LIBRAIRIE J. -B. BAILLIÈRE ET FILS
19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Germain
Tous droits réservés
PRÉFACE
Le nouvel Atlas-Manuel de Prothèse que j’ai le plaisir de présenter aux lecteurs français n’a pas plus de prêtent tion que son aîné, \’ Atlas-Manuel des maladies de la bouche et des dents du même auteur, le D'' Preiswerk. Ce sont là deux livres essentiellement pratiques, présentant, de la façon la plus concise et cependant la plus claire possible, les données indispensables à l’instruction de tout spécialiste, stomatologiste ou dentiste, voulant se tenir au courant des progrès de sa profession.
Nous montrerons ici successivement et allant du simple au composé, les façons les plus usuelles de faire une dent à pivot ou une couronne en or, et d’arriver à construire un bridge fixe ou amovible ; entre temps nous parlerons de la porcelaine et de certains travaux d’or faits à la cire perdue.
La construction des appareils à plaque, soit en or, soit en caoutchouc, soit en celluloïd nous arrêtera ensuite assez longuement ; nous entrerons là, en effet, dans un grand nombre de détails, car nous sommes sur le champ le plus vaste du prothésiste, sur celui qu’il aura le plus souvent l’occasion de cultiver.
Ayant dit quelques mots, donné les notions indispen-
PRÉFACE
sables de prothèse restauratrice, nous passerons enfin au chapitre si intéressant de l’Orthodontie : ce sujet qui, plus que tout autre, est en voie de transformation et de progrès, demanderait des volumes pour être traité complètement ; toutefois dans ce manuel, nous exposerons suffisamment les procédés les plus modernes ouïes plus pratiques pour que tout stomatologiste adroit et ingénieux soit à même de comprendre et de faire les redressements dentaires qu’il lui sera donné do rencontrer.
Ce qui rend ce manuel plus instructif, ce qui fait sa caractéristique, c’est certainement l’abondance et l’exactitude des planches et des figures expliquant, commentant le texte et permettant à l’étudiant de suivre pas à pas toutes les phases de son travail. Ayant lu attentivement son Atlas-Manuel, il sera dans la situation d’un élève ayant écouté la leçon de son maître, l’ayant vu opérer et n’ayant plus qu’à chercher' à l’imiter.
Toutefois la 231’ofàèse, comme tant d’autres parties de la science, s’est si grandement, si rapidement développée dans ces dernières années, qu’un simple manuel comme celui de Preiswerk ne saurait approfondir tous les modes de prothèse et que, fatalement, il doit en laisser quelquesuns de côté. Il sera donc toujours bon, pour le médecin dentiste, voulant étudier à fond la partie mécanique de sa profession et en connaître les parties les plus délicates, de consulter les traités spéciaux comme ceux de Claude Martin, de Roussel, de Martinier, etc., ainsi que les très remarquables monographies publiées dans les journaux professionnels.
Etudiant ce qu’ont écrit les maîtres contemporains, nos compatriotes n’oublieront pas leurs devanciers, les Fauchard, les Dubois de Chémant, les Fonzi, les Maggiolo,
PRÉFACE
les Delabarre, les Ninck et tant d’autres Français qui ont été les créateurs, les initiateurs d’une grande partie de la prothèse... Notre manuel aura pour but de guider leurs premiers pas, de leur éviter les difficultés du début, de leur donner l’amour de leur métier et de les inciter à mettre enjeu les belles qualités d’initiative et d’invention germant de tout temps dans les cerveaux de notre race.
D'' Joseph CuoMPRET.
31 juillet 1907.
DENTS A PIVOT
Sous le nom de dents à pivot, on désigne des couronnes fixées au moyen de tiges dans des racines préparées d’une manière spéciale. Pour ces dents, on se servait autrefois surtout de dents humaines, ou de dents taillées dans l’ivoire. Le procédé fut abandonné parce que ces dents laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la durée : elles subissaient en effet une altération analogue à la carie. Aujourd’hui on se sert de couronnes en porcelaine qui échappent à l’action des substances chimiques de la bouche mais ne sont pas incassables. Les dents métalliques offrent plus de résistance, mais leur vilain aspect esthétique ne permet guère de les employer que pour le cas des molaires.
Pour les pivots, ce qui convient le mieux est un métal fin comme l’or à 14 ou 18 carats, le platine, l’iridium, le nickel, etc. — Avec les pivots de bois que l’on recomrnande quelquefois on n’obtient pas de bons résultats ; ils sont trop faibles pour résister à la pression de la mastication, et s’usent vite [cela est vrai surtout pour les incisives et les canines, car en ce qui concerne les petites molaires, il nous a été donné cent fois de voir des couronnes en dents naturelles et pi vots de bois persister pendant de nombreuses années, en donnant l’absolue illusion de la nature]. On emploie les dents à pivot, surtout pour les incisives et les canines supérieures, dont les racines sont assez fortes et assez longues pour recevoir une tige relativement
Preiswerk. Prothèse dentaire. 1
DENTS A PIVOT
épaisse et longue. Les canines inférieures, les prémolaires inférieures et les deuxièmes prémolaires supérieures conviennent bien aussi car leurs racines sont encore longues. Ce n’est qu’au prix de grandes précautions, qu’il est possible de forer dans les racines fines et serrées des incisives inférieures des trous suffisamment larges pour y introduire des pivots. L’opération devient plus difficile encore, lorsqu’au lieu d’une seule racine les dents en possèdent deux ou trois, comme les premières prémolaires supérieures et les grosses molaires supérieures et inférieures. On voit sur le schéma ci-contre la coupe des diverses dents avec leurs canaux radiculaires (Planche I).
Il est difficile de préciser les indications d’une dent à pivot, et bien souvent le j'ugement du praticién est influencé par les désirs du patient. Sans doute les cas les plus favorables seront ceux d’une dent à racine unique dont la couronne est entièrement perdue tandis que la racine reste saine. Lorsque la couronne présente encore des bords solides, il faut toujoui's examiners’il ne serait point avantageux d’employer une obturation à l’or ou à la porcelaine. Dans chaque cas le dentiste consciencieux a le devoir d’étudier les avantages et désavantages des diverses méthodes et de ne pas sacrifier à la légère les débris solides des couronnes.
L’état de la racine aussi bien que celui de la couronne peut nous faire hésiter devant l’application d’une dent à pivot. Tel est le cas pour une racine atteinte de périostite ou pour des racines malformées, très cariées ou bien en^ core déchaussées. Nombre de ces racines sont mal qualifiées pour recevoir une dent à pivot, mais il en est d’autres qui, soigneusement préparées, peuvent être mises en tel état qu’il est permis d’espérer qu’elles supporteront encore une dent à pivot un certain nombre d’années. Dans le cas où notre diagnostic serait hésitant, un essai nous fixera sur la valeur de l’opération.
La pose des dents à pivot, quand elle est faite avec soin, est un grand bienfait pour le patient ; avec elles la couronne perdue est entièrement remplacée aussi bien pour l’esthétique que pour la mastication tout en évitant les
Planche I. — a, arcade dentaire supérieure ; b, arcade dentaire inférieure ; les couronnes ont été limées jusqu’au collet pour montrer le contour des racines.
ennuis d’un appareil à plaque. Mais s’il existe quelque défaut soit dans la préparation de la racine, soit dans l’ajustag-e de la couronne, la dent à pivot devient une source de désagréments pour le patient et pour le dentiste.