en Perse, et les Parsis dans l’Inde, continuent de rendre à Mithra; telles sont les principales questions dont l’examen termine la première partie de mes Recherches, qui, on le voit, s’applique exclusivement à l’Orient.

La seconde partie nous transporte en Occident. Elle commence avec l’histoire de l’introduction des mystères de Mithra dans l’empire romain. Les légions des vainqueurs du monde, séduites par l’appareil guerrier des cérémonies propres à ces mystères, adoptent, dans l’Asie Mineure, le culte secret de Mithra, et le propagent en Europe. L’Occident, comme autrefois la Grèce asiatique, reçoit ce nouveau dieu avec le double caractère de médiateur et de sauveur qu’on lui voit dans les livres sacrés des Perses. Mais bientôt à Rome le mithriacisme se reconnaît impuissant à résister au mouvement qui de toutes parts ruinait les religions païennes; comme elles, il cherche des appuis : une alliance, une ligue même se forment entre les mystères de Mithra et le culte romain de quelques divinités d’origines diverses. Une lutte très-vive s’établit entre le mithriacisme et le christianisme. C’est en vain : les soldats du Christ triomphent, et plantent la croix sur les débris des temples, des grottes et des idoles. Le récit de ces mémorables événements se termine pai\un chapitre où je relève la double erreur que l’on a commise en faisant dériver tantôt le mithriacisme du christianisme, tantôt le dernier du premier.

28 introduction A L’ÉTUDE

Dans un autre chapitre je recherche à quelle époque les mystères de Mithra setaient introduits en Égypte; j’examine queUe influence, pendant la domination romaine, exercèrent sur le mithriacisme les doctrines religieuses des Egyptiens, et quelles analogies, queües différences présentent entre elles ces doctrines et celles de Zoroastre.

(ffiant aux rapports intimes que 1 on découvre entre ces dei nières et celles de Pythagore et de Platon, je me suis abstenu de les indiquer. L’examen de ces rapports nous aurait ramenés au système religieux et philosophique des Chaldeens d Assyrie, qui, à mon avis, dut exercer une grande influence sur l’esprit des deux philosophes grecs. Un tel examen trouvera plus naturellement sa ])lace dans mes Recherches sur le culte de la Venus assyrienne.

La troisième et dernière partie de mes Recherches sur Mithra Iraite avec détail de tous les monuments figurés du culte public et des mystères de ce dieu, qui jusqu a ce jour ont ete découverts soit en Orient, soit en Occident. A cette chvision géographique répondent deux grandes catégories d’antiquités et deux chapitres principaux. Dans chacun de ces deux chapitres , des considérations générales sur le caractère et le style propres aux produits de l’art précèdent l’indication et l’explication de chaque monument. Parmi ceux que m’a fournis fAsie, les sculptures de Persépolis tiennent le premier rang. Après finterprétation nouvelle ({ue je propose des symboles et des sujets qu’elles représentent, on jugera si fantiquité figurée nous a légué quelque part un monument qui puisse, aussi bien que le peuvent les ruines de Persépolis, tout à la fois nous donner la clef du langage symbolique des castes sacerdotales, et nous initier aux dogmes et aux mystères d’une antique théologie que Ton retrouve au fond des croyances de tous les peuples civilisés.

DU CULTE DE MITHRA

Dans le chapitre où je m’occupe des monuments mithriacpies d’époque romaine, je montre quels rapports nombreux lient ceuxci aux antiquités figurées asiatiques, et quelles particularités les en distinguent par suite des modifications qu’avaient subies, entre les mains des Grecs de fAsie Mineure, les types primitifs apportés par les Perses dans cette dernière contrée. Je montre aussi, par des considérations particulières, comment les monuments consacrés à Mithra chez les Piomains peuvent se classer d’après certains signes astronomiques qui sont entrés dans leur composition.

Emblèmes ou symboles, statues, groupes de ronde-bosse, basreliefs, grottes et temples, pyrées et autels, peintures et tableaux; armes, vases, instruments de musique, apjiareils divers employés dans la liturgie; cylindi’es, cônes, hémisphéroïdes et autres pierres gravées, de formes différentes; médailles, inscriptions lapidaires; rien, je fespère, n’a été oublié dans finventaire détaillé de tous les monuments de fart que j’avais à faire passer sous les yeux du lecteur.

Tel est f ensemble de mes Recherches sur le culte pidalic et les mystères de Mithra. Elles embrassent toute fhistoire d’un culte qui né sur les bords du Tigre et de l’Euphrate, plus de dix-huit siècles avant fère chrétienne, fut successivement importé chez les Perses, dans f Arménie et fAsie Mineure, dans f empire romain, dans l’Inde; et qui lié dès son origine à l’antique théologie chaldéenne, a, comme celle-ci, survécu, en Asie, à toutes les révolutions religieuses ou politiques qui tant de fois ont agité ce vaste continent.

Dans le conrs de mon pénible lahenr, pour suppléer à mon insuffisance, j’ai sonvent, et jamais en vain, eu recours au savoir de plusieurs membres de f Académie des inscriptions. Jai surtout consulté avec fruit, quant aux langues anciennes et aux langues

modernes de la Perse, feu M. J. Saint-Martin, M. Eugène Burnouf, M. Jules Mohl, et pour les textes grecs, les textes latins, les inscriptions lapidaires, M. Boissonade etM. Hase. Partout, en France comme à l’étranger, on a bien voulu mettre le plus grand empressement à me communiquer, avec une libéralité que je ne saurais trop louer, plusiem’s documents inédits, et les empreintes ou les dessins de tous les monuments figurés quil m importait de connaître et de publier. J’ai pu largement puiser dans tous les musées publics d’Europe, et même dans la plupart des collections particulières : pour s’en convaincre, il suffira au lecteur de jeter les yeux sur les indications qui accompagnent le recueil de planches joint à mon ouvrage. Je prie toutes les personnes de qui j’ai reçu des communications, d’agréer collectivement ici 1 expression de ma reconnaissance, me réservant le plaisir de les désigner chacune par leur nom, à mesure que je ferai usage des précieux matériaux dont je leur suis redevable.

Le texte de mes Recherches sur Mithra sort des presses de flmprimerie royale; c’est dire qu’il est imprimé avec toutes les ressources et la supériorité d’exécution que 1 on est accoutume à trouver dans un établissement qui ne connaît pas de rival en Europe.

A f exception des deux dernières, qui sont gravées sur la pierre, les cent dix planches dont se compose le recueil que je publie avec cette Introduction, ont été gi'avées à feau forte et au trait, sur le cuivi’e, par d’habiles artistes, au nombre desquels je me plais à citer M. Reveil, M. Meucci, et surtout M. Bigant. Elles ne comprennent pas moins de huit cents monuments asiatiques ou romains. Les dessins des colosses et des grands bas-reliefs religieux de la Perse et de f Assyrie sont empruntés aux ouvrages publiés par Sir Robert Ker Porter, par M. John Alexander, et par MM. Flandin,

DU CULTE DE MITHRA

Coste et Botta. On verra comment chacun d’eux vient prendre, à côté d’un cône, d’un cylindre, une place, pour ainsi dire, martpiée d’avance, dans une série de sujets cpii serait restée incomplète, si je n’avais eu recours aux petits monuments asiaticpies de cette espèce pour remplir les nombreuses lacunes que présentent, dans les ruines des grands édifices, les sculptures échappées aux ravages du temps. Tous ces petits monuments, exhumés du sol de la Perse, de Ninive, de Babylone, de la Syrie et de l’Egypte, tous, si j’en excepte trois ou quatre, dont les originaux sont égarés ou perdus, ont été dessinés sous mes yeux, avec le plus grand soin, par des artistes que j’avais pris la peine de former à ce genre de travail. Je puis avec assurance présenter comme inédits le plus grand nombre des cylindi’es, des cônes, des hémisphéroïdes que je publie. Car on n’en trouve aucun dans les ouvrages imprimés jusqu’à ce jour sur le culte et les mystères de Mithra; et d’un autre côté, il est facile, à la vue des originaux ou des empreintes de ceux de ces petits monuments qui déjà avaient été insérés, soit dans les Mines de f Orient, soit dans des relations de voyage ou dans quelque dissertation archéologique, soit enfin dans un recueil dont il a paru, sous le titre de Oriental Cjlinders\ quatre fascicules sans texte et d’une très-mauvaise exécution, il est facile, dis-je, d’acquérir la preuve que là ces objets d’antiquité figurée n’ont pas été reproduits avec cette scrupuleuse exactitude qui est le premier devoir imposé à l’archéologue.

Parmi les nombreux monuments que leà Romains avaient consacrés au culte de Mithra, j’ai fait choix de ceux qui présentent entre eux quelque dilférence notable, ou qui étaient restés inédits. Toutes les fois qu’il m’a été possible de me procurer de nouveaux dessins des statues , des groupes de ronde-bosse et des bas-reliefs * Londres, i842 et i843,in-8°, fig. lithogr.

32 INTRODUCTION A L’ÉTUDE DU CULTE DE MITHRA. dont on n’avait publié que de mauvaises ligures, je n’ai pas manqué de le faire. A ces grands monuments d’époque romaine j ai eu soin d’ajouter un certain nombre de pierres gravées et de médailles dont mes devanciers n’avaient point fait usage, ou, du moins , pas présenté la série complète.

Lorsque je commençai à former le recueil de planches que j ai joint à mes Recherches sur Vénus, je donnai aux dessinatem’s et aux graveurs qui ont concouru à exécuter ce recueil, le conseil de placer du côté de fombre, dans le dessin de chaque monument gravé en creux, un double trait qui me semblait avoir favantage de faire disparaître la sécheresse que souvent on est en droit de reprocher aux dessins et aux planches exécutés au simple trait. Le suffrage des connaisseurs ayant répondu à mon attente, le même procédé a été employé dans 1 execution des planches qui appartiennent à mon travail sur Mithra. Elles me paraissent égaler, sinon surpasser, celles qui leur avaient servi de modèle.

Enfin ma conscience me permet de dire que, pendant les vingt-deux années qui se sont écoulées depuis le concours académique où fut couronné le mémoire dont mes Recherches sur le culte public et les mystères de Mithra sont le développement, je n’ai reculé devant aucune peine, aucun soin, aucun sacrifice pour améliorer ce travail et le mettre au niveau des connaissances actuelles. Puisse-t-il être favorablement accueilli du public ! Puisse-t-il obtenir des suffrages qui viennent combler mes vœux et réaliser quelques-unes des espérances que f Académie des inscriptions avait fondées sur mes premiers essais !

Paris, le 3o mars 18/17.

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